Bilan mondial, une demande forte et flexible

Le Marché de l’Art ne cesse de s’étoffer : 550.000 lots fine art ont été vendus aux enchères dans le monde en 2019 pour un total de 13,3Mrd$. Il s’agit de la plus grande circulation d’œuvres jamais enregistrée en salles de ventes. En termes de chiffre d’affaires, le Marché de l’Art enregistre une baisse de -14% mais ne flanche pas. Le taux d’invendus reste parfaitement stable, à 38%, tout comme l’indice global des prix qui varie de +0,48% seulement.

Le marché très haut de gamme s’adapte à la disponibilité des chefs-d’oeuvre, alors que la demande continue de croître pour l’Art Contemporain et d’Après-Guerre. En l’absence de pièces majeures de Picasso, Modigliani ou Giacometti, les enchères ont été dominées par une toile impressionniste de la série Meules (1890) de Claude Monet. C’est la seule vente qui dépasse 100m$ cette année, mais plusieurs autres résultats ont profondément marqué le monde de l’art : la sculpture Rabbit (1986) de Jeff Koons est devenue l’oeuvre la plus chère de l’histoire pour un artiste vivant; un petit panneau attribué au mythique Cimabue a défié tous les pronostics à 40 km de Paris, et la toile Devolved Parliament (2009) de Banksy a retourné le Brexit à son avantage.

Evolution semestrielle du produit de ventes mondial

Evolution semestrielle du produit de ventes mondial

90% des oeuvres à moins de 17.000$

Les artistes du top 500 comptent en moyenne 120 adjudications chacun cette année et ce nombre est deux fois plus élevé encore pour les 100 premiers. Pablo Picasso totalise à lui seul plus de 3.500 lots vendus aux enchères en douze mois et son marché est d’autant plus robuste qu’il couvre toutes les gammes de prix.

Si la valeur moyenne d’une peinture de ZAO Wou-Ki (3ème dans le classement général 2019) avoisine 4m$, le prix d’un de ses dessins varie autour de 100.000$ et celui d’une estampe tombe autour de 5.000$. La circulation d’un grand nombre d’œuvres (60 peintures, 40 dessins et 330 estampes vendus cette année) favorise la diffusion géographique de l’œuvre de Zao Wou-ki et la stabilité de son marché : les estimations sont moins hasardeuses et les variations de prix plus graduelles. Cela n’empêche pas la croissance sur le long terme, comme le prouve l’indice des prix de Zao Wou-Ki qui a progressé de +1.040% depuis 2000.

Les sociétés de ventes les plus puissantes de la planète sont aussi celles qui adjugent le plus grand nombre d’œuvres. Christie’s s’impose ainsi à la fois comme la première maison de ventes en termes de chiffre d’affaires et de lots vendus. Elle compte cinq adjudications supérieures à 50m$, toutes à New York, mais la moitié de ses transactions restent inférieures à 20.000$. Ses activités se répartissent à présent entre neuf villes qui couvrent trois continents : New York (56%), Londres (25%), Hong Kong (10%), Paris (7%), Shanghai (1%), Amsterdam, Dublin, Zurich et Dubaï (1% du produit des ventes à elles quatre).

Top 15 maisons de ventes par produit de ventes 2019

Maison de ventes Produit de ventes ($) Lots vendus
1 Christie’s 3.647.885.000 15.320
2 Sotheby’s 3.589.239.300 14.134
3 Poly Auction 617.015.000 4.575
4 China Guardian 587.802.200 8.659
5 Phillips 583.821.200 4.613
6 Holly’s International 203.296.300 1.323
7 Xiling Yinshe Auction 186.202.300 3.941
8 Bonhams 170.108.700 8.729
9 Rombon Auction 150.324.600 2.901
10 Council International 108.069.000 1.209
11 Artcurial 104.392.300 3.588
12 Beijing Hanhai 74.993.400 4.122
13 Dorotheum 71.249.200 4.692
14 Sungari International 69.741.700 1.459
15 Ketterer Kunst 61.927.000 1.586
© Artprice.com © AMMA

Les États-Unis (35%) devant la Chine (31%)

Les deux grandes places de marché anglo-saxonnes enregistrent une contraction similaire d’un cinquième de leur valeur : les États-Unis -22% et le Royaume-Uni -21%. L’année 2019 contrebalance la croissance enregistrée un an plus tôt : +18% pour les États-Unis et +12% pour le Royaume-Uni en 2018. Ces deux pays comptent pourtant un nombre de transactions en hausse, mais le marché haut de gamme a été moins dynamique.

