Les maîtres anciens de Christie’s et Sotheby’s

[05/02/2013]

 

Le 29 janvier 2013, veille des grandes ventes de prestige de maîtres anciens à New York, Christie’s proposait une vente historique exclusivement réservée aux estampes du maître de la Renaissance allemande, Albrecht DÜRER. Cette collection étonnante, constituée de 62 gravures estimées entre 3 000 et 600 000 $, a rapporté plus de 4,9 m$ hors frais à Christie’s contre une estimation globale de 5 m$.
Si la vente a tenu ses promesses en terme de recettes, elle a surtout été le théâtre d’un nouveau record mondial avec The Rhinoceros adjugé 720 000 $. Cette gravure sur bois de 1515 est un travail réalisé d’après une description écrite de l’animal. La représentation est donc fantaisiste malgré l’artiste, ce qui contribua à en faire l’une des images animalières la plus influente de l’histoire des arts. Le coup de marteau frappé pour The Rhinoceros a détrôné les quelques 480 000 $ récoltés pour un ensemble de trois gravures sur bois (The Apocalypse / The large Passion / The Life of the Virgin) vendues le 25 janvier 2001 par Sotheby’s New York.

Le lendemain, les moments forts de Christie’s passaient par une vente Renaissance (36,1 m$ soit 42,6 m$ de recettes frais inclus) et la Part 1 Old Masters (17 m$ soit 19,9 m$ de recettes frais inclus), générant 56 m$ en 55 coups de marteau.

Ruée sur les Madones
Clou de la vacation Renaissance, une Vierge à l’enfant de Bartolomeo DELLA PORTA (plus connu sous le nom de Fra Bartolommeo, 1472-1517), tondo d’une absolue tendresse, est la seule œuvre de cette vente portée à plus de 11,5 m$ hors frais. C’est aussi un nouveau record mondial pour une œuvre de l’artiste. Elle est talonnée par une autre vierge à l’enfant, de Sandro BOTTICELLI cette fois : The Rockefeller Madonna: Madonna and Child with Young Saint John the Baptist (46,3 x 36,8 cm). Cette dernière œuvre à une riche histoire en salles de ventes : son premier coup de marteau remonte à 1887 (Christie’s Londres) et son dernier à 1992 (Christie’s New York). L’initié qui acquit cette délicate Madone en 1992, ne se doutait certainement pas que sa cote s’envolerait de plus de 2 000 % dix ans plus tard ! Elle fut en effet adjugée 9,25 m$ ce 30 janvier 2013 contre 400 000 $ en 1992.

Troisième Madone (The Virgin and Child with infant Saint John the Baptist sleeping) comptant parmi les meilleurs résultats de cette vente Renaissance : celle de Lucas II CRANACH, représentant un Christ encore poupon qui porte un grain de raisin blanc à sa bouche, symbole de rédemption. Outre le geste tendre de la Vierge, tête penchée sur le crâne de son fils et le petit Saint Jean-Baptiste endormi dans son giron, cette toile est l’une des plus intéressantes de Cranach jamais proposée dans l’histoire des enchères. Elle se vendait 1,5 m$ (son estimation basse), à peine le prix d’une sculpture de Jeff KOONS éditée à 3 exemplaires (Moustache, 2003, 1,5 m$, Christie’s Londres, 30 janvier 2009).

Sélection de nouveaux records
Inattendus : un résultat étonnant récompense le Portrait of Jacopo Boncompagni signé Scipione PULZONE IL GAETANO. L’artiste, qui n’avait encore jamais passé le seuil des 250 000 $ en salles de ventes s’est ici envolé à 7,5 m$, doublant ainsi largement une estimation optimiste de 2,5 m$.

La Demoiselle d’honneur, vendue 2,2 m$ le 29 janvier chez Sotheby’s, a multiplié par quatre sa fourchette d’estimation pour un premier record millionnaire d’Eva GONZALES, désormais dans une fourchette de prix similaire à celle de Berthe MORISOT.

Prévisibles : La Brodeuse de Jean-Baptiste Siméon CHARDIN, vendue le même jour lors de la première partie de la cession des maîtres anciens. Très attendue, cette scène de genre de moins de 20 cm (Embroiderer, 19 x 16,5 cm) est une rareté célébrissime et représente l’œuvre la plus importante de Chardin mise à l’encan ces 25 dernières années. Elle a tenu promesse avec un coup de marteau de 3,5 m$ (estimation 3m$ – 5 m$).

Le chef-d’œuvre du XVIIIème Suzanne et les vieillards de Pompeo Girolamo BATONI a atteint 10,1 m$ le 31 janvier chez Sotheby’s. Le record était pressenti car jamais auparavant une si belle œuvre de Batoni n’avait été soumise aux enchères. Batoni enterre un ancien record équivalent à 2,17 m$ pour Portrait of Count Kirill Grigorjewitsch Razumovsky chez Sotheby’s Londres le 9 juillet 2008.

Le 31 janvier toujours, le superbe Christ Blessing de Hans MEMLING a enfin ré-évalué le record d’enchère de cet immense artiste. La petite huile sur panneau (34,4cm x 31,7 cm) explosait sa fourchette d’estimation pour un résultat final de 3,6 m$.

A suivre…
Les prochaines cessions attendues de maîtres anciens se tiendront en avril. A trois mois de ces ventes, on fait déjà grand cas d’une œuvre de Charles LEBRUN, qui sera le clou de la vente Christie’s, Paris, le 15 avril 2013 : Le sacrifice de Polyxène, réalisée en 1647, époque à laquelle Charles LeBrun est officiellement nommé Premier Peintre du Roi Louis XIV.
L’occasion d’enchérir sur cette signature prestigieuse est rare (15 toiles mises à l’encan en 25 ans). Le Sacrifice de Polyxène restant une nouveauté malgré son âge, c’est principalement sa qualité et son histoire qui stimulent les amateurs.
Il s’agit effectivement d’une découverte impromptue faite à l’hôtel Ritz, place Vendôme, qui s’est alors séparé du chef-d’œuvre estimé entre 300 000€ et 500 000 €. (On ne s’attend pourtant pas à ce que cette œuvre, superbe et dotée d’une histoire romanesque, rafraîchisse son record signé il y 15 ans avec Suzanne devant ses juges justifiée par le témoignage du jeune Daniel, vendu l’équivalent de 549 000 $ chez Beaussant-Lefèvre, Paris.