Joan Mitchell, première dame du marché de l’art

[26/02/2021]

 

17e artiste la plus performante au monde aux enchères, Joan MITCHELL est surtout la première femme classée après 16 hommes. Ses performances surpassent celles de signatures aussi brûlantes que Yoshitomo NARA, Yayoi KUSAMA et BANKSY. Joan Mitchell est même apparue comme une valeur refuge en ces temps bouleversés par la crise sanitaire, la dispersion de 50 de ses œuvres ayant généré près de 71 millions de dollars au cours de l’année 2020. C’est le deuxième meilleur résultat jamais enregistré pour cette figure essentielle de l’art américain.

Un pont entre les États-Unis et la France

Née à Chicago en 1926, Joan Mitchell déménage à New York à 23 ans et s’y impose rapidement comme une figure centrale de la seconde génération des Expressionnistes Abstraits. À une époque où la femme est encore marginalisée dans la sphère artistique, elle devient l’une des rares à rejoindre The Club, haut lieu de rassemblement de tous les protagonistes du mouvement, parmi lesquels Willem DE KOONING et Franz KLINE. Tout au long des années 50, elle développe un style instinctif, exclusivement abstrait, composé de lignes rythmiques et de champs de couleurs superposés. Joan Mitchell crée en s’inspirant sources d’émotions vécues et de paysages spécifiques à des moments précis.

« Si tu dis “sky”, ça signifie ciel. Moi je vois d’abord S-K-Y. S est plutôt blanc, K est rouge, Y est ocre jaune. Le ciel pour moi est le mélange de ces couleurs. A est vert, B est bleu gris, C est jaune et ainsi de suite. C’est la manière dont je l’ai imaginé quand j’ai appris, enfant, l’alphabet. J’imaginais tout en couleurs. Voilà pourquoi je n’aime pas tellement le français. Le CIEL ne ressemble certainement à aucun de mes SKY avec leur rouge, gris bleu et jaune. » Joan Mitchell

Sa première exposition personnelle se tient à la New Gallery de New York en 1952. L’année suivante, elle entre à la Stable Gallery. En 1955, elle passe de longues périodes en France, où elle rencontre plusieurs jeunes artistes dont Sam FRANCIS et, surtout, le canadien Jean-Paul RIOPELLE dont elle partage la vie jusqu’en 1979. Décidé à rester en France, elle achète une propriété à Vétheuil lui offrant une vue magnifique sur la Seine (1967), proche d’une maison où vécut Claude Monet. Les œuvres de cette période témoignent de son ravissement pour le paysage francilien.

Lorsque débute sa longue collaboration avec le galeriste parisien Jean Fournier, sa carrière internationale est déjà bien lancée. Elle a exposé à la Biennale de Venise (1958), à la documenta II de Kassel (1959) et participé à plusieurs expositions collectives, notamment au Guggenheim et au Stedelijk Van Abbemuseum d’Eindhoven. En 1974, on lui offre une importante rétrospective au Whitney Museum, qui l’expose à nouveau en 1992 (Joan Mitchell: Pastel), année de son décès à Paris des suites d’un cancer. En 1993, la Joan Mitchell Foundation voit le jour à New York, dans le but de promouvoir son œuvre et de soutenir la création des artistes de leur vivant.

La fondation parisienne Louis Vuitton envisage de lui consacrer une grande exposition en 2022, en dialogue avec Claude MONET. L’événement sera une version adaptée de la rétrospective américaine qui doit se tenir bientôt au Baltimore Museum of Art, puis au SFMOMA à San Francisco.

 

Joan Mitchell : répartition du nombre de lots vendus depuis 2010 entre la France et les États-Unis

 

Un marché en effervescence

Depuis quelques années, certains collectionneurs font le choix conscient d’acheter des œuvres d’artistes femmes. Les responsables des départements de Christie’s, Sotheby’s et Phillips notent un accroissement réel de la demande pour des œuvres spécifiquement réalisées par des femmes. C’est un vrai travail de réévaluation et de revalorisation qui est en cours. En 2019 déjà, Alexander Rotter, président du département Après-guerre et Art Contemporain chez Christie’s à New York, expliquait que la progression des prix pour les artistes femmes telles que Joan Mitchell et Helen FRANKENTHALER constituait « un ajustement du marché qui aurait dû intervenir il y a longtemps déjà ».

Le premier million remonte à 2007 (Untitled, Christie’s Londres), mais la revalorisation de son œuvre se poursuit toujours. Exemple avec le diptyque La Grande Vallée VII (1983), dont le prix a été multiplié par 44 entre 1989 et 2020, passant de 330.000$ à 14,5 m$. Son record encore non égalé reste Blueberry frappé à plus de 16,6m$ en mai 2018 chez Christie’s New York. En tenant compte de toutes ses œuvres vendues et revendues aux enchères, Artprice estime que la progression du prix de ses œuvres atteint +15 % sur les 12 derniers mois. Cette prise de valeur s’ajoute au +2 000 % de hausse, calculés selon la même méthode entre 2000 et 2019 pour l’ensemble de son œuvre.

graph EN-FR

Évolution de l’indice des prix de Joan Mitchell aux enchères (2000-2020)