Dans la capitale anglaise, 353 lots ont dépassé le million de dollars en 2019, contre 415 l’année précédente. Londres avait pourtant très bien démarré en mars 2019 avec la vente de la toile Henry Geldzahler and Christopher Scott (1969) de David Hockney pour près de 50m$. Mais cela est resté le plus beau coup de marteau de l’année au Royaume-Uni.

 Pan Tianshou - Pine after rain

 Pan TianshouPine after rain (初晴)
29.300.000$ – 18 novembre 2019 – China Guardian Pékin

La Chine poursuit la restructuration du deuxième plus grand marché de la planète, qu’elle a entreprise il y a cinq ans. Son chiffre d’affaires baisse de -9%, contre -12% en 2018. Les ventes restent extrêmement dynamiques sur le continent avec 134.500 lots offerts, mais seulement 44% de réussites, alors que ce ratio atteint 66% dans le reste du monde. Parmi les dix premières maisons de ventes de la planète, six sont uniquement présentes en Chine, tandis que les quatre autres (Christie’s, Sotheby’s, Phillips et Bonhams) organisent toutes des sessions à Hong Kong.

La place de marché hongkongaise est restée extrêmement solide tout au long de l’année : 7.400 lots vendus pour 1,37Mrd$. Elle confirme la performance historique de 2018, à 1,38Mrd$. La puissance de ce marché repose sur une demande particulièrement compétitive, capable d’établir de nouveaux records mondiaux pour des grands maîtres modernes comme pour des artistes contemporains : Five nudes (1950) de San Yu à 39m$, Knife behind back (2000) de Yoshitomo Nara à 25m$, The Kaws album (2005) pour 14,8m$.

La France se positionne clairement comme la 4ème puissance mondiale du Marché de l’Art. Elle réalise la meilleure progression de l’année en termes de chiffre d’affaires (+18%) et réalise ainsi le meilleur exercice de son histoire, avec 82.000 lots vendus pour 827m$. Cette performance historique repose en grande partie sur les quatre transactions supérieures à 10m$ de l’année (deux fois plus qu’en 2018), pour Nicolas de Staël, Cimabue, Pierre Soulages et Paul Gauguin, toutes obtenues au second semestre. L’arrivée de prestigieuses galeries internationales à Paris, dont David Zwirner en octobre, atteste du repositionnement de la France – et de l’Europe continentale – sur le grand échiquier du Marché de l’Art.

Répartition géographique du produit de ventes 2019

Produit de ventes ($) Lots vendus Meilleur résultat ($)
États-Unis 4.613.929.700 99.095 110.747.000
Chine 4.101.689.400 66.106 38.850.000
Royaume-Uni 2.175.511.300 70.319 49.561.790
France 826.633.100 82.016 26.777.270
Allemagne 268.010.300 45.741 3.535.930
Italie 207.755.200 30.436 3.055.400
Japon 110.644.500 14.559 1.265.830
Suisse 104.839.500 9.862 3.428.320
Autriche 99.364.700 6.985 1.969.000
Australie 74.476.700 13.939 1.302.650
Pologne 69.364.800 8.182 2.088.470
République Tchèque 58.464.900 6.013 3.579.190
Inde 57.491.000 1.845 3.785.610
Canada 55.883.600 12.256 6.881.060
Corée du Sud 54.875.000 1.074 1.632.140
© Artprice.com © AMMA

Des prix stables sur douze mois, +0,48%

L’ensemble des 550.000 résultats de ventes inventoriés par Artprice et AMMA en 2019 recèle plusieurs opérations financières extrêmement profitables. La Peinture acrylique blanche sur tissu rayé blanc et rouge (1968) de Daniel Buren, acquise 3.500$ à Paris en 1997, a été revendue 357.500$ à Londres en 2019. De même, l’oeuvre sur papier Wisteria de Lin Fengmian, dont le prix était de 28.000$ en 1993 à New York, a atteint 1,3m$ cette année à Hong Kong.

