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Zao Wou Ki en grand, à Paris

[05/06/2018]

L’espace est silence. Tel est l’intitulé de l’exposition consacrée à Zao Wou Ki, au musée d’art moderne de Paris. Une invitation à la méditation à travers une sélection de grands formats.

Paris n’avait pas accueilli de grande exposition honorant Zao Wou Ki depuis 15 ans. C’est chose faite avec l’ouverture, le 1er juin dernier et jusqu’au 6 janvier 2019, d’une exposition sur ses œuvres de grands formats, sous le commissariat de François Michaud et Erik Verhagen, et avec le soutien soutien de la Fondation Zao Wou-Ki. Le Musée d’Art moderne de Paris présente une sélection de quarante œuvres de très grandes dimensions dont certaines, comme un ensemble d’encres de 2006, n’ont jamais été exposées.

Arrivé en France en 1948, promu officier de la Légion d’Honneur par le Président de la République Française en 1993, Zao Wou Ki est un pilier de l’abstraction du XXème siècle en France. Il est aussi un socle édifiant et essentiel dans l’histoire de l’art en Chine, car l’artiste a opéré une synthèse admirable de sa double culture, et qu’il laisse derrière lui une œuvre puissante face à l’épreuve du temps.

Le chemin de l’abstraction

Né en 1920 à Pékin dans une famille d’intellectuels, ZAO Wou-Ki descend de la Dynastie Song. Il intègre l’École des beaux-arts de Hangzhou en 1935 ou il étudie les techniques de peinture occidentales et chinoises pendant six ans. Après une première exposition personnelle à Shanghai en 1947, il s’installe à Paris, fréquente l’atelier d’Othon Friesz à l’académie de la Grande-Chaumière, ainsi que l’école des Beaux-Arts. Emporté dans l’effervescence artistique parisienne de l’époque, Zao Wou-ki côtoie les grands abstraits que sont Sam FRANCIS, Jean-Paul RIOPELLE, Pierre SOULAGESHans HARTUNG et Maria Elena VIEIRA DA SILVA. En 1951, il est bouleversé par une exposition de Paul Klee à Bern. Émerveillé par la simplicité fondamentale et la poésie des œuvres qu’il découvre, Zao digère un nouvel apport qui le mènera vers sa propre abstraction, puisant dans l’héritage oriental et le lyrisme occidental. Il lui faudra quatre années de plus pour abandonner « ces fins signes sténographiés par lesquels il représentait un animal qui court, une femme allongée nue dans le paysage ou une maison parmi les arbres » tels que décrits par l’historien d’art Daniel Abadie (in « Le passage du vent », catalogue de l’exposition Zao Wou-Ki – Hommage à Riopelle et peintures récentes au Musée national des beaux-arts du Québec, 2008).

Une nouvelle rupture advient en 1959. Zao Wou Ki fait un pas de plus vers l’éloge de la simplicité : en choisissant d’identifier ces œuvres par une simple date, il s’efface pour laisser s’exprimer la peinture elle-même et témoigner de son achèvement.

Adulé en France, son œuvre s’impose petit à petit en Chine au début des années 80′. A la même époque, il était possible d’acheter une toile autour de 5 000 $ seulement en salle de vente. Vingt ans plus tard, l’émergence du marché chinois commença a influer fortement sur sa cote. Désormais, l’art de Zao flambe, tant il est disputé fermement de part et d’autre du planisphère.

La bataille des enchères

Véritable fer de lance des marchés Chinois et Français, les œuvres de Zao Wou Ki suscitent un engouement phénoménal depuis de Hong Kong, engouement relayé par toutes les grandes places de marché mondiales. Depuis 10 ans, les collectionneurs se livrent des batailles d’enchères de plus en plus féroces pour accéder aux meilleures toiles, si bien que depuis janvier 2008, près de 260 de ses œuvres ont passé le million de dollars.

En l’espace d’un an, son record a été déclassé à quatre reprises : deux fois au cours de l’année 2017 avec des huiles sur toile datées de 1964, vendues chez Christie’s à Hong Kong. La première œuvre, 29/09/64, atteignait 19,6m$ le 27 mai, tandis que la seconde, 29/01/64, grimpait à 25,9m$ six mois plus tard. 29/09/64 battait alors le précédent record pour une œuvre chinoise sur toile, jusqu’alors détenu par Zeng Fanzhi. Puis deux autres toiles plus anciennes passaient le seuil des 20 millions sur le premier semestre 2018, à Hong Kong (Et la terre était sans forme, 1956, vendue 23,3 m$ en mars chez Poly Auction ; puis 14/12/59, cédée au double de son estimation, pour finir à 22,5m$ fin mai chez Christie’s). Créées en Europe, ses meilleures oeuvres abstraites rejoignent les collections asiatiques à un rythme soutenu.

Avec l’augmentation des prix, le marché de Zao s’est fortement recentré sur Hong Kong ces dernières années. Désormais, 90% de son produit de ventes se joue en Asie (dont près de 70% à Hong Kong sur les 12 derniers mois, près de 10% à Taïwan et 9% en Chine continentale), contre un peu moins de 8% en France. Si les performances du marché français se sont faites distancier par celles du marché hongkongais, le chiffre d’affaires annuel réalisé en France n’en a pas moins doublé en 10 ans sur cette signature brûlante du marché (le produit de vente français est passé de 9m$ à 18,5m$ entre 2007 et 2017).

Année après année, la structuration du marché hongkongais et la globalisation de la demande a rendu son marché de plus en plus efficient. Si bien que l’augmentation des prix de cet immense artiste est l’une des plus impressionnantes de notre époque : pas loin de 1 000% de progression depuis l’année 2000.

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