Yan Pei-Ming – Un pont entre l’Europe et la Chine

[14/04/2015]

 

YAN Pei-Ming fait partie d’une certaine « école française » de l’art contemporain chinois, parmi lesquels comptent Wang Du et Chen Zhen. Cet enfant des quartiers pauvres de Shanghai est l’un des peintres contemporains les plus renommés aujourd’hui. Son actualité se joue au Centre d’art contemporain de Malaga en Espagne, avec l’exposition « No Comment » qui rassemble 27 toiles imposantes jusqu’au 14 juin 2015.

Ming, comme il se fait appelé, a grandi sous la révolution culturelle et commencé à peindre très jeune dans un style réaliste soviétique. Il confie avoir « commencé à peindre à 13 ans, des grands portraits pour la propagande, des soldats, des ouvriers et bien sûr Mao Zedong, le grand Timonier ». Refusé au concours d’entrée d’une école d’art en Chine, il arrive à Paris en 1980. Il va avoir 20 ans, se retrouve là sans argent et sans parler un mot de français. Via un ami d’ami de son père, il rejoint Dijon et s’inscrit à l’école des Beaux-Arts puis, entre 1988 et 1989, l’Institut des hautes études en arts plastiques de Paris. Il est ensuite pensionnaire à la Villa Médicis, à l’Académie de France à Rome, de 1993 à 1994.

Ses toiles démesurées commencent à faire parler d’elles au début des années 2000. Ming privilégie les tableaux monumentaux peints en séries, avec une technique bichrome (noir, blanc, gris, ou rouge et blanc). Les toiles sont gigantesques afin de provoquer le saisissement et l’émotion et brossées à larges coups dans une matière empâtée. Les sujets sont éminemment figuratifs, car Ming cherche à comprendre son époque à travers les portraits de nombreuses personnalités politiques et religieuses (l’ancien premier ministre français Dominique de Villepin, le président américain Barack Obama, Jean-Paul II, Mao, Bouddha, le Pape Jean-Paul II).

Le succès par Mao

Ming peint des anonymes et des puissants globalement reconnaissables mais floutées par la vigueur des coups de brosse et des coulures. Sa plus célèbre série de portraits est celle de l’ex-leader communiste Mao Zedong, emblème du père spirituel et du pays déserté. Ming a décliné son visages à de nombreuses reprises, confiant avec malice : « J’ai commencé ma carrière en faisant de la propagande pour Mao, puis l’image de Mao a fait de la propagande pour moi ! ». C’est Mao qui valut à Ming une véritable flambée des prix, en plein boom du marché de l’art contemporain chinois. La première enchère millionnaire de l’artiste se porte en effet sur un visage de Mao rouge sur fond rouge. Prix final : 1,4 m$, au double de l’estimation initiale (Mao, 2000, 180 cm x 200 cm, Sotheby’s New York). Trois autres Mao rouge s’envolent à plus d’un million l’année suivante à New York et à Taiwan, mais la cote s’est considérablement essoufflée après les excès spéculatifs des années 2007-2008. Le grand Timonier vaut aujourd’hui 500 000 $ de moins en moyenne sur le marché des enchères. Les prix de Yan Pei-Ming furent en effet biaisés au niveau international pendant la ruée sur l’art chinois il y a sept ans. L’artiste semble conscient des dérives du marché car il confie : « Les Chinois s’intéressent à mon travail davantage d’un point de vue spéculatif. Je me méfie de cela. Aujourd’hui, en Chine, l’argent est devenu la seule religion ».
Le marché de Ming est aujourd’hui dans une phase d’assainissement : les acheteurs se montrent plus exigeants et ne font plus flamber les prix. De grandes huiles sur toile sont désormais accessibles pour moins de 100 000 $, des dessins au fusain autour de 10 000 $ et on peut trouver quelques estampes de la série Icônes (75 exemplaires) pour moins de 3 000 $ en étant attentif. C’est le moment d’acheter, d’autant que l’artiste a intégré des galeries internationales très prestigieuses, dont David Zwirner (New York), Massimo De Carlo, (Milan) et Thaddaeus Ropac (Paris et Salzburg).