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Un milliard de dollars pour trois artistes

[25/02/2014]

 

La vigueur du marché de l’art fut sans pareil en 2013. Il s’agit de la meilleure année de l’histoire des enchères. Toujours plus faste, le marché haut de gamme repose sur quelques signatures trophées que l’on s’arrache à prix d’or. Une semaine avant la publication du Rapport du marché de l’art 2013 d’Artprice.com, nous levons le voile sur les trois mastodontes du marché mondial, un trio de tête international récompensant l’américain Andy Warhol, l’européen Pablo Picasso et le chinois Zhang Daqian. Selon leurs résultats de ventes 2013 (prix d’adjudications), Warhol, Picasso et Daqian génèrent à eux seuls plus d’un milliard de dollars de résultat, hors frais acheteurs !

Andy Warhol (1928 – 1987) : 367,4 m$

Avec les années 2000, Andy WARHOL est devenu un grand habitué de ce palmarès annuel, dont il a déjà tenu la première place en 2007 devant Pablo PICASSO. A l’époque, ses recettes enterraient de 109 m$ celles de Picasso (430 m$ pour Warhol contre 321 m$ pour Picasso). Cette année, le maître du Pop défie moins le maître moderne en termes de résultat global (6 m$ les séparent) qu’en termes de record : désormais, Warhol vaut Picasso aux meilleurs niveaux de prix.
Le chantre du Pop Art ajoute en effet 30 m$ à son précédent record et plafonne désormais à 94 m$, soit 1 m$ de moins que le record de Pablo Picasso (Nude, Green Leaves and Bust, 1932, 95 m$, plus de 106 m$ frais inclus, le 4 mai 2010, Christie’s, New York). Le nouveau sommet warholien récompense Silver Car Crash (Double Disaster), acheté plus de 105 m$ frais inclus, le 13 novembre 2013 chez Sotheby’s, New York. Cette oeuvre monumentale (approximativement 267 cm x 417 cm) s’inscrit dans la série Death and Disaster (Mort et désastre) de 1963. L’oeuvre est une répétition tragique, à 15 reprises, d’un accident de voiture traité en sérigraphie, confronté sur la droite à un panneau sans image, signe d’effacement, de silence ou feuille blanche en attente de la prochaine tragédie. L’obsession de la mort, sujet clef de l’artiste, la monumentalité et la rareté de la pièce proposée – les trois autres toiles sur ce sujet sont dans des musées à New York, en Suisse et à Vienne – l’imposent comme l’une des plus chère du monde, derrière celle de Francis BACON (Three Studies of Lucian Freud, adjugé 127 m$, 12 novembre 2013, Christie’s, New York), d’Edvard MUNCH (The Scream, adjugé 107 m$, 2 mai 2012, Sotheby’s, New York) et de Pablo Picasso. Andy Warhol est ainsi passé d’un record de 64 m$ à 94 m$ en l’espace de six ans, pour une toile de la même année, issue du même thème Death and Disaster. Le précédent record récompensait Green Car Crash (Green Burning Car I), oeuvre de moindres dimensions (228,6 cm x 203,2 cm) et dépourvue de l’image silencieuse qui fait pendant au travail sérigraphique de Silver Car Crash (Double Disaster).
2013 pour Warhol, c’est aussi 34 résultats millionnaires, plus de 1 400 oeuvres vendues, une enchère moyenne à près de 252 000 $, et des oeuvres capables de gagner quelques millions en deux ou trois ans. Les surenchères se poursuivent pour les oeuvres emblématiques qui affichent des prix en hausse de 58 % sur la décennie.

