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Zoom sur l’art vidéo entre juin 2010 et mai 2012

[25/05/2012]

 

Le vendredi, c’est Top : un vendredi sur deux, Artprice vous propose un classement d’adjudications par thèmes, cette semaine : zoom sur l’art vidéo et ses dix meilleures enchères frappées entre juin 2010 et mai 2012.

En marge des autres médias, l’art vidéo reste le parent pauvre du marché. Pas de vacation ni de département spécial comme pour la photographie, sa reproductibilité et son immatérialité le mettent à distance de l’acte de collectionner. Peinant encore à se stabiliser sur la place de marché, seuls quelques initiés dépassent ses problématiques et contraintes liées à la présentation, la conservation, les questions de l’original et de la reproduction.

Support employé dans le champ artistique dès les années 60 la vidéo se développe, grâce à une plus grande accessibilité des caméras portatives et des bancs de montage, dans les années 80. Ses perspectives d’évolution sont indubitablement plus sensibles au développement technologique que d’autres médias. Les avancées dans ces domaines renouvellent régulièrement ses possibilités mais rendent aussi nombre d’œuvres obsolètes. Art de tous les effets, la vidéo est en forte mutation avec le renouvellement des modes de production et de diffusion ; de nouvelles vagues apparaissent grâce notamment à l’interactivité avec les spectateurs, les « vidéhologrammes », les « Vj’s », les œuvres collaboratives par internet…

Depuis le dernier Top des 10 meilleures enchères d’art vidéo d’Artprice (juin 2010), on note la présence d’une plus grande diversité d’artistes. En effet seuls 3 artistes (Nam June PAIK, Bill VIOLA et Mike KELLEY) se partageaient le classement général d’alors. Néanmoins, avec les nouveaux records enregistrés depuis, William KENTRIDGE et Bruce NAUMAN rejoignent la 3ème et 7ème place du classement toutes périodes confondues. Cependant, même si la liste d’artistes s’allonge, franchir le seuil des 200 000 $ est toujours un fait isolé pour ce support. Car au-delà, il s’agit encore de récompenser la légitimité historique des œuvres dont l’auteur le plus jeune, William Kentridge, approche déjà la soixantaine. En faisant fit des records d’avant juin 2010, quels artistes ont, durant ces deux dernières années, signé les meilleures ventes?

Top 10 : Dix meilleures enchères vidéo frappées entre juin 2010 et mai 2012

Rang Artiste Adjudication Oeuvre Vente
1 William KENTRIDGE 500 000 $ Preparing the flute (2005) 11/05/2011 (Sotheby’s NY)
2 Nam June PAIK 449 750 $ Tv is Kitsch (1996) 28/05/2011 (United Asian Auctioneers HONG KONG)
3 Bruce NAUMAN 320 000 $ Good Boy Bad Boy 08/11/2011 (Christie’s NY)
4 Bill VIOLA 241 650 $ Bassin of Tears (2005) 17/02/2011 (Phillips de Pury & Co LONDON)
5 Bill VIOLA 200 000 $ Union (2000) 08/11/2010 (Phillips de Pury & Co NY)
6 QIU Zhijie 192 750 $ Writing the orchid pavilion preface… 29/05/2011 (Christie’s HONG KONG)
7 Charles RAY 170 000 $ Fashions (1996) 09/11/2011 (Christie’s NY)
8 William KENTRIDGE 160 000 $ Learning the Flute (2003) 08/11/2011 (Phillips de Pury & Co NY)
9 Nam June PAIK 75 000 $ Digital Buddha (1991) 09/11/2011 (Christie’s NY)
10 Tony OURSLER 74 175 $ Multicoloured MPD (25 Head) 18/02/2011 (Phillips de Pury & Co LONDON)

La 1ère place de ce Top dévoile l’univers enchanté de William KENTRIDGE grâce à son adjudication record à 500 000 $ pour l’œuvre Preparing the Flute. Maquette d’un Théâtre à l’italienne, Preparing the Flute met en scène des animations qui rythment des extraits de la fameuse Flûte enchantée de Mozart. Il créé sa première animation en 1989 avec une technique caractéristique de son œuvre : des dessins au fusain qui, contrairement à la technique traditionnelle, se succèdent sur la même feuille de papier. Au final, l’image conserve les traces de ces enchaînements. Œuvre phare de Kentridge, Preparing the Flute rassemble toute la magie illusionniste de l’artiste faite de trucages élémentaires fascinants. Détenteur de la 3ème plus belle enchère pour une vidéo toutes périodes confondues, le chiffre d’affaire de ses ventes est en pleine progression : il est passé de 720 000 $ à plus de 1,7 m$ entre 2009 et 2011. Même si la vidéo n’est pas son support le plus représenté en salles des ventes (seulement 5 ventes au total contre 125 pour ses dessins), ses installations s’échangent depuis 2005 au delà de 150 000 $ tandis que ses simple VHS le sont au delà de 20 000 $.

Ce Top vidéo n’en serait pas un sans son grand précurseur, Nam June PAIK, qui détient la 2ème et 9ème place avec une adjudication à 449 750 $ pour Tv is Kitsch et à 75 000 $ pour Digital Budha. Dès 1959, avec Magnet TV, Nam June Paik entreprend des expériences de distorsions de l’image vidéo en disposant des aimants autour du tube cathodique. Connu et collectionné dans le monde entier, il a réalisé nombre d’installations, relevant à la fois du ludique et du spectaculaire. La plus grande partie de ses œuvres consiste en des sculptures de téléviseurs assemblés diffusant des extraits de montages vidéos. Son indice n’est cependant pas au plus haut de sa forme et connaît une baisse de 60% depuis 2010. Avec un taux d’invendus croissant (+12%) et une baisse conséquente des lots mis en vente (49 en 2011 contre 81 en 2010), l’évolution du nombre de transactions a connu une chute conséquente de 53% entre 2010 et 2011. Il semblerait que l’intérêt du marché et des collectionneurs se porte de plus en plus vers de nouvelles signatures.

