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Le marché de l'art contemporain 2016

Géo économie

Profitant de la réorganisation du Marché chinois, les États-­Unis et le Royaume­-Uni gagnent ensemble +5 points de parts de Marché. Ils représentent désormais 65 % des recettes mondiales d’Art Contemporain. Leur puissance repose à la fois sur une offre dense (un quart des œuvres transitent par Londres et New York), un quasi-monopole du Marché très haut de gamme et, enfin, leur capacité exclusive à réunir le meilleur de la demande internationale.

Première puissance de la planète avec 582 m$ d’œuvres contemporaines vendues en 12 mois, les États-Unis tiennent 38 % de ce Marché. Près de 95 % de ce résultat provient de la ville de New York, bien que quelques belles adjudications aient été enregistrées sporadiquement en Floride et au Texas. Les recettes américaines perdent -24 % cette année, mais conservent encore une avance considérable.

De son côté, le Royaume­-Uni cumule plus d’un quart des recettes mondiales. Malgré une baisse de -10 %, le résultat des ventes d’Art Contemporain (399 m$) creuse un fossé de 40 m$ avec la Chine. La République populaire ne prétend plus cette année à la deuxième place, qu’elle avait remportée de justesse l’an dernier. Elle n’a cependant pas dit son dernier mot en redevenant de manière incontestable la puissance numéro 1 du Marché de l’Art global, comme en atteste le Rapport Artprice du 1er semestre 2016.

Répartition géographique des ventes d’Art Contemporain

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Juillet 2015 – Juin 2016

La Chine se réorganise

Le bilan des ventes en Chine souligne une profonde réorganisation des achats d’œuvres d’art dans le pays. Face au réajustement général entamé au début de l’année 2014 les collectionneurs se sont tournés vers les artistes “historiques” ; un mouvement qui a touché naturellement en premier lieu les ventes d’Art Contemporain. Leur produit a ainsi baissé de -47 % et le nombre de transactions a été divisé par deux en Chine où le taux d’invendus reste néanmoins stable.

Les collectionneurs chinois n’ont pas déserté les salles de ventes mais se sont repositionnés, en privilégiant les artistes majeurs de l’Histoire de l’Art. Des transactions récentes ont ainsi rappelé leur présence sur le Marché occidental ainsi que la puissance de leur pouvoir d’achat, à l’image des trois chefs-d’œuvre européens acquis cette année : Bassin aux nymphéas, les rosiers de Claude Monet (20,4 m$), L’allée des Alyscamps de Vincent Van Gogh (66,3 m$) et Nu Couché d’Amedeo Modigliani (170 m$).

Bien que première puissance du Marché de l’Art global (toutes périodes de création confondues), la République populaire de Chine n’occupe que la troisième place en matière d’Art Contemporain. Elle ne pèse que 24 % des recettes mondiales contre près de 33 % lors du précédent exercice.

Cet ajustement n’ébranle que légèrement la longue croissance du Marché de l’Art Contemporain en Chine qui affiche toujours +470 % sur les dix dernières années. La Chine poursuit ainsi sa réorganisation, portée par une réglementation draconienne ; le problème des impayés étant désormais résolu par une législation extrêmement sévère, en vigueur depuis deux ans.

Classement des villes par produit des ventes d’Art Contemporain

Ville Produit des ventes Lots Vendus Meilleur résultat
1 New York 551 288 264 $ 3 075 57 285 000 $
2 Londres 396 516 986 $ 3 561 16 346 086 $
3 Hong Kong 147 119 080 $ 1 347 5 443 800 $
4 Pékin 132 336 961 $ 2 902 5 954 355 $
5 Paris 37 020 653 $ 4 293 3 028 112 $
6 Canton 26 463 136 $ 907 1 367 925 $
7 Shanghai 15 872 066 $ 495 1 044 888 $
8 Hangzhou 12 633 575 $ 216 1 209 754 $
9 Taipei 11 382 617 $ 358 852 564 $
10 Vienne 7 361 495 $ 681 491 006 $
Juillet 2015 – juin 2016 / © artprice.com

Consolidation des marchés locaux en Asie

L’Indonésie, les Philippines et la Corée du Sud bénéficient toutes les trois de scènes artistiques contemporaines très intenses mais peinent à s’affranchir de la domination de Hong Kong et de Singapour. Ces trois marchés reposent essentiellement sur des artistes nationaux. Malheureusement, leurs meilleures œuvres transitent par Hong Kong ou Singapour, dès que ceux­-ci accèdent à une reconnaissance internationale.

