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Luc Tuymans, sans en avoir l’air

[13/08/2019]

Porté par son exposition dans le Palazzo vénitien de François Pinault, l’oeuvre de Luc Tuymans est incontournable cet été, tandis que le peintre s’impose parmi les 100 artistes mondiaux les plus performants aux enchères.

Luc TUYMANS s’intéresse à une mémoire souvent traumatique mais refuse de verser dans l’émotion facile. Peintre de l’intensité sans en avoir l’air, sa peinture reste volontairement en retrait.

La centaine d’œuvres sélectionnées pour l’exposition en cours au Palazzo Grassi de François Pinault (jusqu’au 6 janvier 2020) privilégie le thème des guerres. Horreur inénarrable du nazisme, décolonisation du Congo belge, guerre en Irak… des toiles dont la genèse est toujours la même, l’artiste s’appuyant sur des photographies trouvées, donc sur des moments réels, pour travailler “l’idée de la mémoire et également la question du pouvoir”, confie l’artiste. “C’est ainsi que les images obtiennent une certaine force, qu’elles restent. […] »

Dans son tableau Balade (1989), six silhouettes anonymes se promènent dans un paysage enneigé. Une toile “bouchée” par la blancheur un peu salie de la neige. A droite, un arbre mort. Un sujet a priori innocent. On pourrait en rester là, face à un non-événement. Or, la toile est réalisée d’après la photo d’une balade bucolique de responsables nazis à Berchtesgaden, près du chalet d’Adolf Hitler dans les Alpes. Rattachée à son contexte, l’oeuvre raconte tout autre chose et l’image du bon temps que prennent les bourreaux suscite un indéfinissable malaise… De même avec cette toile intitulée Issei Sagawa, du nom de cet étudiant japonais tristement célèbre pour avoir assassiné puis mangé sa petite amie néerlandaise en 1981 à Paris. La toile montre le cannibale deux jours avant son forfait, visage flouté, étrangement coiffé d’un chapeau colonial bien trop grand. Seul le titre nous ramène à la réalité du fait divers.

De nombreuses œuvres dans l’exposition au Palazzo Grassi font partie de la collection privée de François Pinault. Les deux hommes se côtoient depuis 25 ans. Mais l’oeuvre représentant Issei Sagawa lui est prêtée par la Tate, une institution culturelle de premier plan qui indique le degré de notoriété de l’artiste dans le monde de l’art. La plupart des grands musées ont intégré les œuvres de Tuymans dans leurs collections permanentes depuis les années 90. Parmi eux, l’Art Institute de Chicago, le Museum of Modern Art à New York, la Pinacothèque à Munich, le Solomon R. Guggenheim Museum à New York ou encore le Centre Georges Pompidou à Paris. L’artiste est donc très bien représenté dans les collections européennes et américaines les plus importantes. Son curriculum vitae illustre par ailleurs un parcours sans faute depuis sa première participation à la Documenta de Kassel en 1992. Quelques expositions remarquables ont définitivement assis sa notoriété ces dernières années : celle de la Tate Modern en 2004, ainsi qu’une rétrospective américaine qui voyagea, entre 2009 et 2011, dans l’Ohio, à San Francisco, à Dallas et à Chicago, pour finir au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.

Côté chiffres, New York et Londres se disputent les œuvres les plus emblématiques, celles capables d’emporter les enchères au-delà du million de dollars. La moitié de son chiffre d’affaires provient ainsi des États -Unis, contre 36% au Royaume-Uni (depuis 2000). Le plus beau score de Tuymans remonte à mai 2013, à l’occasion d’une vente d’art contemporain de prestige organisée par Christie’s à New York. Sous le titre Rumour (rumeur) la toile-record représente le portrait évanescent d’un homme que la mise et la posture rattache à la sphère politique. L’oeuvre d’un peu plus d’un mètre de hauteur s’arrachait pour 2,7 m$ lors de cette vente, un sommet avec lequel l’artiste n’a pas renoué depuis malgré quelques autres coups de marteau millionnaires. Il existe des éditions limitées de cette œuvre, notamment un tirage lithographique sur 15 exemplaires que l’on pouvait acquérir pour moins de 1 500$ il y a 15 ans. Le prix des lithographies ne flambent pas, celui des toiles si, car Tuymans est non seulement porté par la puissance d’acquisition des collectionneurs américains mais aussi par celle des collectionneurs belges, ses compatriotes.

L’artiste est surtout défendu par l’une des galeries de référence de la sphère contemporaine : le puissant David Zwirner qui le remarquait déjà à la Documenta de Kassel en 1992 et qui l’a pris sous son aile dès 1994. David Zwirner lui a organisé une douzaine d’expositions solo depuis, or le galeriste allemand est l’une des personnalités les plus influentes du monde de l’art. Installé à New York (trois espaces), Londres et Hong-Kong, il dispose de 10 000 mètres carrés d’espace d’exposition en plus du respect de la majorité des collectionneurs pour l’engagement dont il fait preuve auprès des artistes, en témoigne ses 25 années de collaboration avec Tuymans qui n’a pas la réputation d’être “facile”.

Depuis le début de l’année (S1), la vente des œuvres de Tuymans a déjà dégagé 2,8m$ aux enchères. Si le rythme des transactions se poursuit sur le second semestre, 2019 sera une année record pour l’artiste, sans en avoir l’air…

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