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Lucian Freud par Lucian Freud

[08/11/2019]

“Non, je n’assume pas l’information que je reçois lorsque je me regarde et c’est bien ça le problème ! “
Lucian FREUD (1922-2011), l’un des plus grands portraitistes de l’Après-Guerre, a changé la manière dont nous regardons les anatomies en commençant par détailler la sienne. Il a donné aux corps toute la surface de ses toiles, dans toute sa diversité, nus ou habillés, âgés, obèses, jeunes, queer, musclés ou malades, a peint des visages d’amis et de célébrités, dont celui la Reine Elizabeth pour le portrait de son jubilé en 2001, portrait qui déclencha une véritable polémique.

Petit-fils du père de la psychanalyse Sigmund Freud, Lucian naît à Berlin dans une famille juive. Lorsque Hitler parvient au pouvoir, les Freud fuient en Angleterre. Lucian est naturalisé Anglais à la veille de la déclaration de guerre. Il prend très tôt l’habitude de peindre sa famille, ses amis, puis élargit le champ. Sa muse la plus célèbre est Sue Tilley, qu’il a peint pendant quatre ans au début des années 90′. Le marché a élu ce corps aux chairs abondantes comme le sujet le plus représentatif et le plus coté de l’artiste, avec un prix record de 56,1m$ obtenu en 2015. Vendue chez Christie’s à New York, Benefits Supervisor Resting (1994, 150,5 x 161,19 cm) reste à ce jour le meilleur résultat d’adjudication de l’artiste, en 2015.

Geographic distribution (2000-2019)

Distribution géographique du chiffre d’affaires (2000-2019) de Lucian Freud. copyright artprice.com

Huit ans après l’exposition sur les portraits et les nus de l’artiste à la National Portrait Gallery, la Royal Academy of Arts de Londres a choisi de se concentrer sur les auto-portraits. Une cinquantaine de pièces, tous médias confondus, s’étalant sur les 70 ans de carrière de l’artiste, sont exposées jusqu’au 26 janvier 2020 dans la petite Sackler Wing, avant d’honorer les cimaises du Museum of Fine Arts de Boston à partir du 1er mars 2020. Ces œuvres permettent une incursion privilégiée dans l’évolution de l’état d’esprit de l’artiste : à mesure que son corps change, son style gagne en maturité, et la vision dramatique qu’il offre de lui-même est mise à jour.

L’exposition offre une occasion également unique de voir des autoportraits particulièrement rares sur le second marché, comme Man with a Feather, Self-portrait. Daté de 1943, ce portrait de l’artiste par lui-même est le premier de tous. Lucian Freud est alors âgé de 21 ans. Il se représente de façon frontale, dégageant déjà cette tension psychologique si particulière qui lui a valu l’enthousiasme des collectionneurs. Cet autoportrait précoce a été vendu plus de 6 m$ en 2005, lors d’une vente aux enchères organisée par Sotheby’s à Londres, pulvérisant une estimation haute de 5,4 m$. Le propriétaire actuel a accepté de prêter son chef-d’oeuvre à la Royal Academy, sous couvert d’anonymat. Un peu plus loin dans l’exposition, l’œil est attiré par Flyda and Arvid, un dessin de 1947, resté dans l’ombre pendant 70 ans avant d’être mise en vente Sotheby’s Londres en 2015. Vendu pour 1m$, cet intense double-portrait est le seul figurant Kitty Garman, la première épouse de l’artiste.

Lucian Freud a peint son corps et sa vie sans concession, souvent dépouillé au maximum. Il employait d’ailleurs le mot “naked”, de préférence à “nude”, qui désigne en anglais le nu artistique. Il a imposé à son reflet le même regard sans complaisance, sous un jour cru, de manière “purement autobiographique” selon ses propres termes.
Ce qu’il vivait trouvait un écho narratif sur la toile, comme dans Self-Portrait With A Black Eye, c.1978: la petite histoire dit qu’après une bagarre avec un chauffeur de taxi, l’artiste d’alors 60 ans se soit précipité chez lui pour rendre sur la toile les effets d’une bosse et d’un œil au beurre noir sur sa chair. Cet autoportrait inhabituel, acquis directement auprès de l’artiste puis soumis aux enchères en 2010 chez Sotheby’s Londres, atteignait 4,4 m$ pour un format de moins de 20 centimètres de hauteur (18,8 x 14,3 cm).

Lucian Freud se décrivait comme une “sorte de biologiste ” passionné par “les intérieurs et envers des choses “, vision qu’il partageait avec son ami et rival Francis BACON (1909-1992) qui lui aussi pratiquait intensément l’introspection par l’exercice de l’autoportrait. Le record absolu pour une œuvre de Francis Bacon, à l’honneur en ce moment même à Beaubourg, est d’ailleurs ce monumental triptyque jaune d’or représentant Three Studies of Lucian Freud en 1969. L’œuvre atteignait 142 m$ chez Christie’s NY en 2013. Dans l’inimitable style distendu et déformé de Francis Bacon, Lucian Freud s’anime, se retourne, semble chercher pour l’éternité un sens au temps qui passe.

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