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Paradoxes du marché Allemand

[13/09/2016]

ll y a 20 ans, Berlin s’affirmait comme un véritable eldorado pour les galeries et pour les artistes, qui trouvaient là une vitalité et une liberté sans commune mesure, ainsi que de vastes espaces pour s’exprimer. Le Berlin des années 90 reste dans les esprits comme un laboratoire créatif sans pareil, une fête géante ininterrompue mélangeant les genres, débordant de lieux expérimentaux, de galeries éphémères dans des bâtiments improbables souvent bricolés de toutes parts. Le souffle arty berlinois est alors un vent d’air frais, attirant en masse les jeunes artistes séduits par les ateliers spacieux et bons marchés de la ville, ainsi que des artistes déjà reconnus sur le plan international comme Olafur ELIASSON, Thomas DEMAND, Anri SALA ou Tacita DEAN. A la fin des années 90 et au début des années 2000, Berlin s’imposait comme la première scène prospective d’Europe en matière d’art contemporain. Or, les choses ont sensiblement changé ces dix dernières années.

L’esprit bohème semble en effet s’être étiolé au fil du temps. Certains parlent même d’un embourgeoisement. Le plus célèbre squats arty de Berlin, le Tacheles (signifiant franc-parler en yiddish) occupé peu après la chute du mur, fut d’ailleurs contraint de fermer en 2012. Il attirait pourtant 400 000 visiteurs par an. Le charme chaotique de Berlin s’est considérablement essoufflé avec l’évacuation des artistes squatteurs suite à une flambée des prix de l’immobilier, mais la scène berlinoise n’est pas morte pour autant. Il existe encore des lieux alternatifs comme le Haus Schwarzenberg, le Raw-tempel ou le Kastanienallee, 86. Par ailleurs, la ville s’est profondément transformée et professionnalisée en matière de marché artistique. De puissantes galeries se sont implantées à Berlin depuis le début des années 2000, à l’image de Michael Janssen, de la galerie Konrad Fischer, ou de la Galerie Jablonka. Cette dernière travaille notamment avec Nobuyoshi Araki, Miquel Barcelo, Francesco Clemente, Mike Kelley, David Lachapelle ou Richard Prince… des poids lourds du marché. Autre galerie incontournable, que l’on retrouve sur les grandes salons internationaux : Johann König travaille avec une trentaine d’artistes, dont Tatiana Trouvé, Erwin Wurm et Camille Henrot. Face à la disparition des squats arty, le nouveau piment de Berlin serait à trouver du côté du Hamburger Bahnhof et de la la C/O Gallery, de grands espaces aux propositions savamment maîtrisées.

Avec ses expositions de grande envergure et ses artistes phares sur la scène internationale, le nouveau Berlin travaille pour son rayonnement et cherche, face à Munich et à Cologne, des modes de fonctionnements pour ne pas rater le train de la globalisation du marché de l’art. Certes, Berlin a sa propre Biennale d’art (organisée par KW Institute for Contemporary au mois de septembre) et ses foires, dont Position Berlin (en septembre également avec 74 galeries). Néanmoins, ces évènements ne sont pas aussi courus en-dehors des frontières que le sont les grandes Biennales et foires d’autres pays européens, comme l’Italie ou la France. Afin de vitaliser le marché de l’art local, les acteurs culturels berlinois cherchent à faire événement. Ils se regroupent plusieurs fois dans l’année, pour Art Berlin Contemporary et Xpositions, deux rendez-vous visant à regrouper les forces des diverses galeries de la ville et à produire un impact marketing commun.

En effet, si Berlin est riche en terme d’offre culturelle, le marché local manque de puissance, un constat opérant en Allemagne en général, cinquième place de marché mondiale pour la vente d’oeuvres d’art aux enchères. Le classement de l’Allemagne est honorable, sachant qu’elle ne représente que 2% du produit des ventes d’oeuvres d’art dans le monde, mais il pourrait être plus fort, considérant que certains artistes allemands sont tout aussi bien cotés que des sommités américaines, notamment les artistes “historiques” du XXème siècle, tels que Ernst Ludwig KIRCHNER, Max ERNST, Emil NOLDE et Josef ALBERS. Par ailleurs, plusieurs artistes d’après-guerre et contemporains sont référencés parmi les 500 artistes les plus performants du monde sur le marché des enchères, dont Neo RAUCH (né en 1960), Martin KIPPENBERGER (1953-1997), Albert OEHLEN (né en 1954), Thomas STRUTH (né en 1954), Thomas SCHÜTTE (né en 1954), Jörg IMMENDORFF (1945-2007), Sterling RUBY (né en 1972) et bien sûr Gerhard RICHTER (né en 1932).
La sanction du marché a quelque chose de cruel : plus les artistes Allemands s’avèrent cotés, plus ils échappent aux maisons de ventes allemandes. Or, avec les immenses artistes historiques et contemporains allemands largement convoités à travers le monde, les sociétés de ventes autochtones ont un atout majeur pour gagner en puissance.

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