Pour accéder à toutes les fonctionnalités de ce site, vous devez activer les cookies.

Une nouvelle année Foujita s’annonce

[08/08/2017]

Ressurgie avec force sur le marché des enchères ces dernières années, l’oeuvre de Foujita sera encore à l’honneur dans les mois qui viennent, notamment en France où se prépare une exposition au Musée Maillol pour le Cinquantenaire de son décès (mars-juillet 2018).

En 2016 déjà, le marché de Tsuguharu FOUJITA (1886-1968) faisait un bond spectaculaire, vitalisé par l’anniversaire des 130 ans de sa naissance fêté en France et au Japon. Au cours de cette année 2016, un record absolu venait en effet rafraîchir un sommet poussiéreux, avec plus de 5m$ décrochés par un magnifique Nu Au Chat (Sotheby’s Hong Kong le 3 avril 2016) acheté par le Long Museum de Shanghai (musée privé fondé par Liu Yiqian, président du groupe Sunline, et Wang Wei). Cette œuvre subtile et majestueuse avait déjà fait sensation en salle de ventes en 2014, en se vendant pour 1,9 m$. Avec un prix largement multiplié par deux en deux ans, le marché de Foujita prenait un nouvel élan l’année dernière, élan qui pourrait bien se voir réactiver en 2018 avec les nouveaux hommages prévus dans le cadre du Cinquantenaire de son décès.

Le Lewis Carroll de la peinture, comme l’appelait Cocteau, fut un travailleur acharné, peignant entre 6 000 et 8 000 œuvres au cours de sa vie. Portraitiste hors paire, peintre des chats et des jolies femmes, Foujita aurait pu mener une grande carrière sans même quitter le Japon : étudiant remarquable aux Beaux-Arts de Tokyo, il obtient son diplôme en 1910 et ses œuvres entrent l’année suivante dans les collections de l’Empereur. Mais le jeune artiste n’a qu’une idée en tête : se rendre à Paris. Il abandonne son titre de peintre officiel, arrive à Paris le 6 août 1913 et rencontre le lendemain, à la terrasse d’un café, le peintre chilien Manuel Ortiz de Zarate, qui l’entraîne dans l’atelier de Pablo Picasso.

Ce premier choc révèle à Foujita que l’on n’échappe pas à son destin. Un destin ancré dans la révolution culturelle moderne, dans le tourbillon parisien devenu le centre artistique du monde. Or, le centre de ce centre n’est autre, à l’époque, que le quartier Montparnasse, où Foujita s’installe et côtoie les immenses artistes Amedeo Modigliani, Moïse Kisling, Chaïm Soutine, André Derain, Maurice de Vlaminck, Fernand Léger, Juan Gris ou encore Henri Matisse… Admiré par ses nouveaux amis, il rencontre rapidement un succès critique et public.

Une vie de succès

Dès sa première exposition personnelle à la galerie Chéron en 1917, le succès est au rendez-vous. Le marchand de Amedeo MODIGLIANI et de Chaïm SOUTINE expose une centaine d’aquarelles signées Foujita, dont le style singulier – entre tradition japonaise et hiératisme gothique – suscite l’admiration de Pablo PICASSO. Le brassage des cultures est déjà en jeu chez l’artiste, qui multiplie les influences et les voyages. La découverte des œuvres de Michel-Ange lors d’un voyage en Italie en 1921 s’est avérée déterminante dans sa conception du modelé du corps, et la lecture des madones de la Renaissance italienne, de Raphaël à Léonard de Vinci, le marque profondément. Sa puissance admiration pour de Vinci explique le choix de se rebaptiser « Léonard » lorsqu’il se converti au christianisme, en 1959. Féru de la grande histoire de l’art occidental, Foujita s’imprègne aussi de ses amis, des peintres qu’il côtoie, notamment de Modigliani, sans jamais oublier le goût typiquement japonais de la calligraphie, de la finesse du trait, de l’usage du vide et des aplats convoquant l’estampe japonaise. Au carrefour des influences, l’art de Foujita se construit dans l’hybridation, et s’impose entre tradition et modernité, Orient et Occident.

