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Quels records espérer pour la vente du siècle ?

[24/04/2018]

C’est « la vente du siècle ». Cette vente dont les médias ne tarissent pas est savamment orchestrée par Christie’s depuis des mois. Les chefs-d’œuvre qui la composent ont déjà fait le tour du monde pendant plusieurs mois. A Hong Kong, ils ont été vus par 14 000 visiteurs. Cette vente tant attendue est la dispersion de la collection de David et Peggy Rockefeller, dont les bénéfices sont estimés à plus de 600 millions de dollars. Cinq catalogues d’exposition, trois jours de vacations, deux sessions du soir et une vente en ligne seront nécessaire pour orchestrer la dispersion des 1 600 lots de cette collection aussi prestigieuse qu’éclectique, qui mixe aussi bien des objets en porcelaine, de l’argenterie, du mobilier, de la céramique grecque, de la statuaire africaine, des bronzes chinois XVIIème ou une lettre manuscrite du président Georges Washington…

Le suspens des résultats

L’excellence de la collection de Fine art, qui nous intéresse ici, nous mènera d’Ingres à Botero, de Gilbert Stuart à Willem de Kooning, de Signac à Delacroix. La session de ventes la plus prestigieuse, celle du 8 mai, inaugure les suivantes. Elle comprend notamment une toile de Paul SIGNAC parmi les plus belles jamais parues sur le marché des enchères ; la vision synthétique d’une extraordinaire Vague vue en contre-plongée par Paul GAUGUIN ; un lot comprenant trois œuvres monumentale de Joan MIRO ; une Odalisque couchée aux magnolias typique des plus beaux tableaux niçois de Henri MATISSE, une toile cubiste historique de Juan GRIS incluant du collage (1914) qui devrait partir pour plus de 10 millions de dollars ; un rare SEURAT (La rade de Grandcamp), une importante toile de Nymphéas en fleur de Claude MONET qui pourrait passer le cap des 50 millions de dollars à en juger par les récents résultats d’oeuvres similaires (54 m$ emportés par des Nymphéas de plus petits dimensions, chez Sotheby’s Londres en juin 2014, puis Sotheby’s New York en mai 2015)… des œuvres d’exception pour lesquelles Christie’s a l’art et la manière de maintenir un certain suspens, évitant de dévoiler publiquement les estimations. Rien de tel que le secret pour entretenir le mythe et le prestige d’une grande collection…

De nouveaux records sont attendus, notamment pour Camille Jean-Baptiste COROT. Son tableau Venise, vue du Quai des Esclavons (1845) acquis par David Rockefeller auprès de la galerie Wildenstein en 1957 est estimé entre 5 et 7 millions, ce qui valorise d’emblée l’oeuvre au-dessus du record actuel de l’artiste (un record emporté  à 4,7m$ il y a plus de 10 ans avec Juive d’Alger, l’Italienne, Sotheby’s New York, le 7 novembre 2007). Le record de Diego RIVERA pourrait lui aussi être rafraichit si la toile The Rivals trouve acquéreur dans sa même fourchette d’estimation que l’oeuvre de Corot, entre 5 et 7m$.

Le joyau des Rockefeller

Mais le résultat le plus attendu de tous concerne Pablo PICASSO. La pièce maîtresse de la collection Rockefeller est en effet l’une de ses toiles, réalisée en 1905, mesurant 155 x 66 cm et portant le titre de Fillette à la corbeille fleurie. Cette œuvre muséale, peinte par un Picasso âgé de 24 ans, constitue un jalon entre les périodes bleue et rose, soient les périodes de création les plus rares sur le marché. D’abord propriété de l’écrivain et Gertrude Stein (entre 1946 et 1968) avant de gagner la collection Rockefeller pour y rester pendant 50 ans, la toile est en excellent état de conservation. L’estimation est tenue secrète, mais le seuil des 100 millions de dollars devrait être allègrement dépassé, d’autant que cette Fillette à la corbeille fleurie est de dimensions plus importantes que le fameux Garçon à la pipe, un chef-d’oeuvre réalisé la même année (1905) et vendu 104 millions de dollars en mai 2004 chez Sotheby’s, à New York.

Le seuil des 100 millions est d’autant plus attendu que la demande est intarissable pour Picasso et que les œuvres de cette qualité sont trop rares pour ne pas atteindre des sommets. L’année dernière, le marché a digéré 2 879 oeuvres du maître. Une densité difficilement imaginable, qui correspondrait pourtant à vente de près de huit Picasso par jour, pour peu que l’on s’amuse à ramener le nombre d’oeuvre vendues à l’année sur une moyenne quotidienne. Le marché de Picasso se trouve à un point culminant et sa cote n’est pas prête d’infléchir, surtout au vue des premiers résultats de 2018, car depuis le début de l’année, la ventes de ses oeuvres a déjà généré plus de 210 millions de dollars…

Le 8 mars 2018, sa toile La Dormeuse (1932, 130 cm x 162 cm) a plus que doublé son estimation optimiste chez Phillips à Londres. L’oeuvre s’est arrachée pour 57,8 m$ contre une fourchette d’estimation comprise entre 16 et 25 m$. En février dernier, toujours à Londres mais cette fois chez Sotheby’s, la Femme au béret et à la robe quadrillée (Marie-Thérese Walter) (1937, 55 cm x 46 cm) s’envolait pour 68,7 millions. Si ces deux toiles sont de qualité muséale, elles n’ont ni la même aura, ni la rareté, ni le prestige de la provenance dont est pourvu la Fillette à la corbeille fleurie. Une question se pose. Le joyau de la collection Rockefeller est-il susceptible d’établir le nouveau record absolu de l’artiste ? C’est à dire d’obtenir plus de 179,3m$ (Les femmes d’Alger (Version ‘O’), Christie’s New York, le 11 mai 2015). Un record n’est pas inenvisageable vue les envolées multi-millionnaires obtenues pour l’artiste ces dernières années…

Qui que soit son nouveau propriétaire dans quelques jours, la Fillette à la corbeille fleurie est déjà demandée. Elle doit être prêtée au Musée d’Orsay pour sa prochaine exposition Picasso: Bleu et rose qui se tiendra de septembre 2018 à janvier 2019.

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