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Vente Christie’s : arrêt sur quelques coups de marteau

[13/03/2012]

 

Le 7 mars 2012,Christie’s donnait à New York une grande vente d’art contemporain : un catalogue de 252 lots, dont 78% se sont vendus (soit 196) pour 8,7 m$ de recettes. Les 45 premiers lots étaient une plongée au cœur de la collection de Peter Norton, dont les goûts éclectiques et les choix sûrs ont permis à Christie’s de signer quelques très beaux coups de marteau.

Beatriz Milhazes
La meilleure enchère de la cession récompense l’artiste brésilienne Beatriz MILHAZES. Un collectionneur d’Amérique latine s’est battu jusqu’à 520 000$, triplant l’estimation initiale, pour emporter Nu Azul, une œuvre de 1997 (158,7 x 158,7 cm). Les œuvres de Milhazes ont un air de parenté avec les compositions géométriques de Wassily KANDINSKY, les couleurs franches de Henri MATISSE, les contrastes simultanés de Robert DELAUNAY, condensant le meilleur de la peinture moderne abstraite à l’art populaire brésilien. C’est d’ailleurs à une œuvre titrée à la gloire des modernes, O Moderno, que l’on doit son enchère record (600 000 £, soit 957 840 $, Phillips de Pury & Company, le 27 juin 2011).
En quatre années d’enchères et 50 coups de marteau (sur 70 œuvres proposées en salles), l’artiste s’est imposée comme l’une des 10 femmes contemporaines les plus cotées du monde (avec Cindy SHERMAN, Julie MEHRETU, Bharti KHER, Marlene DUMAS et Cecilia EDEFALK).

Ed Ruscha
Le Blue Scream (1964) d’Ed RUSCHA explosait son estimation de 150 -200 000 $, s’envolant à 460 000 $. La cote de Ed Ruscha a décollé de façon fulgurante au tournant du millénaire. En 1997 par exemple, sa toile Screaming In Spanish (1974), accessible pour 38 000 $ voyait son prix révisé à 300 000 $ en mai 2002 (deux ventes Christie’s NY). La picturalité des mots de Ruscha a désormais la cote, et plus encore celle des stations essence, série la plus prisée de l’artiste, qui plantait son enchère record à hauteur de 6,2 m$ le 13 novembre 2007 (Burning Gas Station, Christie’s, NY)

Jim Hodges
L’un des plus beaux coups de marteau de la journée récompensait Jim HODGES, dont les aficionados apprécient le lien à la nature, aux grandes thèmes fondamentaux, le travail toujours méticuleux et d’une grande puissance esthétique. L’œuvre présentée, Here’s Where We Will Stay, décrochait 400 000 $. Cette pièce délicate, constituée de dizaines de foulards de nylon, soie et mousseline, constitue un patchwork sociale et sensible, aussi léger qu’un souvenir.
C’est d’ailleurs une pièce tout aussi aérienne, en tissu découpé, qui déclenchait une véritable frénésie acheteuse lors de la vente Sotheby’s du 9 novembre 2010, atteignant 1,8 m$ contre une estimation comprise entre 500 000 et 700 000 $. L’artiste américain, né en 1957 et bardé de récompenses, a fait une entrée tardive dans le monde des enchères, mais il tient ses promesses. La première œuvre à affronter le verdict des enchères était proposée en 2007 chez Phillips de Pury & Company pour l’installation arachnéenne Angels Voices (1993),une fine toile d’araignée en chaîne argentée vendue 420 000 $, déjà 120 000 $ au-dessus de son estimation haute.

Glenn Ligon
Le coup de marteau de Prologue Series #1 (Text from Ralph Ellison) de Glenn LIGON résonnait fort à 290 000 $, contre une estimation basse initiale de 50 000 $. La série Prologue est devenue emblématique : travail d’écriture sur l’effacement et la mémoire, elle évoque un palimpseste ressassant les problématiques esthétiques, sociales, linguistiques et politiques de la race, du sexe et de la sexualité. Ce travail engagé a aussi pris une autre dimension il y a quelques mois, alors que Christie’s adjugeait une toile au seuil du million de dollars (Untitled (Stranger in the Village #17)) atteignait 980 000 $ contre une estimation de 300 000 – 500 000 $ le 8 novembre 2011).

