Plus de 40m$ pour Monet et Basquiat demain chez Sotheby’s ?

[11/05/2021]

Sotheby’s achève ses ventes d’art moderne et contemporain le 12 mai. Les deux œuvres les plus cotées de cette grande journée – un Monet et un Basquiat – pourraient dépasser les 40 millions de dollars chacun.

Un important tableau de la série Nymphéas de Claude MONET et l’un des plus beaux exemples encore en mains privées de nature morte de Paul Cézanne (estimée 24-35m$) sont les lots phares de la vente d’art impressionniste et moderne du soir de Sotheby’s, dont le catalogue aligne les chefs-d’oeuvre : une Jeune fille aux cheveux dénoués de Amedeo MODIGLIANI, une Femme assise en costume vert de Pablo PICASSO, une danseuse de Edgar DEGAS, deux gouaches d’Egon SCHIELE ou encore un superbe portrait à l’huile de Diego RIVERA le produit de cette vente de prestige pourrait dépasser les 250 millions de dollars selon les estimations hautes.

Il est attendu presque autant (environ 240m$) – toujours d’après les estimations optimistes – pour les œuvres d’art d’après-guerre et contemporain incluant l’extraordinaire collection de Madame John L. Marion. Plusieurs œuvres sont estimées pour des dizaines de millions de dollars sous les signatures de Clyfford Still, Richard Diebenkorn, Andy Warhol, Franz Kline ou Cy Twombly. L’accent est surtout mis sur un “guerrier” de Basquiat, qui pourrait devenir l’une des œuvres les plus chères de l’artiste aux enchères.

Le sujet le plus recherché de Monet aux enchères

Si MONET est l’un des pères de l’art moderne, les nymphéas comptent parmi les tableaux les plus iconiques de l’histoire de l’art occidental. Cette série riche d’environ 250 toiles (dont certaines monumentales) a été peinte durant les 30 dernières années de la vie de l’artiste. Elle témoigne de son amour pour la flore, la lumière, les couleurs explorées dans son grand jardin de Giverny.

Chaque apparition d’une toile de la série des Nymphéas sur le marché est un événement en soi, surtout si elle est de belles dimensions comme c’est le cas ici. La toile présentée chez Sotheby’s mesure un mètre sur deux. Elle a été peinte en 1917-1919, soit à la fin de la carrière de Monet, alors que sa touche se fait de plus en plus abstraite à cause d’une cataracte qui affecte profondément sa vue. Les œuvres n’en sont que plus libres et cette liberté a profondément inspiré les générations de peintres abstraits à venir, y compris les abstraits américains majeurs que sont Pollock, Frankenthaler ou Rothko.

C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles les Nymphéas sont parmi les œuvres les plus appréciées du marché américain. Six toiles aux nymphéas se retrouvent d’ailleurs classées dans le Top 10 des adjudications de Monet, indiquant que ce sujet est le plus recherché de l’artiste avec la série des Meules.

Après avoir appartenu au célèbre producteur américain Ray Stark, ce Bassin aux nymphéas s’est vendu pour 16,8m$ en 2004 (Sotheby’s) et il est resté dans la même collection depuis. Mais en l’espace de 20 ans ou presque, la cote de Monet a pris une autre envergure, six œuvres ayant dépassé le seuil des 50 millions aux enchères depuis.
L’oeuvre est attendue autour de 40 millions de dollars mais il est probable qu’elle pulvérise son estimation, comme ce fut le cas en 2008. Des nymphéas de même époque (1919) et de même dimension partaient alors au double de leur estimation, pour finir à plus de 80m$ avec les frais. Le plus cher des tableaux aux nymphéas culmine à 84,7m$, pour une vente réalisée par Christie’s en 2018 (Nymphéas en fleur, New York).

 

Basquiat versus Médicis

Pour Grégoire Billault, à la tête du département d’art contemporain de Sotheby’s, Versus Medici est « l’une des plus complètes et des plus complexes toiles historiques de Jean-Michel Basquiat”.

Elle présente un personnage plus grand que nature (214 par 137.8 cm) peint à la meilleure époque de BASQUIAT, en 1982, alors qu’il n’avait que 22 ans. Réalisée sur trois toiles jointes, la structure même de Versus Medici convoque l’extraordinaire familiarité que Basquiat entretenait avec des siècles de tradition picturale en faisant écho au format séculaire du triptyque. L’œuvre est d’ailleurs emprunte de plusieurs références à l’histoire de l’art italien. Le titre même de l’œuvre – Contre les Médicis – convoque les grands mécènes florentins du XVe siècle.

Versus Medici offre aux collectionneurs tout ce qui fait la sève du travail de Basquiat : des couleurs franches, un travail avec l’anatomie humaine, des références multiples à l’histoire de l’art et au monde de la boxe, des signes graphiques et son emblématique couronne. Le sujet est l’un des plus désirables s’agissant d’un personnage isolé semblable à un guerrier, considéré comme un autoportrait déguisé de Basquiat. Par ailleurs, l’œuvre n’était jamais passée en salle de ventes jusqu’à présent. Après avoir fait partie de la collection du collectionneur belge Stéphane Janssen (qui en fit l’acquisition à la Larry Gagosian), la toile est restée dans la même collection privée et anonyme pendant plus de 30 ans.

Annoncée dans une confortable fourchette d’estimation de 35 à 50 millions de dollars, Versus Medici pourrait flirter avec son estimation haute compte tenu de la récente vente d’un guerrier plus petit, qui a atteint pour 41,6m$ chez Christie’s Hong Kong (le 23 mars 2021, Warrior, le record de Basquiat en Asie). Si tel est le cas, si Versus Medici flirte avec les 50 millions, elle deviendra l’une des trois /quatre œuvres les plus cotées de Basquiat sur le marché mondial des enchères.