Cette année encore, le Marché indonésien, avec 312 000 $, n’a pas bénéficié des excellents résultats d’I Nyoman Masriadi (1973) et de Christine Ay Tjoe (1973), deux artistes classés dans le Top 500 mondial.

Les Philippines, en revanche, sont parvenues à ramener une partie du marché constitué par leurs meilleurs artistes à l’intérieur de leurs frontières. Les ventes de Ronald Ventura (1973), le plus éminent plasticien du pays, se répartissent désormais entre Hong Kong (70 %) et Manille (30 %). Jusqu’en 2010, Hong Kong et Singapour accaparaient l’entièreté du marché de ce plasticien. Manille concentre aujourd’hui également 40 % des recettes des ventes de la nouvelle star Jigger Cruz (1984).

En rapatriant les ventes de ses artistes dont la cote commençait à s’envoler à l’étranger, les Philippines ont donné naissance à un marché vigoureux, capable d’attirer les plus grands collectionneurs. Grâce à ce tour de force, le pays s’est hissé en 12ème position des places de marché mondiales et devance aujourd’hui des marchés historiques comme celui des Pays-Bas (n°13) et de la Belgique (n°14).

La Corée du Sud connaît un développement similaire, voire plus impressionnant encore. Le produit des ventes d’Art Contemporain, 5,5 m$, fait un bond spectaculaire de +51 %. Cette croissance repose à la fois sur les ventes d’artistes majeurs nationaux (sept figurent dans le Top 500 mondial), mais aussi sur de très belles enchères d’œuvre d’artistes occidentaux.

Top 10 résultats des ventes d’Art Contemporain en Corée

Artiste Œuvre Prix Date Maison de ventes
1 Damien HIRST (1965) Love, Love, Love, Love (1998) 244 970 $ 15/12/2015 K-Auction SÉOUL
2 Sangki SON (1949-1988) Nothing but Roses (1986) 194 480 $ 15/12/2015 K-Auction SÉOUL
3 Chi Gyun OH (1956) Persimmons (2010) 139 400 $ 16/09/2015 K-Auction SÉOUL
4 Sangki SON (1949-1988) The City of Labour-Traffic Lights (1980) 125 630 $ 28/06/2016 K-Auction SÉOUL
5 Sangki SON (1949-1988) « Early Spring-Extra » (1987) 124 740 $ 16/03/2016 Seoul Auction SÉOUL
6 Dong-Youb LEE (1946-2013) Situation B (1974) 104 923 $ 25/03/2016 K-Auction SÉOUL
7 Anselm REYLE (1970) Untitled (2007) 93 500 $ 15/12/2015 K-Auction SÉOUL
8 Sangki SON (1949-1988) In Bugahyeon-dong – Sisters (1986) 76 670 $ 15/12/2015 K-Auction SÉOUL
9 Hernan BAS (1978) Case Study (Anton, The Best Present) (2014) 68 006 $ 29/05/2016 K-Auction SÉOUL
10 Julian OPIE (1958) Carlos, Schoolboy (2007) 67 562 $ 09/03/2016 K-Auction SÉOUL
Juillet 2015 – juin 2016 / © artprice.com

L’Europe trouve un équilibre

Les capitales européennes du marché de l’art contemporain résistent relativement bien aux turbulences. Vienne (7,3 m$), Amsterdam (4,9 m$), Berlin (4,2 m$), Bruxelles (3,2 m$) et Milan (1,6 m$) retrouvent même cette année une légère croissance. L’hésitation du marché touche principalement les ventes haut de gamme, secteur dans lequel ces villes n’ont pas véritablement de poids.

Seul le résultat de l’Allemagne, un marché relativement petit aujourd’hui, peut paraître inquiétant : 17,6 m$, soit une chute de -19 %. Il s’agit de la plus lourde perte constatée en Europe. Le taux d’invendus est particulièrement préoccupant : il passe de 44 % à 55 %.

Cet indicateur doit être également surveillé en Italie. Bien que le pays se maintienne en 7ème position grâce à 8,5 m$ de recettes, près d’un lot sur deux n’a pas été adjugé sur les 12 derniers mois.

