XIXème siècle et Art Moderne, en quête de chefs-d’oeuvre

(XIXème siècle et Art Moderne : artistes nés entre 1760 et 1919)

Les chefs-d’oeuvre du XIXème siècle et de la première moitié du XXème siècle sont des denrées de plus en plus rares pour lesquelles les collectionneurs sont prêts à payer le prix fort. Encore faut-il que l’occasion se présente… Car il se crée aujourd’hui un déséquilibre entre l’offre et la demande : aucune pièce exceptionnelle de Picasso ou de Modigliani – les deux signatures vendues plus de 100m$ en 2018 – n’est venue électriser les enchères cette année. Seule une toile de Claude MONET a passé le seuil des 100m$.

Top 10 des artistes du XIXème siècle et modernes en 2019

Artiste Produit de ventes ($) Lots vendus Invendus
1 Pablo PICASSO (1881-1973) 346.177.600 3.540 21%
2 Claude MONET (1840-1926) 298.413.400 36 8%
3 ZHANG Daqian (1899-1983) 177.808.500 511 29%
4 WU Guanzhong (1919-2010) 148.722.500 178 22%
5 QI Baishi (1864-1957) 129.751.600 416 28%
6 René MAGRITTE (1898-1967) 127.797.100 153 22%
7 Francis BACON (1909-1992) 115.322.600 127 22%
8 LI Keran (1907-1989) 112.135.100 176 29%
9 SAN Yu (1901-1966) 109.322.200 79 19%
10 Mark ROTHKO (1903-1970) 106.456.300 15 12%
© Artprice.com © AMMA

Le Marché se tourne par conséquent vers d’autres signatures, qui peuvent à leur tour impacter le bilan de toute une saison. C’est le cas à Paris d’une toile importante de Nicolas de Staël, Parc des Princes (Les grands footballeurs) (1952) vendue plus de 22m$. Cette vente représente près de la moitié de la session de Christie’s du 17 octobre dédiée à l’avant-garde parisienne.

Mais la pénurie d’oeuvres emblématiques a eu un impact néfaste sur les performances new-yorkaises en fin d’année, qui ont perdu plus d’un tiers de leur chiffre d’affaires pour l’Art du XIXème siècle et Moderne (-38%) : 1,37Mrd$ en novembre 2018 contre 842m$ en novembre 2019. La vente d’Art Impressionniste et Moderne de Christie’s du 11 novembre, n’a rapporté que 192m$, alors que la même session avait engrangé 279m$ l’année précédente. Non pas que le Marché soit morose, puisque le taux de vente atteint 90%, mais les résultats dépendent inévitablement de la qualité des œuvres offertes aux enchérisseurs.

Les piliers de l’Occident

Le père de l’Art Moderne Paul Cézanne, l’inventeur de l’abstraction Wassily Kandinsky, le maître surréaliste René Magritte ou encore le leader futuriste Umberto Boccioni sont autant de figures tutélaires de l’art occidental qui ont réalisé d’excellentes performances en 2019. Elles se traduisent par d’importantes plus-values et de nouveaux records, mais aussi par un intérêt croissant pour des œuvres considérées comme tardives.

En l’absence de chefs-d’oeuvre des périodes bleue, rose, cubiste ou des années 30, les oeuvres tardives de PICASSO attisent la convoitise des collectionneurs. Sotheby’s en a tiré profit avec la vente de Femme au chien, un portrait de Jacqueline Roque, réalisé en 1962. L’oeuvre a doublé son estimation basse et atteint 55m$, un record pour une œuvre des années 60 mais une évolution naturelle pour l’artiste le plus demandé au monde, avec 3.200 lots vendus en 2019.

Sur le long terme, la prise de valeur des oeuvres de Pablo Picasso se montre très solide. Le prix de Femme dans un fauteuil (Françoise) (1948-49) a augmenté de 10m$ entre 2000 (3,3m$) et 2019 (13,3m$). Mais celle des oeuvres de Paul CÉZANNE l’est plus encore, puisque la toile Bouilloire et fruits (1888-1890) a doublé en 20 ans : 59m$ aujourd’hui contre 29m$ en 1999.

La meilleure adjudication de l’année, 111m$, récompense une toile impressionniste de la série des Meules de Claude Monet. Sa valeur a été multipliée par 44 depuis son dernier passage en salle de ventes (2,5m$ en 1986). La vente des Meules (1890) marque un record pour tout le mouvement impressionniste et enregistre la dixième meilleure enchère de l’histoire. Elle couronne un marché extrêmement sain, avec un taux d’invendus particulièrement bas, moins d’une oeuvre sur dix de Claude Monet ne trouvant pas acquéreur. L’offre commence pourtant à 20.000$ pour les dessins.