Habitué des records, Bruce NAUMAN n’avait pas encore atteint celui des plus belles enchères vidéos. C’est désormais chose faite avec la vente pour 320 000 $ de Good Boy, Bad Boy le 8 novembre 2011 qui le classe 7ème au Top 10 général. Une belle performance pour cette vidéo dont une édition avait trouvé preneur en 2007 pour 210 000 $, soit 110 000 $ de moins (Christie’s New York, le 17 mai). Auteur de 8 enchères millionnaires essentiellement pour ses installations en néon et ses sculptures en cire, le marché a parfois eu tendance à oublier que Bruce Nauman a aussi largement contribué à l’évolution de la vidéo. Good Boy Bad Boy est une œuvre emblématique où l’artiste s’intéresse aux rapports humains et à l’agressivité de la société.

La forte notoriété de Bill VIOLA n’est pas étrangère aux belles performances qu’il affiche depuis son entrée dans le monde des enchères en 2002 où la vente de Incrémentation décrochait déjà 61 000 $ (Christie’s New York, le 27 juin 2002). Largement consacré par les institutions, Bill Viola est la preuve que l’art vidéo peut atteindre des prix particulièrement élevés quand les artistes consacrés passent en vente publique. Avec seulement 43 lots passés en vente en 10 ans, 23 se sont échangés au-delà de 60 000$. Avec un record adjugé à 613 000 $ pour Eternal Return (Phillips de Pury & Company Londres, le 14 octobre 2006), Bill Viola signe la meilleure enchère pour une vidéo. Largement attendu dans ce Top, il confirme sa position de leader avec deux beaux résultats frappés à 200 000 $ et à plus de 240 000 $ le plaçant à la 4ème et 5ème place. Spirituelles, intimistes, existentielles, les vidéos de Bill Viola explorent l’humain et sont des expériences uniques où la perception du spectateur est essentielle. Contrairement à Nam June Paik il ne s’agit pas pour l’artiste de dénaturer les images mais plutôt de tendre vers un réalisme troublant.

L’artiste QIU Zhijie fait une entrée fracassante à la 6ème position de ce Top en signant sa plus belle enchère avec la vidéo Writing the orchid pavilion preface one thousand times adjugée à plus de 192 000 $ (Christie’s Hong Kong, le 29 mai 2011). Writing the orchid pavilion preface one thousand times est le témoin d’une performance durant laquelle l’artiste a recopié 1000 fois sur une unique feuille de papier les 324 caractères du manuscrit de WANG Xizhi, considéré comme un exemple de calligraphie chinoise. Par cet acte physique et endurant, Qui Zhijie, a voulu pointer du doigt la place de l’héritage, de la culture et de la tradition chinoise.

Charles RAY, moins connu sur la scène internationale que ne l’était son homonyme musicien est surtout réputé aux Etats-Unis, son pays d’origine où se frappent l’essentiel de ses ventes. Sculpteur avant tout, il est l’auteur de 3 enchères millionnaires dont une culminant à 2,7 m$ pour son Male Mannequin (mannequin de vitrine sur lequel l’artiste a apposé un moulage de son sexe). Utilisant des mannequins dans ses sculptures dès les années 90, Charles Ray s’est concentré durant cette période sur les relations entre cet objet et l’humain. Sa vidéo Fashions est un tableau vivant, dérangeant qui a trouvé preneur pour 170 000 $ et signe la présence de Charles Ray dans ce Top à la 7ème place.

Tony OURSLER a un univers reconnaissable entre mille, il exploite des projections, images ou fragments de corps, sur des sphères suspendues ou encore des poupées posées à même le sol. De prime abord ses monstres amusent, mais au delà ils interrogent la violence du rapport avec les médias, les drogues, les maladies mentales, la compulsion consumériste…bref, les maux contemporains. Tony Oursler exprime l’incidence de ces facteurs sur l’homme au niveau physique, émotif et social. Considéré comme le père de la vidéo-sculpture, Tony Oursler a marqué le support en le sortant du cadre, et en l’intégrant de façon dynamique à des volumes. Néanmoins son second marché n’est pas très dynamique. Même si son entrée aux enchères en 1998 semblait prometteuse avec une première adjudication à 23 000 $ (Instant Suckling, Christie’s New York), en 14 ans l’essentiel des ventes de ses installations se sont échangées entre 10 000 et 40 000 $ et seuls 9 œuvres ont dépassé ce seuil. Adjugée plus de 74 000 $ Multicouloured MPD (25 head),une installation composée de 25 écrans sphériques, fait partie de ses meilleures enchères et lui permet d’accéder à la 10ème place de ce Top.

Si les résistances de ce marché sont encore fortes, il existe bien quelques contre-exemples et alternatives. A l’aube de l’histoire d’Internet et des réseaux sociaux, les vidéos et les œuvres interactives ont un avenir radieux… et la dématérialisation de l’œuvre d’art peut participer à révolutionner l’économie de l’art de demain.

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