Enfin, la France conserve sa quatrième place sur le Marché de l’Art Contemporain. Elle concède une baisse de -6,8 %, avec un volume d’affaires de 41,4 m$ : une contraction tout à fait raisonnable dans le contexte actuel. L’intensité des échanges reste élevée dans l’Hexagone, où il se vend chaque année d’avantage d’œuvres contemporaines qu’au Royaume­-Uni ou en Chine. Deux résultats supérieurs au million de dollars ont par ailleurs été enregistrés à Paris cette année, prouvant que la capitale française garde un pied dans le Marché haut de gamme.

L’influence des marchés nationaux

Le classement des 500 artistes les plus performants aux enchères révèle l’influence que peut avoir l’intensité d’un marché national sur les résultats des artistes de ce pays : 99 Américains et 187 Chinois accaparent près de 60 % du classement. Mais la domination des États-Unis reste particulièrement palpable au sommet : cinq artistes américains se hissent dans le Top 10 contre seulement un Chinois.

Les artistes britanniques sont relativement mal représentés au regard de la puissance du marché londonien : 36 noms seulement, mais plusieurs se classent très haut. A commencer par les plus célèbres : Peter Doig (n°5), Damien Hirst (n°14), Antony Gormley (n°31). D’autres artistes, moins connus du grand public, enregistrent des résultats annuels remarquables, à l’image de Lynette Yiadom-Boakye (1,3 m$), Harland Miller (934 000 $), Hurvin Anderson (796 000 $) ou encore Adam McEwen (600 000 $).

L’Allemagne compte pour sa part 31 représentants, parmi lesquels dix figurent dans le Top 100 : Anselm Kiefer, Günther Förg, Martin Kippenberger, Neo Rauch, Sterling Ruby, Albert Oehlen, Thomas Schütte, Andreas Gursky, Rosemarie Trockel et Isa Genzken. Malheureusement, les meilleures œuvres des grands artistes allemands s’échangent à présent dans les deux grandes capitales anglo-saxonnes, Londres et New York… Une tendance à l’exportation que tente aujourd’hui de maîtriser Berlin.

Au total, ces quatre nationalités génèrent 70 % du produit des ventes du Top 500. Il ne reste donc que peu de place pour toutes les autres origines. L’Italie, la France et le Japon sont tous trois représentés par une petite dizaine d’artistes. Le nombre de représentants s’étiole encore pour les Belges (huit artistes), les Philippins (sept), les Russes et les Brésiliens (cinq). Enfin, seuls quatre Indiens (Anish Kapoor, Subodh Gupta, Ravinder Reddy, Raqib Shaw) et trois Espagnols (Miquel Barcelo, Juan Munoz et Jaume Plensa) enregistrent plus de 254 000 $ de produit de ventes aux enchères : le prix du ticket d’entrée cette année dans le Top 500.

Répartition des artistes du Top 500 par nationalité

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juillet 2015 – juin 2016

Si la concentration du Marché de l’Art Contemporain occidental à Londres et New York stimule la cote des artistes anglais et américains, elle profite également aux plasticiens étrangers. Le prix de leurs œuvres y atteint des niveaux supérieurs. Ainsi, plus de la moitié du chiffre d’affaires aux États-­Unis et au Royaume-Uni repose sur les ventes d’artistes étrangers.

La puissance d’un marché tient aujourd’hui à sa capacité à réunir une offre et une demande internationales, ce en quoi les grandes maisons de ventes excellent.

Les grandes maisons ralentissent

En dépit d’un chiffre d’affaires en baisse de -19 %, Christie’s demeure la première société de ventes d’Art Contemporain au monde, avec 545 m$. Sa concurrente historique, Sotheby’s, est moins touchée sur ce segment et n’enregistre qu’une petite contraction de -2 %. Malgré une année difficile, ces deux maisons de ventes tiennent toujours 61 % des recettes mondiales. Même Phillips, qui confirme sa troisième position avec un résultat stable par rapport à l’exercice précédent (160 m$) reste toujours bien loin derrière les deux premières sociétés.

Afin d’assurer la stabilité des prix, Christie’s et Sotheby’s se sont vues contraintes de contenir l’offre très haut de gamme dès les premiers signes d’affaiblissement du Marché. Les meilleures œuvres qui bénéficient généralement de garanties ont été particulièrement rares au cours des derniers mois, expliquant une grande partie du déficit des deux sociétés qui concentrent l’essentiel de ces transactions.