Les succès s’enchainent dans les années 20′, époque où il développe sa technique blanche valorisant les modelés (technique du nyuhakushoku, blancheur de lait). Sa toile Youki déesse de la neige, triomphe au Salon d’automne de 1924, attirant une foule de visiteurs et des critiques élogieuses.

L’année suivante, en 1925, il est décoré de l’ordre de Léopold en Belgique et nommé chevalier de la Légion d’honneur en France. L’époque est florissante, les hommages pleuvent et les affaires vont bon train. Foujita gagne bien sa vie, fait parler la presse et fait des envieux, mais un redressement fiscal change la donne. Il part alors pour le Japon ou il espère se refaire une santé financière. Puis le retour à Paris est bref : entre déboires amoureux et envie d’ailleurs, l’artiste se rend Amérique latine avec son modèle, Madeleine Lequeux (entre 1931 et 1933). Après le Brésil, l’Argentine, la Colombie, le Pérou, le Mexique et la Californie où il vit du fruit de ses expositions, il rejoint Tokyo en 1933, Paris en 1939, puis de nouveau le Japon avec l’arrivée de l’armée allemande en France. Dans son pays natal, il est nommé peintre officiel de l’armée de la grande guerre d’Asie… peintre de propagande donc, avant de rejoindre les Etats-Unis en 1949, puis Montparnasse où il s’installe avec Kimiyo, sa dernière femme, et renoue avec le succès.

La résurrection du marché

Kimiyo, belle Japonaise qui partage toute la fin de vie de Foujita fut, selon l’auteur du catalogue raisonné de l’artiste, Sylvie Buisson « traumatisée par les sollicitations intéressées insistantes dont elle faisait l’objet » après la mort de son mari. Elle décide de retourner au Japon et surtout interdit toute reproduction et même toute exposition de l’oeuvre de son défunt mari. Voici la raison pour laquelle l’oeuvre de Foujita est tombée dans l’oubli durant plusieurs années. Fort heureusement, son marché fut porté dans les années 80′ par les collectionneurs japonais. Durant cet épisode faste, les investisseurs Japonais soutenaient leurs compatriotes avec une vigueur financière sans précédent dans les salles de ventes occidentales.

En 1985, une Nature morte atteint 110 000$ chez Christie’s à New York puis, après plusieurs résultats emportés à plus de 200 000$, les prix flambent en 1990 avec un résultat millionnaire (Enfant égarée, 1,14m$ chez Sotheby’s New York). Mais la cote reste alors fragile et son marché retombe plus ou moins dans l’oubli. Pendant près d’un quart de siècle, plus un seul résultat spectaculaire ne réveille l’intérêt des acteurs du marché, bien que Foujita demeure l’artiste japonais le plus cher du marché grâce au record de 1990. Mais depuis 2014, quatre nouveaux résultats millionnaires confirment une appétence mondiale pour cette œuvre.

En dehors du marché, quelques-unes des meilleures œuvres de l’artiste sont conservées au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, au Centre Georges Pompidou, au Musée Carnavalet, au Metropolitan Museum of Art, au Musée Royaux des Beaux-Arts de Belgique, au British Museum de Londres et, bien sûr, dans tous les grands musées Japonais. C’est néanmoins en France que le plus important fond s’organise, car la ville de Reims a reçu en donation 663 œuvres de l’artiste, dont les meilleures seront exposées au sein du nouveau musée des Beaux-Arts qui doit ouvrir en 2018, un évènement répondant à la grande exposition prévue au Musée Maillol à Paris.

.

En utilisant ce site, vous acceptez que les cookies soient utilisés à des fins d'analyse et de pertinence Pour en savoir plus, Charte de confidentialité OK