Londres, révision des performances

[10/02/2020]

Les ventes londoniennes de la semaine dernière ont ouvert la saison des enchères sur des résultats très mitigés. Tout d’abord, les produits de ventes sont nettement moins bons que ceux enregistrés en 2019. Les ventes impressionnistes, modernes et surréalistes organisées chez Christie’s et Sotheby’s les 4 et 5 février 2020 affichent 202,4 millions de dollars, contre 326 millions sur les même sessions de février 2019. Le résultat cumulé des deux grandes sociétés perd donc 124,5 m$… soit une baisse est drastique de -38 %

Les taux d’invendus ne sont pourtant pas catastrophiques, mais il est vrai que les catalogues étaient beaucoup moins étoffés et qu’ils ont manqué de méga-lots. L’année dernière, Christie’s offrait deux fois plus de lots haut de gamme (grâce à la dispersion d’une belle collection privée), et Sotheby’s vendait une belle peinture vénitienne de Claude Monet – Le Palais Ducal – pour 36,2m$. Rien de similaire cette année. La meilleure adjudication plafonne à 24,6 millions avec une très belle toile de Magritte sur laquelle nous reviendrons plus loin.

L’aspect positif de ces ventes réside par contre dans la mise à jours de plusieurs records d’artistes, dont les quatre les plus attendus (voir l’article Londres, à quels records s’attendre?). Les œuvres phares de George Grosz, Tamara de Lempicka, Jean Metzinger, Pyke Koch, toutes de grande qualité, ont emballé le marché et sont parties bien au-dessus des estimations.

Les records importants de la semaine

    • 21,2m$ pour Tamara DE LEMPICKA – typique de la meilleure période de Tamara de Lempicka, le Portrait de Marjorie Ferry s’est envolé pour 21,2m$, au double de l’estimation basse (Christie’s). Le précédent record de l’artiste était de 13,4 m$.
    • 12,7m$ pour George GROSZ – considéré comme l’une des plus belles œuvres de Grosz, Route Dangereuse (1918) a grimpé quatre millions au-dessus de l’estimation haute. Vendue pour 12,7m$ chez Christie’s, la toile enterre de plus de 10m$ le précédent record de l’artiste.
    • 4m$ pour Jean METZINGER – l’élan cubo-futuriste de son Cycliste (1912) a emmené les enchères au double de l’estimation basse de Sotheby’s, et presque au double du précédent record de l’artiste. Le nouveau sommet de Metzinger est désormais de 4m$, contre 2,4m$ précédemment.
    • 723.000$ pour Pyke KOCH les amateurs du réalisme magique de Pyke Koch n’avait pas eu l’occasion d’enchérir sur l’une des ses œuvres depuis quatre ans. L’occasion étant rare et la toile Florentine Garden particulièrement réussie, les enchérisseurs ont doublé la mise sur l’estimation moyenne. L’adjudicataire emporte la toile pour 723.000$ (Sotheby’s), contre un précédent record de l’artiste de 533.000$.

Magritte signe la plus haute adjudication de la semaine

La prestigieuse vente de soirée de Christie’s pour l’art impressionniste et moderne, suivie du volet surréaliste, réalisent une somme combinée de 106,8m£, soit 138,9m$. C’est un surréaliste qui emporte la meilleure enchère du 5 février, mais aussi de toute la semaine. Le meilleur lot est en effet A la rencontre du plaisir de René MAGRITTE, vendu pour 18,9m£, soit 24,6 millions de dollars. Peinte en 1962, cette œuvre combinant plusieurs des motifs les plus emblématiques de Magritte (l’homme au chapeau melon, le rideau, la nuit éclairée…) avait été achetée directement à l’artiste peu après sa création. Elle est restée dans la même collection familiale pendant plus de 50 ans avant d’être proposée aux enchères pour la première fois de son histoire.

lempicka indice des prixTamara De Lempicka – Progression de l’indice de prix (copyright Artprice.com)

Lempicka surpasse Giacometti

« C’est la première fois que nous avons une artiste féminine sur la couverture de notre catalogue impressionniste, nous en sommes très fiers«  a déclaré Keith Gill, l’un des spécialiste de la maison de ventes Christie’s. Ce n’est peut-être pas la dernière fois, tant le chef-d’oeuvre de LEMPICKA a pris la vedette de la soirée. Il a véritablement fait la surprise en partant au double d’une estimation basse de 10 millions.

Commandé en 1932 par le mari de la star de cabaret Marjorie. Ferry au point culminant de la carrière de Lempicka à Paris, le superbe Portrait de Marjorie Ferry en était à son troisième passage en salle de ventes. Achetée pour 550 000$ en 1995, l’oeuvre se revendait 10 fois ce prix en 2009, au seuil des 5 millions de dollars. Le 5 février, elle était proposée entre 10 à 16 millions de dollars, et garantie par un tiers. Elle a atteint 21,2 millions de dollars, le nouveau record de Lempicka, avec une généreuse plus-value de 16 millions de dollars en dix ans.

Cette vente marque le deuxième record de Tamara de Lempicka en trois mois, puisque Sotheby’s a vendu, en novembre dernier, La Tunique rose (1927) pour 13,4m$, plus du double de l’estimation basse. Plus subtil que La Tunique rose (notamment dans le tour de force du drapé blanc), le Portrait de Marjorie Ferry fait passer un cap à la portraitiste la plus courue des années folles. En passant le seuil des 20 millions pour la première fois, elle surpasse au passage le chef-d’oeuvre de Giacometti proposé le même soir : Trois hommes qui marchent.

Parmi les autres cas de reventes, le prix de la toile Intérieur au pot de fleurs (1953) de Pablo PICASSO a triplé en 20 ans. Il passe de 3,1 millions (Christie’s Londres, décembre 1999) à 9,4m$, un résultat sans surprise compte tenu de l’évolution des prix de Picasso en une génération.

picasso taux d'invendus en baissePablo Picasso – Très faible taux d’invendus pour ces premières grandes ventes (copyright Artprice.com)

Pour autant, un aller-retour aux enchères ne garantie pas une plus-value à coup sûr. Le prix de l’importante sculpture d’Alberto GIACOMETTI, Trois hommes qui marchent (Grand plateau), n’a pas bougé depuis 2008, année où la pièce avait atteint 15 m$.

Après un changement rapide de commissaires-priseurs, Christie’s a enchaîné avec une vente d’œuvres surréalistes, obtenant de solides résultats pour Max Ernst, Francis Picabia et Salvador Dalí.

→ Le décryptage de la vente surréaliste est disponible ICI