Pop Art « fabriqué en France »

[15/04/2003]

 

Bien que les fruits de ce courant ne soient encore récoltés qu’aux Etats-Unis, le pop art a des racines en Europe. Le marché tend à s’en souvenir.

Quand le marché de l’art se déplaçait vers les Etats-Unis, émergeaient en France deux mouvements associés au pop’art…

Le Nouveau Réalisme s’articule dès 1960 autour d’une déclaration signée au domicile d’Yves KLEIN et rédigée par le critique Pierre Restany. Elle propose une vision alternative de la réalité : récupérer des matériaux pour en exprimer le signifiant. Les œuvres créées ne sont ni abstraites ni figuratives. Les artistes détournent les objets : CÉSAR les compresse, Fernandez ARMAN les casse, Daniel SPOERRI les met sous verre, Jean TINGUELY les articule, Klein les colore… La sculpture y tient une place de choix.
La Figuration Narrative est avant tout peinture. Les travaux d’ERRO, Valerio ADAMI, Jacques MONORY ou Peter KLASEN marquent un véritable retour à des œuvres « traditionnelles » sur des supports « classiques » ; leur vision de la société y est plus froide et raisonnée, voire militante pour des artistes comme Gérard FROMANGER.

Les œuvres françaises, moins plaisantes, aux symboles plus complexes, touchent un public averti plus restreint en regard du public avec lequel le pop art américain dialogue. Le pop art hexagonal n’est pas un objet de grande consommation. Moins productifs, moins séducteurs et médiatiques, les frenchies n’ont pas la cote des artistes américains… d’autant que depuis les années 60, le marché s’est déplacé de Paris à New York. Soutenus par une large demande, les prix du pop art américain ont progressé de 150% sur ces dix dernières années, tandis que ceux des français n’ont augmenté que de 35% sur la même période.

Débouchés américains pour les nouveaux réalistes…

Chaque année, les Nouveaux Réalistes vendent environ 2 fois plus d’œuvres que les peintres de la Figuration Narrative (mais 2 fois moins que les pop américains). Cela n’explique pas les écarts de produits de vente : 8,5 millions d’euros versus 1,5 millions d’euros l’année dernière. Seulement 30% du chiffre d’affaires de la Figuration Narrative 2002 est réalisé à l’étranger, alors que le Nouveau Réalisme est davantage destiné à l’exportation ; seulement 18% du CA 2002 a été effectué en France.
Les artistes du Nouveau Réalisme comme Yves Klein, Martial RAYSSE, Niki DE SAINT-PHALLE, Jean Tinguely ou César s’exportent bien outre-Atlantique, soit pour y avoir vécu, y avoir lié amitié avec des pop américains de renom ou pour y être soutenu par d’importantes galeries new-yorkaises. Ces artistes d’envergure internationale affichent des cotes bien supérieures aux artistes de la figuration narrative, peu représentés à l’international. Ainsi, avec ses monochromes, Yves Klein est le seul à dépasser le seuil du million de dollars. Son RE1 lui a permis d’atteindre 6,1 millions de dollars en novembre 2000 chez Christie’s New York.

Des bouchées de pain pour la figuration narrative ?

La Figuration Narrative n’atteint encore pas de tels records, avec une barre haute pour Valério Adami fixée à 149 400 euros en 1990 ! Cela ravit bien des collectionneurs qui trouvent en France des toiles d’excellente qualité à des prix tout à fait abordables (la moitié d’entre elles sont adjugées moins de 4 500 euros).
Mais depuis 1997, l’indice des prix de la Figuration Narrative a progressé bien plus rapidement que celui des Nouveaux Réalistes: 70% contre 31% de hausse depuis 1997. Mis à part Daniel Spoerri et Raymond HAINS, le marché tend à délaisser les amis de Pierre Restany depuis près d’un an puisqu’ils affichent une baisse globale de 10%. A l’inverse, les peintres de la Figuration Narrative semblent faire l’objet de spéculations ; les plus porteurs du groupe sont Fromanger (+377% entre 1997 et 2002), Monory (+285%), Adami (+180%), Erro (+172%) et Klasen (+150). Aujourd’hui, de telles progressions laissent entrevoir de nouveaux records comme lors de la précédente vente pop française tenue le 4 février 2002 à Paris, par l’étude Poulain Le Fur, associée à Robin-Fattori : Le prince de Hombourg une œuvre majeure de 1965 de Gérard Fromanger vendue 61 000 euros, Malcolm X de Bernard RANCILLAC adjugé 38 000 euros et 35 000 euros pour Alain JACQUET et son Déjeuner sur l’herbe (1964).

La vente organisée par Artcurial-Briest-Poulain-Le Fur le 30 avril 2003, intitulée » Pop Art – Les Sixties », pourrait confirmer la hausse des prix de ces d’artistes trop longtemps délaissés par le marché.

    Figuration Narrative Artprice Index peintures, base 100 en janvier 1997, devise : EUR   Nouveau Réalisme Artprice Index peintures, base 100 en janvier 1997, devise : EUR   Pop Art américain Artprice Index peintures, base 100 en janvier 1997, devise : EUR