L’accalmie des ventes de NFT permet à tout l’écosystème de se développer plus sereinement

[16/12/2022]

Le marché des NFT trouve cette année un meilleur équilibre entre l’offre et la demande, un équilibre comparable à celui qui prévaut sur le Marché Fine Art” révèle thierry Ehrmann, Président d’Artmarket.com et Fondateur d’Artprice. “Pas de projets ultra médiatisés mais des acheteurs beaucoup plus sélectifs qui font monter le taux de lots NFT invendus à 36 % en 2022, contre seulement 12 % en 2021. Cette plus grande réserve de la part des acheteurs s’avère cruciale au regard de la faillite de FTX.”

Les ventes de NFT atteignent 13m$ cette année aux enchères publiques, contre 232m$ l’an dernier. Profitant d’une médiatisation et de résultats moins spectaculaires, artistes, galeries, musées, collectionneurs intensifient les échanges et les discussions autour de l’utilisation des NFT dans le monde de l’Art.

Distribution par gamme de prix des lots NFT aux enchères publiques : 2022 vs 2021

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Le grand public se désintéresse un peu, mais pas les professionnels

Après toutes les folies financières de 2021, le Web3 fait face à un marché baissier qui touche l’ensemble des cryptomonnaies : Bitcoin et Ethereum ont tous les deux perdu deux tiers de leur valeur au cours des douze derniers mois. Cela n’a pas empêché bon nombre d’évolutions notables d’enrichir l’écosystème NFT : l’arrivée des jetons non-fongibles sur le réseau social Instagram, l’ouverture de la NFT Factory en face du Centre Pompidou à Paris, le lancement de la plateforme Christie’s 3.0, etc.

A peu près toutes les strates du monde de l’Art traditionnel témoignent à leur tour d’un intérêt concret pour les NFT. Tous les types d’acteurs, aussi bien institutionnels que privés, voient dans l’accalmie actuelle l’opportunité de développer des projets réfléchis, en laissant aussi le temps à cette technologie d’infuser les habitudes. Les artistes Jeff KOONS, Olafur ELIASSON, Urs FISCHER, Sebastiao SALGADO y voient déjà un nouvel univers artistique à explorer. Tandis que les galeries Pace, Petzel, Magda Danysz, König se laissent séduire par des artistes digitaux qui ont longtemps échappé à leur business model.

Sans surprise, les musées américains se montrent particulièrement actifs dans la présentation, l’acquisition et la création de NFT. Un récent article du New York Times intitulé Les NFT, en déclin ailleurs, sont adoptés par certains musées (Farah Nayeri, le 30 novembre 2022) synthétise les raisons qui poussent l’ICA Miami et le M.F.A. Boston à persévérer avec cette technologie, à contre-courant donc du marché actuel.

Picasso, Bacon, Rodin, Bonnard… contre des NFT

L’incontournable Museum of Modern Art de New York a pris la décision cet automne de constituer un fonds NFT en vendant aux enchères toute une partie de la collection de William S. Paley. Dont deux œuvres d’importance : une toile post-cubiste de Pablo PICASSOGuitare sur une table (1919) cédée pour 37,1m$, et Three Studies for Portrait of Henrietta Moraes (1963) de Francis BACON, adjugée pour 27,1m$. Au total, Artprice recense 22 œuvres issues de la collection William S. Paley vendues entre octobre et novembre 2022 par Sotheby’s pour un total de 84m$ (frais inclus). Cela devrait doté le fonds NFT du prestigieux musée new-yorkais d’à peu près 70m$, comme escompté.

En parallèle, le MoMA accueille en ce moment même l’exposition Refik ANADOL, Unsupervised. Au croisement de l’art et de la science, cet artiste turco-américain (né en 1985) a déjà conquis nombre d’institutions et de collectionneurs traditionnels avec son œuvre parfois rattachée au concept de “dataïste”. Living Architecture: Casa Batlló a d’ailleurs enregistré la plus belle enchère de l’année 2022 pour la catégorie NFT, avec 1,38m$ obtenus chez Christie’s New York le 10 mai 2022, dont 10% a été reversé à une œuvre caritative. Refik Anadol se réjouit de l’intérêt que lui portent les grands musées, dont le British Museum et le Centre Pompidou-Metz, et le propulsent sur le devant de la scène.

Attendre ou prendre de l’avance ?

Les institutions françaises aimeraient y voir un peu plus clair encore dans les NFT, d’un point de vue législatif et fiscal, bien que certaines fassent déjà preuve d’une curiosité très concrète. Ainsi, en janvier 2023, le Musée Granet proposera une exposition intitulée Sphère Code Cylindre, en référence à une célèbre citation de Paul Cézanne. Le musée d’Aix-en-Provence a invité huit artistes digitaux à produire une œuvre en dialogue avec ses propres collections. Chacune de ces pièces donnera naissance à un NFT et l’exposition sera l’occasion d’organiser des tables rondes autour de l’art digital et du Web3, à partir de cas concrets.

Ainsi, pendant que le grand public oublie lentement les énormes sommes dépensées l’an dernier pour cette technologie qu’il découvrait en même temps, des projets beaucoup plus ambitieux voient le jour grâce aux musées et aux galeries mais aussi toutes sortes de structures directement issues du Web3, capables d’anticiper les besoins et les problématiques.

Dans ce contexte, il faut féliciter la réussite complète de l’opération The Merge d’Ethereum”, rappelle thierry Ehrmann. “Préparée depuis 7 ans, cette évolution a permis de réduire de -99,95% la consommation d’énergie de la Blockchain, anticipant ainsi les problèmes énergétiques que nous percevons pleinement aujourd’hui”.