Fred Tomaselli
Quatre mois après le record millionnaire de Fred TOMASELLI, l’estimation de son Multiple Landscape (1995, est. 150 000 – 200 000 $) n’effraya pas les amateurs. L’œuvre s’est vendue 220 000 $. Le travail de titan que requiert certaines œuvres a séduit les acteurs du marché très haut de gamme en 2007, avec la première adjudication supérieure à 500 000 $ (Gravity in Four Directions, 800 000 $, Christie’s, NY, 13 novembre 2007).

Wade Guyton
Le jeune Wade GUYTON (né en 1972) atteint des sommets sur le second marché. Il a pourtant été introduit aux enchères en novembre 2008 seulement (grande impression jet d’encre sans titre vendue 110 000 $ le 13 novembre chez Phillips de Pury & Company) et planté un record équivalent à 537 300 $ en avril 2011 (Christie’s Londres, 330 000 £). Lors de cette vente du 7 mars 2012, sa grande impression sans titre de 2006 atteignait 350 500 $ !

Elizabeth Peyton
Elizabeth PEYTON s’est imposée par sa capacité à renouveler le genre du portait, les critiques faisant d’elle l’héritière des plus grands portraitistes de l’histoire de l’art. Les prix en salles des ventes enterrinent cette comparaison, car Peyton rivalise désormais avec les prix de portraits à l’huile signés Edgar DEGAS ou Claude MONET ! Lors de cette vente Christie’s, un portrait de Mark Webber (30.7 x 23.1 cm.) se vendait 240 000 $; mais l’artiste a déjà 7 enchères à plus de 500 000 $ à son actif, dont un record à 750 000 $ pour Colin de Land (Christie’s, 8 novembre 2005, 152,4 x 101,6 cm), affichant un prix bien supérieur au dernier portrait de Monet soumis à enchère (Portrait de Jeanne Serveau, 1880, vendu l’équivalent de 457 000 $, Christie’s Paris, 20 mai 2011).

Takashi Murakami
L’une des belles surprises de la vente récompensait Forest of DOB, vision hallucinée d’un Mister Dob sous hélium par Takashi MURAKAMI. Cette œuvre intégrait la collection Peter Norton en 1998, année même où Murakami faisait une entrée, par ailleurs timide, en salles des ventes, avec un grand DOB gonflé à l’hélium et frappé à son estimation basse de 2 600 £, soit 4 400 $. Entre temps, Murakami est devenu le plus convoité des artistes nippon et sa cote a bien évidemment flambé, à tel point qu’un collectionneur américain a déboursé 210 000 $ pour la Forest of DOB préalablement estimée entre 40 000 et 60 000 $ !

Les bonnes affaires :
Christie’s proposait une plongée au cœur de l’univers de Yinka SHONIBARE avec une véritable pièce de réception reconstituée, mixant culture victorienne et africaine (Victorian Philanthropist’s Parlour). Certes encombrante, l’œuvre était tout de même une belle affaire à 80 000 $ contre une estimation de 120 000 – 180 000 $.
Autre bonne affaire dans cette gamme de prix, l’installation en soie Seoul Home/L.A. Home: Bathroom (épreuve d’artiste sur une édition de trois) du coréen Do Ho SUH changeait de mains pour 70 000$, contre 105 000 $ en 2009 (11 novembre 2009 Christie’s). Le prix de ses architectures soyeuses est pourtant sur une pente ascendante, notamment depuis l’enchère de 200 000 $ portée pour Gate en décembre 2010 (Sotheby’s).

Cette vente de prestige offrait aussi la possibilité de se faire plaisir pour moins de 10 000 $, avec le Marble Floor #32 de Wim DELVOYE (8 000 $), un exemplaire unique de près de deux mètres (Peter Norton Collection), des dessins de la grande artiste allemande Kiki SMITH (version féminine de Oh adjugée 6 500 $, tandis que le pendant masculin se vendait 5 000 $), ou encore la sculpture Twice de Teresita FERNANDEZ (8 000 $, édition sur 8 exemplaires, Peter Norton Collection).

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