Ulla Von Brandenburg met en scène le Palais de Tokyo (Paris)

[04/08/2020]

Le fantasme du spectateur : traverser le rideau qui sépare le parterre de la scène et devenir acteur ! Le fantasme du photographe : traverser la lentille et se retrouver dans l’envers du décor. C’est par une succession de grands pans de tissus colorés, percés en leur milieu de grands cercles, évoquant tout à la fois le lourd rideau de théâtre que la focale d’un appareil photo, que le public peut assouvir ce double désir.

son exposition monographique Le Milieu est bleu (est) prolongée jusqu’au 13 septembre, épisode Covid oblige.”

Après Ugo RONDINONE ou Tomas SARACENO, le Palais de Tokyo a donné carte blanche à Ulla VON BRANDENBURG. En 2012, pour la réouverture du musée, elle avait tapissé l’Agora de couleurs où déjà le public pouvait à plaisir glisser à la surface de son œuvre et se l’approprier. L’artiste, née en 1974 à Karlsruhe et installée à Paris depuis 2005, voit son exposition monographique « Le Milieu est bleu » prolongée jusqu’au 13 septembre, épisode Covid oblige.

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Réalisant la forte charge symbolique du Palais de Tokyo et l’imposante architecture du musée, elle a au préalable minutieusement travaillé sur maquette afin de se réapproprier totalement l’espace. « Le tissu me permet de camoufler, de cacher, d’habiller le cube blanc du musée et par là de changer les systèmes de valeurs et les cadres de pensée. J’utilise des tissus pour créer des espaces dans lesquels on peut prétendre se trouver ailleurs, tomber pour ainsi dire dans d’autres mondes. (…) Dans un espace où sont suspendus des rideaux, la séparation entre intérieur et extérieur, ou entre différents mondes, devient floue. Et ce flou amène à se demander où l’on est. »

C’est indéniablement la question que se pose le public au sortir de ce premier sas d’entrée, où il peut enfin traverser ce 4e mur théâtral. Les visiteurs ne cesseront plus, comme souvent dans l’oeuvre d’Ulla von Brandenburg, d’être acteurs, dans une œuvre qui tend vers l’art total, réunissant son, danse, arts plastiques, vidéo. Le tissu, un medium plus que familier pour cette artiste qui s’est d’abord formée en scénographie, lui permet de fabriquer ex nihilo une « architecture molle » : C’est pour elle LA matière par excellence, malléable et changeante, celle qui touche notre peau du lange au linceul.

L’artiste accorde une grande importance à ces textiles, dont elle a fabriqué certains éléments elle-même, ou qu’elle a récupéré, par exemple du Théâtre National de Varsovie, et qui voyagent avec elle d’exposition en installation. Ils permettent de délimiter de nouveaux espaces et de se créer comme le feraient des enfants improvisant une cabane, une surface bien à soi. Chaque samedi pendant toute la durée de l’exposition, cinq danseurs (issus du Théâtre du Peuple de Bussang dans les Vosges et qui réapparaissent dans le film qui sert de pivot central à l’exposition) font et défont les espaces, en une sorte de rituel, en déplaçant les objets placés là pour leur symbolique : le ruban comme lien entre notre monde et d’autres dimensions, les nasses de pêche traditionnelles ou les morceaux de craie géants. Hors de ces performances hebdomadaires, c’est le visiteur qui joue le rôle de performeur.

Ulla von Brandenburg est également une habituée des biennales, dès 2009 à la Biennale de Venise.”

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Son œuvre se caractérise par la diversité des supports, des techniques et des média. Maîtrisant parfaitement les codes de la scénographie, nourrie de littérature, d’histoire des arts et d’architecture mais aussi de psychanalyse, de spiritisme et de magie, elle emprunte aussi bien aux arts et traditions populaires qu’aux mécanisme de la photo/vidéo et du théâtre pour explorer de nouveaux mondes, souvent tout intérieurs. Masques, costumes, décors et accessoires relevant de différentes traditions populaires sont pour elle des instruments de transgression et de dénonciation des normes et des hiérarchies.

Reconnu internationalement depuis sa nomination pour le prix Marcel Duchamp de 2016 (finalement obtenu par Kader ATTIA), son travail fait l’objet de nombreuses expositions personnelles, comme récemment au MRAC à Sérignan (2019) ou à la Whitechapel Gallery à Londres (2018). Ulla von Brandenburg est également une habituée des biennales, dès 2009 à la Biennale de Venise son installation Singspiel mêlait architecture et vidéo, contemplation et performance du visiteur. Avec Kulissen, 2011, elle faisait tomber d’immenses rideaux de scène en épais papier froissé, aux couleurs de pivoines, à l’entrée de la Sucrière pour la 11e Biennale de Lyon. Elle est représentée par la galerie Art:Concept à Paris, la galerie Pilar Corrias à Londres, la Produzentengalerie à Hambourg et la galerie Meyer Riegger à Karlsruhe.
Naturellement, ses créations, souvent dans des installations de grands formats, sont rares dans les salles de ventes, malgré une reconnaissance mondiale. Son marché repose sur quelques aquarelles, dont trois, datant toutes de 2015 étaient mises en vente chez Van Ham le 10 juin dernier. Le magnifique diptyque en technique mixte Tanz 1 & Tanz 2 partait pour plus de 24.000$, largement au-dessus de son estimation haute de 13.000$.