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Paul Cézanne, père de l’art moderne

[18/12/2018]

Cézanne occupe une place à part dans l’histoire de l’art moderne. Décrié à ses débuts, il eut une influence majeure sur de nombreux peintres. Moquées de son vivant, ses œuvres comptent parmi les plus cotées de notre époque.

Le parcours de Paul CÉZANNE (1839-1906) n’a pas été un long fleuve tranquille avant d’accéder à la célébrité et d’occuper cette place si particulière dans l’histoire de l’art moderne. Tout commence par un échec au concours d’entrée aux Beaux-Arts… Nous sommes en 1861 et l’artiste est déjà en chemin pour révolutionner la peinture. Il a quitté le style classique de ses jeunes années et commence à s’affirmer. C’est là sa première période de création, parmi les trois que l’on distingue au cours de sa carrière. Nouvel échec deux ans plus tard : l’un de ses tableaux est refusé au Salon officiel de Paris. Manet subit le même sort avec son Déjeuner sur l’herbe, pièce aujourd’hui majeure des collections du Musée d’Orsay. Ces refus seront leur première chance, car Napoléon III autorise, en 1963, le premier Salon des Refusés, où se retrouvent et échangent tous les artistes en marge du goût officiel, dont quelques génies qui transformeront le visage de la peinture dans les années à venir.

Parmi ces génies, Cézanne se lie avec Camille PISSARRO (1830-1903) avec lequel il travaille dès 1872 à Pontoise. La rencontre entre les deux peintres influence la seconde période de Cézanne, qui peint alors de nombreux paysages en plein air. Les effets vibratoires de sa peinture le rapprochent de l’Impressionnisme et ses œuvres sont régulièrement exposées aux côtés des grandes figures du mouvement, jusqu’en 1877. Mais Cézanne ne tarde pas à s’écarter de leur style. Il cherche autre chose, qu’il trouve à travers un nouveau rythme géométrique. Ce sera la période dite « constructive » qu’il va épurer et synthétiser au fil des années.

A partir de 1878, que se soit dans ses paysages, ses natures mortes ou ses portraits, l’artiste simplifie les formes et joue sur leurs structures chromatiques. Inlassablement, il applique à ses œuvres son mantra : tout dans la nature se modèle selon le cylindre, la sphère, le cône. Les bassines, la chaise, les pivoines, les fruit ne sont plus que des formes à percevoir et à peindre, parfois sous plusieurs angles différents, de haut en bas, de face ou de biais. Cézanne a déconstruit la perspective classique. En annonçant les recherches des cubistes, il devient le référent et le pilier de la peinture moderne.

Il fallait un œil avisé et un marchand engagé pour repérer l’importance de cet œuvre en construction. Coup de chance : le marchand Ambroise Vollard découvre, un peu par hasard, des œuvres de Cézanne chez le Père Tanguy, un marchand de couleurs parisien. C’est, pour lui, une véritable d´couverte. Vollard lui organise une exposition en 1895 et lui achète plusieurs oeuvres. Il n’est pas le seul. Monet, Pissarro, Degas et Renoir… tous achètent, petit à petit, plusieurs œuvres de ce Cézanne, dont la réputation ne cesse de grandir. Les expositions de multiplient, chez Vollard, mais aussi au Salon des indépendants puis au Salon d’automne. Après avoir été l’une des cibles favorites des critiques et de la presse (le critique Georges Rivière, disait par exemple que ses œuvres n’avaient qu’un « succès de fou rire »), la modernité de Cézanne commence à changé la face de l’art moderne… Sans jamais l’avoir rencontré, Pablo Picasso a d’ailleurs salué son génie à plusieurs reprises, confiant notamment à son ami photographe Brassai que Cézanne était son « seul et unique maître » et le « père » de tous les artistes d’avant-garde.

Les éclats du marché

C’est en s’isolant dans le sud de la France, à Aix en Provence et ses environs, que Cézanne parachève son œuvre. Chez lui, la peinture est un travail austère, solitaire et exigeant, en témoigne ses sujets fétiches : la Montagne Saint Victoire, sujet de prédilection jusqu’à sa mort, et les Natures Mortes aux perspectives rabattues et aux angles démultipliés. Ce sont ces dernières œuvres qui emportent les meilleures enchères, des adjudications parfois supérieures à 20 millions de dollars. En 1999, une toile majeure, intitulée Rideau, cruchon et compotier et réalisée entre 1893 et 1894, devenait la nature morte la plus chère du monde en partant pour plus de 60m$… Un record dans l’histoire des enchères. L’oeuvre avait été la propriété d’Ambroise Vollard, de Paul Rosenberg, puis de Albert Barnes, entre autres, avant sa vente chez Sotheby’s à New York le 10 mai 1999, pour cette somme record de 60 millions. Aucune œuvre de Cézanne n’a renouvelé un tel sommet depuis aux enchères, surtout faute d’œuvres de cette trempe en circulation. Par contre, une toile est partie dans des sphères de prix bien plus importantes sur le marché de gré à gré. Il s’agit d’une version des Joueurs de cartes, série emblématique sur laquelle le peintre à travaillé de 1890 à 1896, qui fut cédée pour plus de 250 m$ à la famille royale du Qatar en 20121. Cette vente a fait sensation à l’époque comme étant la transaction la plus coûteuse connue pour une œuvre d’art (précisons qu’elle ne l’est plus depuis, ni sur le marché de gré à gré, ni sur celui des enchères qui culmine à 450m$ depuis l’achat, en novembre 2017, du Salvator Mundi de Leonard de Vinci par un prince saoudien). Cézanne est, indéniablement, l’un des 10 artistes les plus cotés du monde, et sa discrétion sur le marché des enchères ne tient qu’à la rareté d’oeuvres majeures en circulation.

Des dessins à redécouvrir

Ses dessins sont un peu moins rares. L’une des dernières aquarelles importantes de l’artiste a fait son apparition sur le marché parisien en décembre 2017. Exécutée à la fin de sa vie, cette œuvre de 60 centimètres intitulée Intérieur de forêt (1904-1906) s’est envolée pour 6,8 m$ le 20 décembre 2017 à l’Hôtel Drouot, signant le record français de Cézanne. Le marché nous réserve forcément de nouveaux coups d’éclats pour ce père de l’art moderne, dont certains ignorent même qu’ils possèdent des œuvres… C’est encore arrivé il y a deux ans lors d’un déménagement dans une maison du nord de la France. Une petite aquarelle non signée mais remarquablement exécutée fut repérée par la commissaire-priseur de l’étude Normandie-Auction à Rouen. L’expertise a confirmé que cette Etude de figure était bien de la main de Cézanne et la sanction des enchères ne s’est pas faite attendre : 124 000 $ pour ce dessin de 10 centimètres sur sept, vendu au quadruple de l’estimation haute (Delphine Fremaux-Lejeune – Normandie auction, 18 décembre 2016)…

 

1Source Vanity Fair, Alexandra Peers, Qatar Purchases Cézanne’s The Card Players for More Than $250 Million, Highest Price Ever for a Work of Art, 2 février 2012.

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