YOUNG BRITISH ARTISTS – Art britannique et vent de scandale

[08/03/2006]

 

Près de 10 ans après l’exposition « Sensation », les YBA sont arrivés à maturité et inspirent confiance après les premières tendances spéculatives.

Plus de 40 artistes, tous collectionnés par Charles Saatchi, participèrent à l’exposition Sensation. L’exposition fut réduite à une expérience voyeuriste par quelques médias car les œuvres provocantes ou usant d’une rhétorique publicitaire volèrent la vedette à la diversité effective de cette jeune génération (née dans les années 60-70). Sensation proposait des productions hétéroclites : œuvres abstraites ou figuratives, regards acerbes ou empathiques sur la société, distorsions et hybridations corporelles, télescopages entre art ancien et contemporain, etc. L’émulation autour de l’exposition a permis depuis de mieux découvrir cette dynamique éclectique en propulsant la plupart des YBA sur la scène artistique internationale.

En 1988, Damien Hirst, le leader des YBA donne l’impulsion première en organisant l’exposition Freeze autour de la jeune génération des artistes britanniques. En 1997, l’exposition Sensation à Londres, puis à New York deux ans plus tard, déclenche des polémiques liées au caractère provocant de certaines œuvres. Leur impact médiatique et l’aura du collectionneur / publiciste Charles Saatchi planant sur l’exposition, déclenchent une véritable frénésie acheteuse entre 1997 et 1999 pour Hirst dont la cote fait un bond de plus de 230% ! Après un essoufflement entre 2000 et 2002, l’artiste est de retour sur le devant de la scène et dépasse 3 fois la barre du million de dollars entre 2003 et 2005. Citons l’installation The Fragile Truth, une des composantes de Pharmacy, qui s’est envolée à 1 985 170 USD chez Sotheby’s Londres en 2004 et The Most beautiful thing in the world, un Butterfield painting qui établit en novembre dernier son nouveau record pour une peinture de l’artiste en trouvant acquéreur pour 1 150 000 USD (Sotheby’s NY).

Les installations suggestives d’objets prosaïques de Sarah Lucas, les corps mutants des frères Chapman, les mises en scène exhibitionnistes de Tracey Emin ou les sculptures intrigantes de Marc Quinn s’échangent entre 25 000 et 55 000 euro en moyenne dans les grandes maisons de vente. Ces artistes proposent des œuvres provocantes voire indécentes pour Sensation et éclipsent médiatiquement les peintures de Glenn Brown, Gary Hume ou Jenny Saville. Ces trois artistes ont depuis multiplié leur présence sur la scène culturelle et font de bons résultats en 2005 dépassant à plusieurs reprises les 100 000 USD en ventes publiques. La cote de Brown a presque été décuplée depuis 2001 tandis que celle de Jenny Saville, dont les œuvres cotent entre 250 000 et 530 000 euro en 2004, est en perte de vitesse. Après avoir été quelque peu boudé, le travail de Rachel Whiteread, donnant au vide une densité sculpturale, est dynamisé en 2004 par un très beau résultat : une installation composée de 16 éléments en résine est parti à 420 000 USD (Sotheby’s NY). Ce récent record stimule sa cote de 166% sur l’année 2005 !Ron Mueck, dont on peut admirer les sculptures hyperréalistes à la Fondation Cartier (Paris) jusqu’au 19 février, commence également à gagner en notoriété. Seules trois sculptures sont passées en ventes publiques mais sa progression est indéniable : en 1998, Big Baby 2 part pour 36 000 GBP (soit près de 60 000 USD chez Christie’s Londres) tandis que Pinocchio, une œuvre de moindres dimensions, est enlevée pour 460 000 USD en 2005 chez Phillips, De Pury et Company NY.

Depuis l’exposition Sensation, la cote des YBA a progressé de 369%. En France, la plus forte enchère 2005 pour une œuvre des YBA revient à une sculpture des frères Chapman : leur « Piggy-Back » s’est vendu 27 000 euros chez Artcurial le 28 juin dernier.