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Les marchés neufs face à la crise

[01/02/2009]

 

Les marchés neufs, les plus spéculatifs et volatils des quatre dernières années ont imposé en un temps record des artistes contemporains chinois, indiens, russes et du Moyen-Orient sur la scène artistique mondiale. Face aux cotes explosives d’artistes jeunes sur le second marché, des secousses étaient prévisibles.

Les premières conséquences de la crise financière mondiale sur le marché de l’art se firent sentir à Hong-Kong en octobre 2008, lors des vacations de Christie’s et Sotheby’s. Or, le marché chinois s’avère particulièrement sensible et concentre l’attention de milliers d’acteurs du marché de l’art. L’indice des prix de l’art contemporain chinois a en effet décollé de 583% entre janvier 2004 et janvier 2009.

En 2007, la puissance financière de Hongkong et le dynamisme de Shanghai imposaient la Chine comme la troisième place de marché de l’art mondiale derrière les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Les cotes explosives d’artistes tels que ZENG Fanzhi, ZHANG Xiaogang, FANG Lijun, YUE Minjun, CAI Guoqiang ou WANG Guangyi, ont alimenté un optimisme hors du commun, multipliant les vocations artistiques en Chine, l’ouverture à la chaîne de galeries et le nombre de ventes aux enchères. A l’heure où le top 100 des artistes contemporains classés par produits des ventes recensait un tiers de Chinois, Bonhams, frappait pour la première fois le marteau à Hong Kong (26 novembre 2007), dans le sillage des auctioneers Christie’s et Sotheby’s déjà bien implantés sur place. Bonhams fut suivie par Artcurial, avec une première vacation à Shanghai en janvier 2008. Le mois suivant à Londres, Sotheby’s ne parvint pas à vendre Overwhelm de YUE Minjun, pourtant leader de la scène chinoise actuelle. Le fait était alors inhabituel : seules 9 toiles de l’artiste avaient subi ce sort en dix ans de vacations (entre 1997 et 2007). La seule année 2008 enregistrait 12 invendus…Après les taux d’invendus records enregistrés en octobre chez Sotheby’s et Christie’s Hongkong, les ventes de novembre et décembre confirmaient la contraction de la demande et l’exigence des acheteurs. Les ventes ne sont pas gelées, mais on assiste à une véritable correction du marché de l’art chinois. Les collectionneurs opèrent désormais un tri sévère sur la qualité et sur le prix. Les œuvres ravalées ou vendues en deçà de l’estimation basse furent choses courantes pour des stars devenues trop cheres comme FANG Lijun, YUE Minjun, ZHANG Xiaogang ou ZENG Fanzhi. Récemment, l’aller-retour manqué d’une toile de ZHANG Xiaogang chez Est-Ouest Auctions Co. Hongkong a enterré la frénésie spéculative. L’œuvre en question est un portrait issu de la série Big Family. Adjugée une première fois 8,5 millions de CNY en novembre 2007, soit 1,15 million de dollars, elle fut ravalée en décembre 2008 malgré une estimation sévèrement révisée à la baisse (environ 554 000 $).

Les stars de l’art contemporain indien ne sont pas épargnées. Malgré un indice des prix en progression de +957% entre janvier 2004 et janvier 2009, plus de la moitié des œuvres de Subodh GUPTA soumises à enchères entre octobre et décembre 2008 ne trouvèrent pas preneur. La pièce maîtresse Vehicle for Seven Seas III fut ravalée à New-york le 13 novembre 2008. Sa fourchette d’estimation (300 000 à 400 000 $) était pourtant raisonnable en regard de l’adjudication à près de 625 000 $ enregistrée pour une œuvre de la même série en avril 2008 (Artcurial, Paris, 425 000 €). Même constat du côté de l’art iranien avec la débâcle de Farhad MOSHIRI (1963), dont près de la moitié des pièces mises à l’encan l’automne dernier ne se sont pas vendues. Les amateurs étaient moins frileux en mars 2008 à Dubaï pour faire grimper Eshgh (Love) à 900 000 $, au sextuple de son estimation (Bonhams).

Les ventes d’art contemporain de février à Londres proposent timidement 2 à 5 têtes d’affiches chinoises et indiennes chez Sotheby’s (5 février) et Christie’s (11 février), dont les incontournables ZENG Fanzhi et Anish KAPOOR. Les ventes tests, dédiées à l’art asiatique, se tiendront en mars et avril 2009.
Phillips de Pury & Company propose le 12 février six artistes chinois, un coréen (KIM WHANKI), deux indiens (Hema UPADHYAY et THUKRAL & TAGRA), un pakistanais (Rashid RANA). Phillip’s participe de plus à l’ émergence de l’art africain El ANATSUI, dont l’œuvre de 2006 Congress of Elders, 2006 est pressentie autour de 200 000£. Cet artiste, méconnu du second marché, décrochait l’équivalent de 500 000 $ pour Healer chez Sotheby’s Londres en octobre 2008, période pourtant peu propice aux records…

La demande, encore intarissable au premier semestre 2008 pour ces marchés explosifs, s’est fortement contractée depuis l’automne. Dans un contexte de crise mondiale, les œuvres sont devenues trop cheres et les tentations spéculatives ne sont plus d’actualité.
Parmi les grands acheteurs d’art contemporain russe, chinois, coréen indien ou iranien, l’appât du gain n’est pas toujours la motivation première. Ces dernières années, bon nombre de collectionneurs russes ou chinois ont investi sur leurs compatriotes afin de constituer des collections cohérentes pour des fondations ou des musées.

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