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L’oeuvre inclassable de Sam Szafran

[24/09/2019]

Sam SZAFRAN s’est éteint samedi 14 septembre 2019 à l’âge de 84 ans. Né à Paris en 1934 de parents émigrés juifs-polonais, il est l’un des artistes français les plus importants, mais discret, de sa génération. Peintre, dessinateur, pastelliste, graveur, il s’est défini lui-même comme un miraculé, ayant successivement échappé à la rafle du Vél’d’hiv’ pendant la guerre et à une addiction à l’héroïne. De retour en France au début des années 1950, il mène une vie d’artiste particulièrement précaire et fréquente l’Académie de la Grande Chaumière. Il fait alors la connaissance de Nicolas de Staël, Jean-Paul Riopelle, Joan Mitchell, Yves Klein, Jean Tinguely et bien d’autres. Au début des années 60, il se lie d’amitié avec Alberto Giacometti et entre à la galerie Claude Bernard en 1964. Il fut aussi proche de Henri Cartier-Bresson, Martine Franck, Raymond Mason. Les premières rétrospectives de son œuvre ont lieu en 1999, à la fondation Gianadda à Martigny, à la fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence, au Musée de la vie romantique, en 2000.

Auteur d’une œuvre solitaire, raffinée, étrange, obscure et légère à la fois, l’artiste est inclassable, hors de tous courants. D’abord par sa pratique unique de l’aquarelle et du pastel. Au sujet de cette dernière, il confiait :”cette décomposition possible à l’infini de tous les tons m’a autorisé les déclinaisons obsessionnelles qui sont au cœur de mon inspiration. ” (La Maison du Pastel, documentaire du Musée du Louvre, 2017). L’artiste a possédé jusqu’à 1800 tons de pastels et enrichissait régulièrement sa collection de couleurs. Sur près de 2 000 œuvres, on dénombre 800 aquarelles et 1 200 pastels d’une incroyable richesse chromatique.

Unique en son genre également, son traitement de l’espace rend ses tableaux vertigineux : “J’ai une perspective qui se rapproche plus de la perspective arabe, basée sur l’ovale de l’œil, que sur la perspective géométrique traditionnelle, qui se caractérise par une ligne d’horizon et des points de fuite [] Il en ressort autre chose, une autre ambiance, un autre système, une autre façon de voir. C’est une invention perpétuellement recommencée.”

Ses œuvres restent aujourd’hui bien moins chères que celles de ses amis Alberto Giacometti ou Yves Klein mais l’artiste s’impose comme l’un des cinq artistes français les plus cotés depuis une dizaine d’année. Les collectionneurs, français et anglais surtout, conservent jalousement leurs œuvres

Les sujets récurrents

Sam Szafran a exploré trois sujets de manière obsessionnelle : les plantes, les escaliers et les ateliers. Pour les plantes, l’artiste disposait de 375 tons de pastel vert. Il a inlassablement traité la nature en cascade de feuilles, lianes et arborescences, feuilles de philodendrons, de fougères ou d’aralias. Ses jardins suspendus sont souvent peuplés d’un seul personnage, sa femme Lilette qui donne un rapport d’échelle dans l’immensité végétale.

L’atelier, ce sanctuaire de la création dont il sortait très peu, est l’un de ses grands sujets. Au cours de sa vie, a lui-même été délogé et expulsé de plusieurs d’entre eux. Il en a donc occupé plusieurs à Paris : rue du Champs-de-Mars, rue de Crussol, rue Vincent-Moris à Malakoff, l’atelier Bellini où a réalisé ses lithographies, l’atelier d’amis, dont celui du sculpteur Raymond Mason. Dans la vie comme dans l’oeuvre, l’atelier est refuge et chaos : “J’ai besoin du chaos”, disait-il, “mon atelier est un chaos entre les strates de livres, les pastels qui traînent, l’empilement de choses et d’autres. J’ai besoin, pour sortir quelque chose, de partir du chaos“.

C’est de cet espace secret, rempli, décomposé, au plafond noir et menaçant que l’artiste tire un record d’enchère, établi en 2014 au seuil de 2 m$.

Les chiffres clefs du Marché de Sam Szafran

  • 1,18m$

Le record de Szafran aux enchères, un sommet obtenu en 2014 chez Sotheby’s (Paris) pour un superbe pastel représentant L’atelier, rue de Crussol, 1968/71

  • +8,8%

Le rendement annuel moyen enregistré au cours des 15 dernières années sur l’aquarelle Sans titre (philodendrons) (1987). Achetée à Paris pour 24 400$ en 2004, elle a été revendue chez Christie’s pour 87 000$ le 5 juin 2019.

  • 436 600 $

Le prix de vente en 2004 du dessin Atelier au feuillage avec personnage (c.1978). Celui-ci sera de nouveau mis en vente par Piasa à Paris le 18 septembre 2019, qui l’avait estimée entre 133 000$ et 200 000$ seulement.

  • + 49%

L’évolution de l’indice des prix de l’artiste. 100$ investis en 2000 dans une œuvre de Sam Szafran valent en moyenne 149$ en septembre 2019.

  • 71%

La part de la France dans le produit de ventes aux enchères de l’artiste (2018-2019). L’Hexagone est sa première place de marché devant le Royaume-Uni (29%).

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