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Les chiffres encourageants de l’Art cubain

[25/12/2018]

Les propositions artistiques se diversifient à Cuba, surtout depuis 2014, année de l’inauguration de La Fábrica et de celle du Laboratoire d’Art de l’artiste cubain Kcho dans le quartier de Romerillo. Mais 2014 est aussi l’année du discours prononcé par le président des Etats-Unis de l’époque, Barack Obama, favorable au dégel des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et Cuba. Ce discours d’ouverture encourageait alors les investisseurs étrangers, déjà fortement intéressés par la position stratégique de Cuba entre les deux Amériques. Peu après l’annonce d’Obama, une première galerie internationale fit le pari de s’implanter sur place, la galerie Continua, qui a pris ses marques dans un ancien cinéma du quartier chinois, fin 2015, en exposant de jeunes artistes cubains comme José Yaque, Alejandro Campins, et Elizabeth Cervino. Elle a organisé depuis plusieurs expositions d’envergure, avec des œuvres de Pistoletto, Daniel Buren, Pascal Marthine Tayou ou encore Kader Attia… Cette implantation est un vrai pari sur l’avenir, sachant qu’il n’y a pas de marché de l’art véritablement structuré sur place (malgré les tentatives de Subasta Havana) et que les acheteurs sont rares, les collectionneurs américains étant souvent intimider à l’achat bien qu’une exception de l’embargo permettent d’importer des oeuvres cubaines. Depuis l’étranger, le discours d’Obama eut un impact important. Il a focalisé l’attention sur la scène cubaine et participer au réveil du marché de l’art cubain sur les grandes places de marché internationales.

Les soutiens de Tania Bruguera

L’artiste militante Tania BRUGUERA est reconnue à Cuba et certaines de ses œuvres ont intégré les collections du Musée National des Beaux-Arts de Cuba. Une notoriété qui n’a pas empêché son arrestation par les autorités cubaines il y a trois ans. Peu après le discours d’assouplissement de Barack Obama en décembre 2014, l’artiste a organisé une performance sur la place de la Révolution à La Havane qui ne fut pas du goût de tous, surtout pas des autorités gouvernementales. Considérée comme une provocation politique portant trouble à l’ordre public, la performance entraîne alors son arrestation avec d’autres «dissidents». L’artiste est relâchée grâce à une pétition signée par plus d’un millier d’artistes et d’acteurs culturels, mais fut privée de son passeport pendant plusieurs mois. Sur le terrain des enchères, les acteurs du Marché de l’Art ont réagi en faisant aussi parler d’elle, emportant sa sculpture Destierro (Displacement) au double de l’estimation fournie par Phillips le 26 mai 2015, jusqu’à 81 250 $. On retrouvait cette même œuvre à vendre pour 110 000 $ de plus en décembre de la même année sur la foire Art Basel Miami. Suivant sa dernière arrestation au début de ce mois de décembre 2018 (détention courte fort heureusement) alors qu’elle souhaitait manifester, les soutiens ont plu, notamment à travers le relais des médias étrangers. Du soutien engagé à une inflation de prix stratégique, le marché se nourrit aussi de la censure et érige les défenseurs de la liberté d’expression en modèles.

Des performances nettement en hausse

La revalorisation récente de l’art cubain fait partie d’un travail global opéré par les grands musées dont le Guggenheim et le MoMA à New York, le Centre George Pompidou à Paris ou encore la Tate Modern à Londres, qui collectent des informations et des œuvres cubaines, parfois par le biais de fonds d’acquisition spécialisés, comme le Fond Latino-américain et caribéen du MoMA. Du côté des maisons de ventes, Phillip’s, Sotheby’s et Christie’s préparent depuis plusieurs années l’émergence commerciale de la scène latino-américaine et notamment des artistes cubains, depuis New York. Du côté des acheteurs, les artistes cubains constituent un investissement intéressant à long terme car il est possible d’accéder à des œuvres majeures d’artistes très établis pour des sommes moins importantes que celle demandées sur les grandes signatures européennes ou américaines de mêmes générations. La demande s’est considérablement étoffée ces quatre dernières années et les prix ne cessent d’augmenter.

Le cas de l’artiste Afro-cubain Manuel MENDIVE, 74 ans, est parlant. Signature émergente sur le marché international, Mendive est célèbre depuis toujours à la Havane pour son œuvre en lien avec la Santeria, religion cubaine connectée aux sources sacrées des rites africains Yorubas. L’annonce de l’assouplissement des relations États-uniennes par Barack Obama eut un impact immédiat sur la cote de cet artiste incontournable dans le paysage artistique cubain : dans les mois qui suivirent, trois nouveaux records d’enchères furent enregistrés pour ses œuvres, à des niveaux de prix compris entre 68 000 et 100 000 $. Ses recettes annuelles explosent alors, multipliés par 15 en deux ans, grâce aux ventes américaines. L’une toile de ses toiles passait les 100.000 $ pour la première fois l’an dernier (Energías para el amor y la bondad s’est vendue 125.000 $ le 24 mai 2017 chez Christie’s à New York) et si le record n’a pas été renouvelé depuis, le cru 2018 est le meilleur de l’artiste en terme de produit de ventes annuel, avec près de 440 000$ d’œuvres vendues, preuve que la demande est de plus en plus puissante et de plus en plus internationale.

Même constat pour d’autres artistes cubains tels que Dario Viejo, Esterio Segura, Mariano Rodriguez, Carlos Enríquez Gómez et même Felix Gonzalez-Torres à qui David Zwirner consacrait une première exposition dans sa galerie new-yorkaise, entre avril et juillet 2017. Tous ont enregistrés leur nouveau record d’enchère au cours des trois dernières années.

Bien défendus à New York, l’art cubain s’affirme aussi à Miami, à moins de 400 kms de l’Ile. La communauté cubaine y est très active et la promotion de l’art cubain passe par les collectionneurs et les fondations privées, comme celle de Sera et Don Rubell. Ces grands collectionneurs font de Miami la première passerelle de la scène cubaine vers les Etats-Unis, surtout pendant la foire Art Basel Miami qui attire les grands acteurs internationaux. Sur place, la présence des sociétés de ventes Miami Auction Gallery et FAAM-Fine Art Auctions participent à l’ancrage de l’art cubain sur la côte américaine. De Miami à New York, de Londres à Paris, l’art cubain rayonne. L’avenir dira s’il conservera sa sève en se faisant digérer par le marché.

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