Les résultats de l’Armory week

[10/03/2020]

Grande affluence à New York pendant l’Armory Week : un début de saison satisfaisant pour les évènements ‘arty’ de cette première semaine de mars.

L’ensemble des foires, des expositions, des ventes aux enchères, conférences et visites privées ont trouvé leur public la semaine dernière à New York pendant la très attendue Armory week. Un enthousiasme rassurant pour les acteurs d’un Marché de l’Art bousculé à l’échelle mondiale avec l’annulation des foires Art Basel Hong Kong et Art Dubaï et le report de plusieurs autres. Le marché américain reste stable et optimiste en maintenant tous les événements prévus.

Du côté des grandes musées, la rétrospective Donald Judd rayonne au dernier étage du Museum of Modern Art et celle de Gerhard Richter au MET Breuer. Le Whitney Museum of American Art célèbre de son côté la peinture murale mexicaine, et le New Museum consacre deux étages aux tableaux haut en couleurs et en critiques acerbes de Peter Saul. Un autre étage est réservé aux portraits de l’artiste afro-américaine Jordan Casteel, l’une des révélations du marché l’an dernier, la trentenaire ayant été propulsée comme la 13ème artiste de moins de 40 ans la plus performantes aux enchères en 2019. Son succès a été confirmé y a trois semaines à Londres, avec un superbe record planté à 670.000$ pour la toile Mom (2013) vendue chez Christie’s.

De façon générale, les dernières ventes new-yorkaises confirment une demande forte pour les artistes afro-américains, tendance déjà bien amorcée l’année dernière. Un enthousiasme palpable pendant la vente Past & Present de Christie’s (5 mars), où les artistes Alma Thomas, Charles White, Nina Chanel Abney, Derek Fordjour ont tous excédé les estimations.

Alma Thomas – Progression chronologique des records (copyright Artprice.com)

ALMA THOMAS CHORONO RECORDS

  • Alma Thomas

Flash of Spring

estimée 450.000$ – 650.000$ / vendue pour 819.000$

Annoncée en couverture du catalogue Past & present, la toile Flash of Spring n’a pas déçu. Elle excède de 26% son estimation haute. Discriminée en tant qu’artiste noire de son vivant, puis révélée par les choix du couple Obama à la Maison Blanche, Alma Woodsey THOMAS est au plus haut . Etabli en novembre dernier, son record culmine à 2,6m$ (A Fantastic Sunset).

  • Charles White (1918-1979)

Brother John Sellers

estimée 80.000$ – 120.000$ / vendue pour 187.500$

L’œuvre de White a reçu un grand coup de projecteur avec la rétrospective itinérante organisée pour le centenaire de sa naissance (2018-2019). L’exposition a fait décoller sa cote avec un résultat de 485.000$ pour une œuvre estimée moins de 150.000$ en octobre 2018 (Nobody Knows My Name #1, Swann), puis avec un record établi à 1,7m$ en novembre 2019 (Ye Shall Inherit the Earth, Sotheby’s). Charles WHITE a définitivement gagné le cœur des collectionneurs américains.

  • Nina Chanel Abney (1982)

Untitled (XXX NO! COP)

estimée 70.000$ – 100.000$ / vendue pour 125.000$

Née en 1982 à Chicago, Nina CHANEL ABNEY explore les notions de race, de genre, la culture pop et la politique dans son œuvre. Les galeries Jack Shainman et Mary Boone à New York l’ont exposé simultanément en 2017, année de sa première rétrospective Nina Chanel : Royal Flush, présentée au Nasher Museum of Art à la Duke University. Ses toiles passent les 100.000$ depuis l’an dernier (2019).

  • Derek Fordjour (1974)

No. 93

estimée 40.000$ – 60.000$ / vendue pour 81.250$

Ce résultat au double de l’estimation basse récompense un portrait typique de Derek FORDJOUR autour de l’identité afro-américaine. Fordjour a pris de l’importance après la réalisation d’une peinture murale pour le Whitney Museum en 2018. Avant cette commande, ses œuvres s’échangeaient pour moins de 10 000$ aux enchères, mais les prix se sont ensuite envolés. Désormais très demandé, il a vendu plusieurs œuvres à plus de 100.000 fin 2019.

Parmi cette offre afro-américaine, seule une œuvre de Nathaniel Mary Quinn n’a pas trouvé preneur dans sa fourchette d’estimation de 120.000$-180.000$. Toujours chez Christie’s, notons aussi la vente réussie de deux œuvres de Robert Indiana qui ont dépassé le million de dollars. Des peintures d’Eddie Martinez et de Kenny Scharf sont elles parties pour plus de 500.000$.

Sotheby’s a vendu de son côté deux tableaux très attendus, l’un signé Georgia O’Keeffe, l’autre Wayne Thibault, tandis que Phillips à misé sur les signatures les plus en vogue à travers sa vente New Now de Phillips du 4 mars. La vente affiche un taux d’invendu inférieur à 10%, ce qui témoigne d’une sélection particulièrement en accord avec la demande actuelle. Au catalogue de New Now, on trouvait notamment des œuvres de Nicolas Party, Tschabalala Self, Jonathan Gardner (artiste à suivre qui plante sa première adjudication à 125.000$) et Genieve Figgis, dont les cotes ont évolué très rapidement au cours des derniers mois.

Parmi les plus beaux coups de marteau de cette semaine, nous retiendrons enfin celui de Noah David – établi à 400.000$ – , car il est un véritable hommage rendu à l’oeuvre comme à l’homme.

  •  Noah Davis

In Search of Gallerius Maximumianus

estimée 60.000$ – 80.000$ / vendue pour 400.000$

Artiste météore à la vie trop brève (il est décédé de maladie à 32 ans), Noah DAVIS (1983-2015) a été récemment honoré par une exposition post-hume au sein de la galerie new-yorkaise de David Zwirner. Suivi par de grands collectionneurs dont Mera Rubell, qui a acheté plusieurs de ses œuvres, Noah Davis emporte l’un des plus beau coup de marteau de la vente New Now chez Phillips. Son œuvre a marqué les esprits autant que ses décisions du’artiste puisqu’on se souvient que, brouillé avec son galeriste, Davis a continué à se représenter via la création du Underground Museum à Los Angeles. « Il a transformé un négatif en positif … il n’avait pas de piscine, alors il a acheté un océan », déclarait son ami l’artiste Henry Taylor après le décès de Davis.