Un artiste, une galerie : Henry Taylor et Hauser & Wirth

[17/07/2020]

L’artiste afro-américain Henry TAYLOR, 62 ans, est l’un des peintres les plus en vue de notre époque. Ses toiles s’arrachent à des centaines de milliers de dollars pour les plus importantes. On parle d’une flambée des prix chez cet artiste qui ne faisait aucun remous sur le marché il y a peu, et qui affole les enchères depuis l’obtention du prix Robert De Niro en 2018 pour ses contributions dans le domaine de la peinture. Jusque là, il était essentiellement célébré par les collectionneurs de la côte Ouest américaine, d’où Blum & Poe, sa galeriste attitrée, l’a très bien défendu.

En quelques années, le prix de ses œuvres a été multiplié par trois avec un record d’adjudication établi au seuil du million de dollars en 2018. Une vingtaine d’enchères s’enchainaient alors pour faire grimper sa toile I’ll Put a Spell on You de 150.000$ (son estimation basse) à 975.000$ (son prix final chez Sotheby’s). A l’époque, la demande a déjà quelque chose de frénétique, l’offre ne parvenant plus à la satisfaire. Collectionné par les plus grands – les Rubells, Peter Brant, François Pinault – l’artiste n’en devient que plus désirable et gravi les échelons pour se classer parmi les 500 artistes mondiaux les plus performants du marché (2019), toutes périodes de création confondues.

 

henry_taylor_-_ill_put_a_spell_on_you_2004Henry Taylor – I’ll Put a Spell on You (2004)

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Après 10 ans de collaboration avec Blum & Poe, Henry Taylor est donc au sommet de sa carrière. Il est pourtant attiré par une autre galerie, Hauser & Wirth, avec qui il signe un contrat au début de l’année, sans rompre avec sa première galerie. Blum & Poe et Hauser & Wirth travaillent désormais de concert pour faire passer de nouveaux paliers à l’artiste californien. A l’annonce de cette nouvelle collaboration, la critique d’art du New York Times, Roberta Smith, adressait une remarque cinglante à Hauser & Wirth : « Qu’est-ce qu’une galerie d’art avec suffisamment d’argent et d’assise pour signer tous les artistes qu’elle souhaite, et pour embaucher tous les gestionnaires et le personnel requis? C’est une agence de talents, pas une galerie d’art. »

Avant de devenir une « agence de talent », Hauser & Wirth fut une galerie zurichoise fondée au début des années 1990, en pleine crise du marché de l’art. Tenter de vendre une œuvre contemporaine à cette époque était une gageure, la signer tenait du miracle. Non seulement Hauser & Wirth a résisté mais elle s’est développée d’une façon considérable. Iwan Wirth et Manuela Wirth administraient cinq galeries il y a cinq ans. Ils en compte neuf aujourd’hui et se préparent à ouvrir un centre d’art (Minorque, 2021). Entrer chez Hauser & Wirth, c’est l’assurance, pour Henry Taylor, d’être exposé à Hong Kong, Londres, St. Moritz, Zuric, Gstaad, en plus de Los Angeles, New York et Tokyo ou se trouve déjà Blum & Poe. Or cette diversité de lieux offre des perspectives inespérées pour cet artiste dont 70% du marché se cantonnait encore aux Etats-Unis il y a deux ans.

De plus, la galerie Hauser & Wirth ne manque pas d’audience. Un million de visiteurs se rendent dans ses différentes succursales chaque année (ils se rabattent depuis le printemps sur un site internet pourvu en viewing rooms). Dans le cas particulier de Taylor où la demande est déjà au beau fixe, ce rayonnement supplémentaire devrait faire monter la cote dès que le marché sera reparti. La demande s’agite déjà du côté de Hong Kong…

Paru dans Diptyk magazine de juin 2020