D’autres résultats viennent contrebalancer ces performances. Le petit dessin à l’encre sur papier Nu au collier (1915) signé Georges Rouault, a été cédé pour 19.000$ en juin 2019 chez Christie’s à Londres, alors que son prix d’achat avait atteint 403.000$ dans la même salle de ventes en 1988, pendant la bulle impressionniste et moderne portée par le marché japonais. En Art Contemporain, l’oeuvre « Still, After Cindy Sherman » (2000) de Vik Muniz a été vendue 4.400$ par Sotheby’s en juillet 2019, dans le cadre d’une vente en ligne, bien que la valeur de cette pièce ait dépassé 26.000$ en 2005 (New York), et 40.000$ en 2011 (Londres).

Globalement, les prix de l’art (toutes périodes de création confondues) progressent très légèrement en 2019 : +0,48%. L’indice des prix de l’Art Contemporain enregistre la meilleure progression, +4,4% sur douze mois, mais celle-ci s’estompe sur le long terme. C’est au second semestre que l’indice des prix de l’Art Contemporain a été le plus performant, alors que la société Sotheby’s retirait l’action BID du New York Stock Exchange.

Indice des prix de l’Art Contemporain Artprice vs. Action Sotheby’s

Indice des prix de l’Art Contemporain Artprice vs. Action Sotheby’s

Les ventes d’Art Contemporain multipliées par 20 en 20 ans

La segmentation par périodes de création met en lumière les principaux mécanismes qui sous-tendent l’évolution du Marché de l’Art; notamment des différences fondamentales qui existent, en termes d’offre et de demande, pour les périodes les plus anciennes et les plus récentes.

Alors qu’il représente jusqu’à 14% du Marché de l’Art en Chine, le segment des Maîtres anciens plafonne à 3% à New York. Une pièce exceptionnelle comme le Salvator Mundi de Léonard de Vinci a pu peser à elle seule jusqu’à 3% du Marché de l’Art mondial en 2017, mais de façon générale les enchères dépassent rarement 10m$ pour les Maîtres anciens en Occident. Au second semestre, la province française a brillé grâce à quelques pièces d’une extrême rareté, retrouvées par hasard et qui ont attiré les plus grands collectionneurs et les plus grands musées du monde.

L’Art Moderne et du XIXème siècle partagent une même problématique : contenter la demande, en particulier pour des œuvres de qualité muséale. Chaque année, les grandes maisons de ventes parviennent à proposer une ou deux œuvres maîtresses de Pablo Picasso, Amedeo Modigliani ou encore Claude Monet. Mais ces deux segments ont vraisemblablement atteint une limite en termes d’offre. Les collectionneurs se tournent progressivement vers des signatures qu’ils avaient quelque peu délaissées, comme cette année celle de Gustave CAILLEBOTTE, qui enregistre deux résultats autour de 20m$.

L’Art d’Après-Guerre et l’Art Contemporain ne représentent pas encore tout à fait 40% du Marché de l’Art mondial mais cela ne devrait plus tarder. Le Marché américain se distingue grâce aux performances des grands représentants de l’Expressionnisme Abstrait et du Pop Art. Alors que Royaume-Uni et la Chine font la part belle à la création contemporaine. Les préférences des collectionneurs chinois ne sont finalement pas profondément différentes de celles de leurs homologues occidentaux. Le très grand intérêt pour l’Art ancien en Chine ressemble à celui qui prévaut en France, autour de 15% du chiffre d’affaires. Tandis que l’énergie du marché chinois pour l’Art Contemporain est similaire à celle qui anime le Marché au Royaume-Uni.

Gustave Caillebotte - Chemin montant (1881)

Gustave CaillebotteChemin montant (1881)
22.160.700$ – 27 février 2019 – Christie’s Londres