Niki de Saint Phalle brave la crise

[15/06/2009]

 Après l’adjudication de trois Nanas monumentales en Allemagne en décembre 2008 pour 750 000€, Le Banc de Niki de Saint-Phalle décuplait son estimation, en mai 2009, à Paris. La franco-américaine, collectionnée dans le monde entier, affiche de belles performances même en temps de crise.Née en France et élevée aux Etats-Unis, Niki DE SAINT-PHALLE a su naviguer avec ses deux identités à un moment clef dans l’histoire de l’art et de son marché : au début des années 60, en effet, à l’heure où elle réalise ses premiers Tirs et ses premières Nanas, le marché de l’art se déplace de la vieille Europe aux Etats-Unis, où explose le Pop Art américain. Niki, qui fut affiliée au Nouveau Réalisme en France, a déployé l’esthétique la plus « Pop » du mouvement français, une iconographie ludique toute en rondeurs et en couleurs. La franco-américaine s’est imposée tant en France qu’Outre-Atlantique asseyant sa cote sur le plan international, à la différence de quelques autres Nouveaux réalistes, dont son compagnon Jean TINGUELY.
C’est en France que son marché demeure néanmoins le plus dynamique : 35% des œuvres soumises à enchères sont dispersées dans le pays qui la vit naître. Riche en œuvres majeures, les maisons de ventes dégagent en France 38% de son chiffre d’affaires, contre 31% au Royaume-Uni et 15% aux Etats-Unis.
Ses Nanas, des femmes plantureuses en résine peinte de couleurs éblouissantes, atteignent et dépassent aisément ce seuil. Niki crée ses premières Nanas en papier mâché et laine en 1965, inspirée par la grossesse d’une amie. Exemptes de couleurs au début, ses joyeuses Vénus deviennent vite multicolores pour mener une révolution ludique contre la morosité du monde. Les prix grimpent à plus de 100 000€ pour quelques pièces uniques de grandes dimensions, y compris pour des créations tardives produites dans les années 90. Le plus beau résultat en salle fut signé par une Nana monumentale (270cm) en polyester peint, frappée 1M$ Sotheby’s New-York, lors de la dispersion de la collection Vanthohournot le 14 nov. 2006 (près de 780 000€). Deux ans avant ce record, une Nana de même envergure changeait de main pour 360 000€ à Paris (Sotheby’s, 18 juil. 2004, La vie en rose – La danseuse rose). L’amplitude de prix des Nanas est importante car Niki s’est attaquée à des dimensions variées et a fait éditer certaines pièces. Pour une petite Nana des années 60 (moins de 30 cm), il faut compter entre 15 000 et 30 000€. Une Mini nana acrobate de 20cm doublait d’ailleurs son estimation fin mai 2009 à Paris pour un coup de marteau de 26 000€. Très prisée de son vivant, l’artiste a su démocratiser son travail en diffusant des lithographies ou de petites Nanas en porcelaine éditées à 200 exemplaires, créant ainsi des pièces accessibles autour de 3 000€ en salles, comme en témoigne l’adjudication récente de 2 800€ chez Venator & Hanstein à Cologne, pour un ravissant modèle du genre.

Parallèlement, la cote de ses meubles-sculptures reprend de la vigueur en 2009. En effet, Le Banc édité à trois exemplaires, sur lequel un homme s’adonne à la lecture de son journal surveillé par un animal fantaisiste, fut frappé 460 000€ le 27 mai 2009, décuplant son estimation. L’envolée de ce prix tient aussi au contexte particulier de cette vacation, où Christie’s dispersait une collection de pièces de François-Xavier & Claude LALANNE, des œuvres hybrides à la lisière de l’art et du design. La concentration importante de meubles-sculptures lors de cette vente et les beaux résultats des pièces de Lalanne furent manifestement des plus bénéfiques pour Niki.