Photographie – New York / Londres / Paris

[19/04/2011]

 

Quelques jours après la clôture du salon des professionnels de la photographie AIPAD, New York s’apprêtait à vivre une nouvelle semaine dédiée à la photo. Cinq cessions de ventes étaient en effet organisées du 6 au 9 avril. Sotheby’s, qui ouvrait le bal des enchères, réalisait la plus belle vente de la semaine avec un résultat de 4,5 m$ (c’est aussi le second résultat de l’année dans le monde pour une vente de photographie), 82% d’œuvres vendues et quelques nouveaux records.
Sa concurrente Christie’s organisait, quant à elle, pas moins de trois ventes dédiées au genre au rockfeller Plaza entre les 7 et 8 avril : Photographs from the consolidated Freightways collection (1,8 m$ avec frais), The Feminine Ideal: An Important Private Collection of Photographs (942 000 $ avec frais) et Photographs (5,3 m$ avec frais, 83% de lots vendus). Phillips de Pury & Company clôturait le bal avec une vente fleuve de 259 lots, pour lesquels 90% trouvaient preneurs le 9 avril (4,6 m$ hors frais).

Les prix grimpent pour les valeurs sûres
La demande est de plus en plus féroce pour des pièces historiques fortes et en bon état, comme en témoigne le coup de marteau record récompensant le daguerréotype de Mathew B. BRADY. Ce portrait austère de John C. Calhoun pris en 1849, triplait son estimation pour un coup de marteau record de l’artiste à 280 000 $ (Sotheby’s).
Par ailleurs, les habituels piliers des ventes de photographies étaient dignement représentés. Henri CARTIER-BRESSON, André KERTÉSZ, Robert MAPPLETHORPE, William KLEIN ou encore BRASSAÏ étaient au rendez-vous avec des épreuves partant de 5 000 $ à plusieurs dizaines de milliers de dollars.

Les artistes les plus chers se sont envolés à plus de 100 000 $, comme Ansel Easton ADAMS dont vingt-neuf clichés furent proposés en trois jours par les trois ténors du marché. Sotheby’s parvient à vendre la meilleure épreuve, le paysage de dunes intitulé Mount Williamson, Sierra Nevada, from Manzanar, California, 150 000 $, au haut de l’estimation. Sotheby’s vendait seize des dix-sept clichés offerts aux enchères le 6 avril. Les amateurs, rassasiés, ont montré moins d’intérêt pour les tirages du même artiste présentés par Christie’s les deux jours suivants. Le record d’Ansel Easton Adams est encore frais : il fut enregistré chez le même auctioneer en juin 2010 pour Clearing winter storm, Yosemite national park, un cliché de 1938 vendu 600 000 $, au double de son estimation basse.
Les meilleurs résultats de cette semaine de vente ont récompensé le surréaliste MAN RAY. Son photomontage Untitled (Photomontage with Nude and Studio Light) signait le meilleur résultat de la vacation Sotheby’s à 340 000 $. Chez Christie’s, le grand gagnant de la vente est Richard AVEDON avec Marilyn Monroe, New York City, May 6, cédé 400 000 $, un record pour ce cliché. La cote de l’artiste est galvanisée par le récent record frappé le 20 novembre 2010 dans l’antenne parisienne de Christie’s. L’auctioneer orchestrait une importante vente de photographies de Richard Avedon et frappait un record mondial flirtant avec le million de dollars pour le mythique cliché de Dovima with elephants, Evening dress by Dior, Cirque d’Hiver, Paris.

A la suite de Richard Avedon, le quatuor gagnant est constitué de William EGGLESTON (Memphis (Tricycle), 220 000 $, troisième meilleure enchère de l’artiste), Eugène ATGET (La Villette, rue Asselin, 200 000 $, troisième meilleure enchère de l’artiste), Robert FRANK (Peru, 200 000 $) et Irving Penn (Bee on Lips, New York, September 22, vendu 150 00 $ contre une estimation basse au tiers). L’offre de Christie’s sous la signature d’Irvin Penn répondait à une demande très forte : ses vingt-quatre clichés proposés en deux jours de ventes ont presque tous trouvés preneurs (trois invendus). La cote de l’artiste ne s’est d’ailleurs jamais si bien portée : son indice de prix a flambé de 223% sur la décennie.

Les photographes d’Europe de l’Est ont la cote
On constate également un regain d’intérêt pour quelques photographes d’Europe de l’Est. Le Tchécoslovaque Jaromír FUNKE (1896-1945), figure majeure de la photographie des années 20 et 30, enseignant et théoricien influencé par le surréalisme, a décroché un record au quadruple des estimations : l’épreuve Composition (From « Abstraktnl Foto ») estimée 50 000 – 70 000 $ par Sotheby’s, se vendait finalement 290 000 $.
De plus, Christie’s enregistrait le record de Josef KOUDELKA, mondialement connu pour son travail sur les gitans. Son Romania, superbe cliché argentique pris en 1968, atteignait 35 000 $ malgré un tirage tardif des années 80. Des clichés poétiques moins prisés étaient proposés le 6 avril chez Sotheby’s, Ireland (Waves) et Switzerland (Falling Snow). Ils étaient adjugés respectivement 6 000 $ et 8 500 $.
La récente mise en exergue de l’Europe centrale permet de revaloriser ses créateurs. Le salon Paris Photo 2010 (17 au 21 novembre) mettait par exemple l’Europe Centrale à l’honneur, avec des galeries et des artistes de Hongrie, Pologne, République Tchèque, Slovaquie et Slovénie.

Les succès des cessions d’avril laissent présager de belles ventes de mai. La traditionnelle vente de photographies de Sotheby’s du mois de mai se jouera non plus à Londres mais à Paris, le 10 mai 2011 suivie par Christie’s le 17 mai et Phillips le 19 mai, Londres. La capitale française est en effet devenue le centre névralgique des ventes de photographies de Sotheby’s en Europe. Le pouls du marché de la photographie revient en son centre historique et le concurrent de la maison de ventes américaine, Christie’s, ne s’était pas trompé en choisissant Paris pour sa grande vente de photographies en provenance de la fondation Richard Avedon. Avec plus de 6 m$ de produit de ventes et un taux zéro d’invendu, la firme anglaise signait le nouveau record de l’artiste équivalent à 945 420 $ (Dovima with elephants, 700 000 €, 20 novembre 2010) et surtout la meilleure vente de photographies de l’année 2010.