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Résultats mitigés pour le premier volet de la vente Taubman

[10/11/2015]

 

La salle était bondée pour cette vente historique et l’excitation à son comble, du moins au démarrage des enchères, lesquelles se sont souvent fait attendre au fil de la vacation, non sans une certaine angoisse… le résultat final est honorable même si la vente n’a pas tenu ses promesses.

Ce mercredi 4 novembre 2015 à New York, toute l’équipe de Sotheby’s était sur son 31, nœud papillon et robes de soirées de rigueur, pour voir défiler les 77 chefs-d’oeuvres modernes et contemporains proposés pour le premier volet de la dispersion A.Taubman, l’une des plus belles collections privées américaines.

Résultats et garanties, l’enjeu financier

L’enjeu était de taille, car Sotheby’s a beaucoup investi sur cette vente, avec un épais catalogue de près de 400 pages pour les 77 lots de la soirée. L’investissement ne se cache pas seulement là, mais surtout dans la garantie engagée par Sotheby’s sur cette collection, une garantie de 500 m$ : du jamais vu dans l’histoire des enchères !
La société de ventes américaine – par ailleurs cotée en bourse – s’est donc engagée financièrement auprès des vendeurs (les héritiers Taubman) et doit vendre plus de 500 m$ d’oeuvres (en quatre volets de ventes) pour ne pas avoir à y mettre de sa poche. Le fait de garantir intégralement une vente aux enchères est un évènement sans précédent, mais Sotheby’s ne pouvait pas se permettre de ne pas disperser la collection de celui qui fut son directeur.
Ce premier volet des quatre ventes comptabilise 377 m$ frais inclus, un résultat louable même si l’on attendait beaucoup mieux. La vente Taubman bat déjà la dispersion de la collection Pierre Bergé-Yves Saint Laurent en 2009 à Paris, qui était annoncée à l’époque comme la vente du siècle (255 m€ de ventes Fine art).

Les œuvres à plus de 10 m$ , et leur lot de déception…

12 œuvres se sont vendues plus de 10 m$ frais inclus, sur les 15 estimées à ce niveau de prix. Outre le record atteint par la formidable toile de Frank Stella, les prix ne sont pas envolés très haut et les temps de latences dans les montées d’enchères étaient parfois très longs. Au final, la plupart des œuvres se sont vendues bien en-deçà des estimations…

NOUVEAU RECORD MONDIAL – La grande toile géométrique de Frank STELLA, Delaware Crossing, a atteint le record tant attendu : à 13,69 m$ frais inclus, elle double le précédent record de l’icône américaine. Cette œuvre arrivait à point nommé sur le marché américain car une grande rétrospective est consacrée en ce moment à Stella au Whitney Museum.

LE LOT PHAREAmedeo MODIGLIANI : le Portrait de Paulette Jourdain (1919) était l’une des œuvres préférées de M. Taubman et l’une des dernières toiles de l’artiste. Elle a tenu ses promesses, partant d’une mise à prix de 17 millions, pour grimper à 42,8 m$ frais inclus. Le Portrait de Paulette Jourdain est désormais la seconde toile la plus cotée de Modigliani… mais pas pour très longtemps si Christie’s vend son sublime Nu couché le 9 novembre.

Willem DE KOONING : Untitled XXI, 1976, vendu 24,89 m$ frais inclus. Les enchères ont commencé à 16m$, facilement grimpé à 18 m$ mais l’attente paraissait interminable passé ce seuil malgré le nombre de téléphones mobilisés. Sotheby’s espérait mieux (estimation entre 25 et 35 m$).

Mark ROTHKO : les deux Rothko se sont vendus timidement : Untitled (Lavender and Green), 1952 est parti à l’estimation basse (20,41m$ frais inclus) et No/6 Sienna, Orange on wine, 1962, à 17,61 m$, contre 20 millions attendus au bas mot.

Clyfford STILL : son œuvre historique PH-218, de 1947, s’est vendue sans excès dans sa fourchette d’estimation, pour 14,81 m$.

Pablo PICASSO : la toile Femme assise sur une chaise de 1938 est partie pour 20 m$ frais inclus. Sotheby’s espérait le vendre 5 m$ de plus…

Francis BACON : Man with armed raised, un Bacon un peu faible est parti à 10,33 m$, dans sa fourchette d’estimation.

Edgar DEGAS : les Danseuses en blanc, de 1878, l’un des grands chefs-d’oeuvre de la vente était très attendu. Sotheby’s lui consacrait d’ailleurs sept pages au catalogue. Il aurait pu gagner le Top 3 de Degas mais le résultat est finalement décevant : les enchères ont débuté à 13 m$, stagné à 14 m$ pour finir à 17 m$ frais inclus, contre une estimation de 18-25 m$. En 2008, un tel dessin aurait honoré les pronostics…

Autres déceptions pour Henri MATISSE (Mlle Matisse en manteau écossais, une huile sur toile de 1918, vendue 13,69 m$ frais inclus contre une estimation haute de 18 m$) ; pour Joan MIRO, (La porte, 1931, vendue 13,4 m$ frais inclus contre une estimation de 15-20 m$), et même pour La Clownesse Cha-U-Kao de Henri DE TOULOUSE-LAUTREC, vendue timidement à son estimation basse de 12 m$, frais inclus ; mais surtout pour des joyaux ravalés, comme le Disappearance I de Jasper JOHNS ou le magnifique pastel Femme Nue de dos par Degas.

Ces résultats mitigés, voire parfois franchement décevants, ne mettent pas Sotheby’s en danger face aux 500 m$ garantis : 400 œuvres de la collection Taubman restent à vendre jusqu’en janvier 2016.

Petit rappel sur Alfred Taubman

Architecte de formation, Alfred Taubman construit son premier petit centre commercial grâce à un prêt, puis devient un géant du «shopping mall »… Cet homme incarne le rêve américain, parti de rien pour se constituer rapidement une impressionnante fortune. Monsieur Taubman fait ses premières acquisition d’oeuvres dans les années 50′, une passion qui ne le quitte plus et qui couvre tous les champs de la création, depuis les antiquités égyptiennes et chinoises, jusqu’à l’art contemporain, en passant par le meilleur de l’art impressionniste, moderne, américain et ancien. Dans les années 1960, il fréquente assidûment les galeries de la 57ème rue à New York, découvre l’avant-garde de l’époque (grâce au marchand Richard Bellamy), achète des œuvres de Robert Indiana, Jasper Johns ou Francis Bacon. Sa passion grandit aussi pour le marché de l’art, notamment pour la société de ventes Sotheby’s qu’il fini par acheter en 1983. Suivent un scandale et des poursuites judiciaires pour entente illicite entre Sotheby’s et Christie’s sur les taux de commissions acheteurs et vendeurs. Il démissionne de la présidence de Sotheby’s en 2001, mais son nom reste majoritaire dans le contrôle de la société jusqu’en 2005.
Alfred Taubman va appliquer à la société Sotheby’s les recettes qu’il maîtrise bien, et travailler avec soin le marketing des enchères. Il affirmait en effet que le marketing d’une oeuvre précieuse de Degas ou celui d’un verre de bière glacée sont bien plus proches qu’on ne le croit possible.

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