Pablo Picasso (1881 – 1973) : 361,3 m$

A défaut d’être le grand numéro 1 cette année, Pablo Picasso est l’artiste qui vend le plus : près de 2 800 lots (majoritairement des estampes, certes, et 44 peintures seulement) se sont arrachés en 2013, à de puissants niveaux de prix, comme en témoigne une enchère moyenne à 130 000 $ et pas moins de 52 adjudications millionnaires.
Avant le record d’Edvard Munch et durant les quatre années suivant le sommet du Garçon à la Pipe, les prix de Picasso ne cessent de grimper (68 % de hausse entre janvier 2004 et janvier 2008). Les enchères multimillionnaires s’enchaînent : Dora Maar au chat s’envole pour 85 m$ en 2006 et devient le second tableau le plus cher en ventes publiques (Sotheby’s, 3 mai 2006) puis Tête de Femme, Dora Maar, une sculpture en bronze, décroche 26 m$ et s’affiche comme la sculpture la plus chère du marché en 2007 (7 novembre 2007, Sotheby’s). Invariablement, pendant près de 10 ans, Pablo Picasso reste l’artiste le plus rentable aux enchères, le responsable du meilleur chiffre d’affaires annuel jusqu’en 2007 où il est déclassé par Andy Warhol. Il gagne à nouveau la première marche du podium annuel entre 2008 et 2010, année d’un nouveau record mondial à hauteur de 95 m$ (Nude, Green Leaves and Bust, 4 mai 2010, Christie’s) puis se laisse dépasser l’année suivante par les résultats annuels stupéfiants des Chinois QI Baishi et Zhang Daqian.
Les collectionneurs les plus fortunés de la planète se battent certes à coup de millions pour des pièces exceptionnelles de Picasso, mais ces enchères médiatiques ne signifient pas que la prestigieuse signature est toujours inabordable. En effet, la majorité de ces oeuvres (70 %) change de mains pour moins de 10 000 $. Dans cette gamme de prix et parmi quelque 3 000 lots mis en vente chaque année, il s’agit principalement d’estampes (60 % des transactions) et de céramiques (27 % du marché). N’oublions pas que Picasso a engendré l’oeuvre la plus dense du XXème siècle, y compris dans des médiums considérés à l’époque comme mineurs tels que la gravure et la céramique.

Bien que l’année 2013 ne soit pas celle d’un nouveau record pour l’artiste, elle fut le théâtre d’une plus-value de 33,2 m$ pour une toile de 1932 représentant Marie-Thérèse Walter, compagne de l’artiste qui donna naissance à Maya en 1935. Intitulée Femme Assise près d’une fenêtre, portrait de Marie-Thérèse Walter, l’oeuvre se vendait l’équivalent de 40 m$ le 5 février 2013 chez Sotheby’s, Londres, contre 6,8 m$ en 1997 (14 mai 1997, Christie’s, Londres). Les chefs-d’oeuvre de Picasso sont des denrées rares de plus en plus chères, d’autant plus si l’oeuvre en question constitue un jalon historique essentiel (période bleue, rose, prémices cubistes) ou qu’elle est intimement liée à la sphère intime de l’artiste. Le prix de la douce Marie-Thérèse Walter a tout de même grimpé de 488 % en 16 ans.

Zhang Daqian (1899 – 1983) : 291,6 m$

L’artiste chinois ZHANG Daqian fait sa première apparition au Top 10 mondial en 2010, à la 4ème place du podium avec 314 m$ de résultat, puis il grimpe à la première place avec 550 m$ de résultat en 2011. 550 m$ est un chiffre qui demeure à ce jour le plus important jamais réalisé sur une année de ventes aux enchères pour un artiste.
Il y a une vingtaine d’années, Sotheby’s commençait à intégrer quelques dessins du maître moderne dans ses catalogues de ventes hongkongais. Avec un succès à la mesure de la cote du moment, puisque ses travaux à l’encre se vendaient alors entre 5 000 $ et 15 000 $ en moyenne. Un signe précurseur du potentiel phénoménal de l’artiste advient en 1991 à Hong Kong avec la vente de Mist at Dawn, une encre de 1968, pour 250 800 $ (1 900 000 HK$, 2 mai 1991, Sotheby’s Hong Kong). Sotheby’s introduit alors cette signature à New York : la cote s’y avère trois fois moindre qu’en Asie avec des dessins vendus entre 2 000 $ et 6 000 $ en moyenne début 1991. Septembre 1991 : l’artiste passe le seuil des 500 000 $ à Hong Kong. Il faut attendre deux années de plus pour que celui des 200 000 $ soit passé à l’ouest du planisphère avec le dessin Splash Landscape (1968) qui décuple son estimation (adjugé 230 000 $, 1er juin 1993, Sotheby’s, New York).
Le seuil du million est atteint pour la première fois en 1994 chez Sotheby’s, Hong Kong (Dawning light in autumn Gorges, 1965, 3 novembre 1994). Zhang Daqian a ainsi intégré le marché haut de gamme des enchères depuis plus de dix ans. On ne peut donc prétendre à une mystification de sa cote ou à un pur phénomène de spéculation : l’artiste s’est installé durablement dans le cénacle des signatures les plus cotées du monde, même si la demande vibre essentiellement en Asie. Depuis 1994, il cumule 278 adjudications millionnaires, toutes enregistrées en Chine et à Hong Kong, dont 55 en 2013. Il génère donc plus d’enchères millionnaires cette année que Francis Bacon, Gerhard RICHTER et Roy LICHTENSTEIN réunis ! Confidentiel en Occident, le marché de Zhang Daquian n’en est pas moins le plus dense dans les plus hautes sphères de prix : il détient le plus grand nombre d’enchères millionnaires du Top 10 artistes et signe en 2013 sa 3ème meilleure enchère, équivalente à 10 m$, pour Lady red whisk (China Guardian, Pékin, 10 mai 2013).

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