Ventes Impressionnistes et modernes à New York : des résultats en dents de scie

[09/11/2009]

 

D’un jour sur l’autre, le marché de l’art joue aux montagnes russes à New York : après une vente maussade chez Christie’s qui enregistrait 56,8 M$ le soir du 3 novembre 2009 (contre 116,9M$ le 6 novembre 2008), Sotheby’s enregistrait 102M$ de plus (158,6M$ contre 196,8M$ le 3 novembre 2008) et de nouveaux records.

Christie’s, qui ouvrait la cession des ventes automnales d’art impressionniste et moderne au Rockefeller Plaza n’avait plus enregistré de si piètres résultats depuis 2004 pour ce type de vacation new-yorkaise. Ce résultat de 56,8 M$ n’est pas catastrophique pour autant puisqu’il s’inscrit dans les estimations prévisionnelles de l’auctioneer (41,7 M$-58,8 M$). Au vue du médiocre catalogue proposé, aucun record n’était d’ailleurs attendu ce soir-là. Christie’s avait minimisé le nombre de lots à 40 contre 68 chez Sotheby’s mais cet acte de prudence n’a pas suffi à limiter les dégâts d’une liste à rallonge d’invendus (30%). En tête de cette liste, nous rencontrons le lot phare de Pablo PICASSO, un portait de Dora Maar (1943) intitulé Tête de femme dont l’estimation de 7-10 M$ s’est avérée rédhibitoire en regard de la qualité de l’œuvre. Deux toiles de Camille PISSARRO, Paysage, La Ciotat d’Emile Othon FRIESZ, une technique mixte d’Henri MATISSE (Rosace), Paysage à Andrésy d’Alfred SISLEY, Portrait de photographe Dilewski d’Amedeo MODIGLIANI, Composition II, with Red de Piet MONDRIAAN, Profanation of Spring de Max ERNST, Femme debout d’Alberto GIACOMETTI ou encore Personnage et oiseau de Joan MIRO font partie des œuvres ravalées ce 3 novembre.

Les collectionneurs se sont par contre disputés un superbe pastel aux couleurs fraîches d’Edgar DEGAS (Danseuses, 9,5M$), une toile pointilliste de Paul SIGNAC (Vieux port de Cannes, 3,3M$), un Portrait du Marquis Sommi signé Tamara DE LEMPICKA (3,8M$) et une toile de Salvador DALI (Nu dans la plaine de Rosas, 3,5M$). L’œuvre du maître surréaliste est désormais troisième sur le podium des records de Dali. Elle a par ailleurs gagné 2,8M$ depuis son dernier coup de marteau chez Christie’s Londres en juin 2002.

Le 4 novembre 2009, Sotheby’s enregistrait pour sa part un record pour une œuvre sur papier de Dali : la Girafe en feu, une technique mixte très aboutie de 1937 décuplait son estimation basse pour un coup de marteau à 1,6M$. La liste des records de Sotheby’s s’est allongée avec les 12,25 M$ emportés par le Jeune arabe aux aplats de couleurs « matissiens » signé Kees VAN DONGEN et avec les Barques au port de Collioure d’André DERAIN frappées 12,5M$. Cette dernière œuvre grimpait de 10,1M$ depuis sa dernière adjudication en novembre 1993 chez Christie’s !
Parmi les autres chefs-d’œuvre, citons un Buste d’homme (1969, 9,2 M$) où se révèle l’énergie hors norme d’un Pablo Picasso octogénaire et deux autres toiles du maître intitulées Femme au chapeau vert (1947, 7,2M$) et Claude à deux ans (1949, 5,5M$). Le plus beau résultat de ces deux jours de vacations fut emporté par L’Homme qui chavire d’Alberto Giacometti, une sculpture émouvante sur la fragilité de la condition humaine, traduite dans la matière accidentée d’un homme chancelant. L’œuvre fut disputée à hauteur de 17,2M$, soit 5,2M$ au-dessus de l’estimation haute.

Les collectionneurs, qui semblent attendre des jours meilleurs pour vendre leurs pièces phares, réalisent suite à ces résultats que le risque est minime dès lors que la qualité est au rendez-vous. Seules les œuvres médiocres ou surestimées pâtissent réellement du climat de défiance.