Nicolas De Stael

[09/08/2010]

 

Pour la seconde fois en quinze ans, la Fondation suisse Pierre Gianadda ouvre une importante rétrospective du peintre Nicolas de Staël (18 juin – 21 novembre 2010).

Issu d’une famille aristocratique russe (baron Nicolaï Vladimirovitch Staël von Holstein), Nicolas DE STAËL naît le 5 janvier 1914 à Saint-Petersbourg. Il est élevé à Bruxelles après le décès de ses parents ou il est formé à l’Académie royale des Beaux-Arts et à celle de Saint-Gilles. Arrivé en France en 1938, il étudie la peinture auprès de Fernand LÉGER, multiplie les rencontres et travaille avec acharnement pour devenir bientôt l’une des figures phares de l’École de Paris. En quinze ans de production, De Staël peint un millier de toiles. Il se suicide au sommet de sa gloire le 16 mars 1955.

Ses œuvres des années 50 comptent parmi les favorites de l’École de Paris. Son palmarès est d’ailleurs impressionnant par rapport aux autres artistes regroupés sous ce nom : De Stael affiche vingt enchères millionnaires à son actif (ZAO Wou-Ki le bat cependant avec 41 enchères millionnaires) dont cinq furent signées lors de la précédente bulle spéculative entre 1989 et 1990. Pendant quatorze ans, la maison de ventes parisienne Ader-Picard-Tajan a détenu son enchère record équivalente à 1,9m$ pour sa toile Syracuse datée de 1954. Ce sommet est déclassé une première fois en 2004 à Londres avec Méditerranée (1,15m£ soit 2,1m$, Sotheby’s) et une seconde fois en 2008 pour Marseille sous la neige qui frôlait les 3m$ (1,5m£ soit 2,99$, Christie’s, Londres). Comme Syracuse, ces deux toiles furent exécutées en 1954, année clef où la technique de l’artiste se modifie, devient plus fluide (dilution de l’huile étalée au coton ou à la gaze), et où il expose chez Rosenberg à New-York.

Les toiles des années 40, plus hermétiques et abstraites ne grimpent pas si haut. A l’époque, De Stael cherche encore son langage et explore l’abstraction sous plusieurs angles, influencé par d’autres artistes de l’École de Paris. Ainsi, ses toiles précoces sont accessibles dans une gamme de prix moindre, proche de celle des œuvres de Jean-Paul RIOPELLE ou de Serge POLIAKOFF. Les prix grimpent par palier, selon l’évolution stylistique du peintre. Ainsi, les huiles des années 47-48 sont accessibles dans une fourchette moyenne de 200 000 à 300 000$ ; le prix des abstractions plus construites de 1949, fonctionnant par parcelles colorées, grimpe d’un cran avec des enchères oscillant entre 300 000 et 1m$, jusqu’à franchir le seuil des 2m$ pour les deux œuvres de 1954.

De l’importance de la place de marché
A la fin des années 80, la place de marché londonienne était au coude à coude avec Paris pour disperser les plus belles œuvres de De Stael. Aujourd’hui, Londres a pris le dessus réalisant 61% des recettes mondiales pour 29% des transactions en salles, tandis que la France s’octroie 46% des lots et réalise « seulement » 29% de son produit des ventes. Le travail de Nicolas De Stael est donc disputé avec plus de passion à Londres, comme en témoigne la Composition de 1949 vendue l’équivalent de 586 350$ en 2005 à Milan (Farsetti, 26/11/2005) et revendue le double à Londres sept mois plus tard (Christie’s, 22 juin 2006). Entre janvier et août 2010, Londres dispersait trois de ses œuvres pour un total de 2,1m$, Paris vendait deux pièces pour un résultat avoisinant les 400 000$. La France est la place de marché n°1 pour les rares lithographies (entre 1 500 et 6 000$ en moyenne) et propose plus de dessins qu’ailleurs, souvent accessibles entre 10 000 et 30 000$. Les enchères fusent si le papier comprend un travail de collage : comptez alors entre 80 000 et 120 000$.