Simon Hantaï

[30/07/2013]

 

Le Centre Georges Pompidou consacre une première grande rétrospective à l’œuvre de Hantaï (22 mai – 2 septembre 2013). Riche de plus de 130 peintures, toutes réalisées entre 1949 et 1990, il s’agit de la plus importante exposition orchestrée depuis celle qui eut lieu en 1976 au Musée d’Art Moderne de Paris. Si cette œuvre foisonnante est restée dans l’ombre tant d’années, c’est du fait de l’artiste lui-même, qui s’est volontairement retiré du monde de l’art et de ses systèmes de valorisation à partir de 1982.

Hantaï et le monde de l’art
Que s’est-il passé en 1982 ? La première confrontation de son oeuvre sur la scène internationale artistique se passe mal. Simon HANTAÏ représente en effet la France à la 40ème Biennale de Venise avec un ensemble de Tabulas, mais l’exposition est un échec. Il s’isole alors du monde de l’art jusqu’à son décès en 2008. Il se consacre dès lors à des échanges intellectuels avec ses amis philosophes et théoriciens (Hélène Cixous, Jacques Derrida, Jean-Luc Nancy), ne produit pas mais retaille tout au plus dans des œuvres précédentes. Un signe précurseur à ce silence artistique est apparu après son exposition en 1976 au Musée d’Art Moderne de Paris, à la suite de laquelle Hantaï prend du recul et cesse de peindre pendant trois ans et demi. Pourtant, l’artiste est bien accueilli, les institutions et les galeries rendent grâce à son travail depuis des années. N’était-il pas le premier lauréat du prix de la Fondation Maeght en 1967 ?

Ce grand coloriste, qui peint en aveugle avec le pliage érigé pour méthode à partir de 1960, a développé une œuvre souveraine et spirituelle, avant son repli face au marché. Néanmoins, les collectionneurs ne s’y trompent pas et s’arrachent cette œuvre singulière dès que les premiers pliages se présentent en salles à la fin des années 1980.

Hantaï et le marché
Dans un premier temps, les maisons de ventes proposent des pièces des années 1950, parfois encore sous influence surréaliste. Hantaï débute sur le marché des enchères en 1986 avec une grande composition de 1956, vendue l’équivalent de 3 300 $ à Londres (216 cm x 152 cm, 2 200 £, Sotheby’s), une toile qui vaudrait 40 à 60 fois plus aujourd’hui.Le marché se réveille le 7 octobre 1989, avec un premier pliage vendu l’équivalent de 30 000 $ au marteau de Charbonneaux à Paris (Sans titre, 1963, 120 cm x 105 cm). Deux jours plus tard, une œuvre deux fois plus grande se vend cinq fois plus cher : une composition de 1972 s’arrache 150 000 $ chez Briest (1989, 220 cm x 243 cm). C’est la première fois que l’artiste dépasse les 100 000 $. Ce seuil est à nouveau passé à 56 reprises jusqu’à l’été 2013 (près de 20 % des peintures se vendent plus de 100 000 $) et un sommet de 779 000 $, soit plus de 935 000 $ avec les frais, est atteint chez Sotheby’s Paris pour Etude (1969, 274 cm x 236 cm). La National Gallery of Art de Washington possède d’ailleurs dans ses collections une œuvre très proche (même année et mêmes dimensions) sur laquelle le rouge remplace le bleu. Si l’on trouve quelques œuvres de Hantaï dans des musées américains, le marché y est pauvre. Seules cinq œuvres se sont vendues aux États-Unis depuis le début des années 2000. Les œuvres circulent essentiellement en France (81,3 % du chiffre d’affaires de l’artiste) et moins rarement aux Pays-Bas (4,2 % des recettes) qu’aux États-Unis (moins de 2%).

Une place de marché presque exclusivement française n’a pas nui à l’ascension de sa cote, car sa renommée et la demande sont internationales. Sa cote s’est ainsi appréciée de + 275 % sur la décennie (2003-2013), avec des niveaux de prix assez forts (50 % des oeuvres se vendent plus de 40 000 $).
Pour des œuvres abordables, il se trouve que Hantaï s’est intéressé à la sérigraphie, non pas en tant qu’outil de diffusion de son œuvre mais pour sa propension à faire proliférer le motif. Il en passe régulièrement en salles, seule ou par lot, à un prix moyen de 150 $ – 300 $ par sérigraphie.