San Yu - Five Nudes

San Yu – Five Nudes (1950’)
16,5m$ – 30 mai 2011 – Ravenel

Les oeuvres emblématiques s’envolent

Le peintre BALTHUS a doublé son record aux enchères avec l’une de ses toiles les plus célèbres, Thérèse sur une banquette (1939), 19m$ en mai chez Christie’s. Umberto BOCCIONI s’est classé pour la deuxième année consécutive dans le top 200 des artistes, grâce à un sommet à 16m$ pour la sculpture futuriste la plus emblématique qui soit, L’Homme en mouvement (1913). Les enchérisseurs se sont arraché cette oeuvre aussi rare que prestigieuse, dont le Metropolitan Museum of Art, le MoMA et la Tate possèdent chacun un exemplaire.

C’est l’une des toiles les plus célèbres de René MAGRITTE également, et par extension de tout le Surréalisme, qu’a mise en vente Christie’s à New York en novembre. Représentant un fin quartier de lune accroché dans un arbre en pleine nuit, Le seize septembre a presque doublé son estimation haute, pour frôler les 20m$. Il s’agit du deuxième meilleur résultat du peintre belge cette année, pour lequel les lots ont été particulièrement abondants (22 toiles, 26 dessins, 86 estampes et quatre sculptures), ce qui lui permet d’enregistrer une performance historique.

Evolution annuelle du produit de ventes de René Magritte

Evolution annuelle du produit de ventes de René Magritte

L’avant-garde chinoise

Les grandes figures de la modernité chinoise rattrapent, depuis une dizaine d’années, la cote de leurs homologues européens. Portés par un marché intérieur extrêmement robuste, les deux grands maîtres Zhang Daqian (154m$) et Wu Guanzhong (141m$) se hissent dans le top 10 mondial, avec des performances qui excèdent celles de Francis BACON (113m$) et Mark ROTHKO (106m$), stars du marché anglo-saxon.

Wu Guanzhong - Lion grove garden

Wu Guanzhong – Lion grove garden (狮子林)
20,8m$ – 2 juin 2019 – China Guardian Pékin

En 2011, ZHANG Daqian bouleversait le classement mondial dominé jusqu’alors par les Occidentaux, prenant la première place avec 550m$ de lots vendus, un record absolu à cette époque. Mais le nombre de transactions a été divisé par trois depuis, et ses performances ont nettement diminué. Celui que Picasso considérait comme le meilleur peintre chinois de son siècle prend cette année la cinquième place, avec 511 lots vendus pour 178m$.

Zhang Daqian est directement suivi par son compatriote WU Guanzhong. Son succès en salles de ventes illustre l’appétit des collectionneurs asiatiques pour les artistes qui ont modernisé la peinture chinoise. Wu Guanzhong a produit une œuvre novatrice, à la croisée de sa propre tradition et de l’Impressionnisme qu’il a découvert en France. Sa peinture Lion grove garden (1988), acquise pour 18m$ chez Poly en 2011, alors que le Marché de l’Art chinois était à son plus fort, a été revendue 21m$ cette année par China Guardian. Elle prouve que la place de cet artiste dans le top 10 mondial est solidement ancrée.

La montée en puissance de l’avant-garde chinoise se lit également avec SAN Yu, lui aussi au coeur de la modernité, avec un art fusionnant les cultures chinoise et occidentale. Arrivé à Paris à 20 ans, San Yu est resté toute sa vie en France, bien que ses toiles s’y vendaient mal. Désormais, le « Matisse chinois » passionne le monde entier. Son remarquable Five Nudes (1950) a attiré des enchérisseurs issus de 50 pays, pour finir sa course à 39m$. Depuis la mort du peintre, les œuvres de San Yu ont quitté en masse le territoire français pour la Chine, Hong Kong et Taïwan qui représentent désormais 99% de son produit de ventes. En 1966, Five Nudes se trouvait encore sur le territoire français; cette année-là, elle se vendait à Drouot. En 1993, elle était mise en vente par Sotheby’s à Taipei avant de réapparaître en 2011 chez Ravenel à Hong Kong qui l’a vendue pour 16m$. Les collectionneurs français peinent aujourd’hui à mettre la main sur ses oeuvres que le marché asiatique attire et valorise de plus en plus.

Répartition géographique du produit de ventes de San Yu en 2019

Répartition géographique du produit de ventes de San Yu en 2019