Top 10 maisons de ventes dans le monde

Part de marché
Maison de Ventes Produits de ventes Lots vendus Meilleur résultat
1 Christie’s 36% 5% 57 285 000 $
2 Sotheby’s 25% 4% 13 914 000 $
3 Phillips 11% 3% 5 775 437 $
4 Poly International 4% 2% 2 627 635 $
5 China Guardian 3% 1% 5 954 355 $
6 Beijing Council 1% 0% 728 899 $
7 Xiling Yinshe 1% 0% 1 209 754 $
8 Holly International 1% 0% 1 367 925 $
9 Bonhams 1% 1% 758 924 $
10 Artcurial 1% 1% 398 790 $
Juillet 2015 – juin 2016 / © artprice.com

Cinq maisons de ventes chinoises se classent dans les dix premières maisons de ventes au monde pour l’Art Contemporain. Leurs résultats annuels varient entre 44,5 m$ et 12,2 m$. Elles ne peuvent donc inquiéter le triumvirat Christie’s-Sotheby’s-Phillips.

En Occident, Bonhams et Artcurial restent dans le Top 10 avec respectivement 11 m$ et 9 m$, grâce à plus de 700 œuvres contemporaines vendues dans l’année pour l’une et l’autre.

Le Marché français reste l’un des plus denses, des plus riches, et des plus diversifiés qui soit en termes d’offre. Dixième maison de ventes mondiale, Artcurial double son résultat et tient 23 % du Marché de l’Art Contemporain dans l’Hexagone. Les recettes de Cannes Enchères doublent elles aussi, tandis que celles de Cornette de Saint-Cyr passent de 1,4 m$ à 2,3 m$ notamment grâce à Cannon (Act 1) (1981), un dessin de Jean-Michel Basquiat vendu 680 000 $. Enfin, Millon et Piasa restent au coude à coude, passant chacune de 1 m$ à 1,9 m$.

Le Marché français, bien que dominé par Christie’s et Sotheby’s (37 % du chiffre d’affaires), démontre qu’une coexistence est possible entre les géantes internationales et les petites et moyennes maisons de ventes. Cette année, leur complémentarité se montre même bénéfique à la stabilité globale du Marché.

Une acquisition stratégique

Dans la relation de Soft Power qui oppose la Chine aux États-­Unis pour la suprématie du Marché de l’Art, un coup de théâtre a retenti lorsque Taikang Life Insurance a acquis 13,5 % du capital de la maison américaine Sotheby’s. Son président Chen Dongshen est en effet le propriétaire de la maison de ventes chinoise China Guardian, 4ème maison de ventes mondiale.

Tad Smith, CEO de Sotheby’s, a souligné que les membres du conseil approuvaient cette opération stratégique. Le cours de l’action Sotheby’s, seule maison de ventes cotée en bourse (à New York), connaît +52 % de progression entre le 1er janvier 2016 et la mi-août, indicateur de la confiance des marchés financiers dans le Marché de l’Art.

La consolidation des deux Maisons de Ventes donnerait à l’entité nouvellement formée une place de leader mondial incontestée et scellerait définitivement la Chine comme n°1 mondial du Marché de l’Art.

China Guardian (dont les recettes de ventes de Fine Art se sont élevées à 553 m$ l’année dernière) détient 24 % de Taikang, ce qui en fait son 1er actionnaire ; une situation qui relance également la spéculation selon laquelle Poly Auction voudrait racheter Bonhams UK.

Cette entrée dans Sotheby’s par Chen Dongshen procède d’une passion de toute une vie. Il a fondé la Maison de Ventes China Guardian il y a 25 ans, 3 ans avant de fonder Taikang, sa compagnie d’assurances. Les actionnaires de Taikang incluent entre autres Goldman Sachs (13 %) ainsi qu’un fonds d’investissement basé à Singapour. Chen Dongshen, 59 ans, né dans la province de Hubei en Chine centrale, détient un doctorat en économie de l’université de Wuhan, a travaillé comme rédacteur en chef d’un magazine économique étatique avant de fonder China Guardian en 1993. Chen Dongshen est aussi l’époux de la petite-fille de Mao. Il a méticuleusement analysé les ventes de Sotheby’s à Hong Kong afin d’optimiser celles de China Guardian. Partageant ses centres d’intérêts entre l’art et l’assurance, il expose des calligraphies et des peintures traditionnelles chinoises dans ses bureaux. Enfin, à Pékin, le nouveau quartier général de sa société de ventes, le Guardian Art Center, abritera un complexe culturel à visibilité internationale.

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