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Les 30 artistes de moins de 30 ans : photographie

[24/07/2012]

 

Cet été Artprice dresse le portrait des futurs stars du marché de l’art. Chaque semaine, retrouvez un classement des 30 artistes de moins de 30 ans les plus cotés par médium : aujourd’hui la photographie.

La jeune garde photographique
La photographie est peut-être le médium le plus prolifique de notre époque et les artistes actuels ne se lassent pas d’exploiter les infinies possibilités qu’elle offre. Elle est aussi une manne pour les collectionneurs et pour les maisons de ventes aux enchères, qui dispersaient en 2011 près de 14 000 photographies « signées » dans le monde, pour des recettes avoisinant les 150 m$.Ces dernières années, les prix astronomiques atteints par Andreas GURSKY, Cindy SHERMAN et Richard PRINCE (qui détiennent tous un record d’au moins 3 m$) stimulent l’entrée sur le second marché de jeunes artistes qui osent affronter les salles de ventes à moins de 30 ans.

Parmi ces jeunes initiés aux enchères, nous avons retenu une sélection de 30 artistes de moins de 30 ans. Il en ressort l’incroyable avance du Moyen-Orient, qui se détache fortement du reste du monde par le nombre de jeunes artistes valorisés. Parmi les 30 photographies récentes les plus appréciées aux enchères en 2011, 11 sont l’œuvre d’artistes issus du Moyen-Orient !

Top 30 : photographie

Rang Artiste Adjudication
1 Sami AL-TURKI 22000$
2 JR 20962$
3 Oleg DOU 17952$
4 Dash SNOW 17000$
5 Maxwell SNOW 15000$
6 Marwa ADEL 12000$
7 ZHANG Peng 11344$
8 Tim PARCHIKOV 7833$
9 Lamya GARGASH 7500$
10 Mourad GHARRACH 4772$
11 EL PRADINO 4285$
12 Ido ABRAMSOHN 4250$
13 Sun MI AHN 4225$
14 Zineb LAYACHI 4175$
15 Meera HURAIZ 3800$
16 Teresa & Alexander HUBBARD & BIRCHLER 3462$
17 Gozde TURKKAN 3298$
18 Genevieve CHUA 3215$
19 Othman ZINE 2982$
20 Leila ALAOUI 2863$
21 Benjamin DEROCHE 2838$
22 Tatiana MACEDO 2764$
23 Sinem DISLI 2198$
24 Babak KAZEMI 2100$
25 Macoto MURAYAMA 2056$
26 Hazem MAHDY 2000$
27 Lovis OSTENRIK 1980$
28 Ida BORG 1891$
29 Agnes PRAMMER 1775$
30 Alena ZHANDAROVA 1502$

Un Moyen-Orient dynamique

Christie’s Dubaï, Sotheby’s Doha et la Compagnie Marocaine des Œuvres & Objets d’Art (CMOOA) défendent particulièrement bien les jeunes photographes du Moyen-Orient et peuvent compter sur un relai attentif de la part de la place de marché parisienne. Le jeune artiste de père saoudien et de mère irlandaise, Sami AL-TURKI, peut être fier d’avoir fait son entrée aux enchères en 2011 avec un coup de marteau de 22 000 $ ! Il triplait généreusement l’estimation haute fournie par Christie’s Dubaï pour son grand Marhaba (120 x 200 cm, 3 exemplaires,19 avril 2011). Comme souvent pour la jeune génération photographique du Moyen-Orient, le travail de Sami Al Turki se démarque par une quête identitaire et des interrogations multiculturelles.

Une entrée dans le monde des enchères à un tel niveau de prix est rare pour un jeune artiste, d’autant plus pour une photographie.
Parmi les mieux cotés de cette jeune garde, l’Égyptienne Marwa ADEL (née en 1984) a planté une enchère record de 12 000 $ pour un triptyque sans titre (Christie’s, 26 octobre 2011, Dubaï). Déjà huit photographies se sont disputées aux enchères entre Casablanca, Dubaï, Doha (de 2010 à juillet 2012). Ses corps nus photographiés puis retravaillés numériquement affichent la retenue nécessaire à son succès auprès de ses compatriotes.
Notons aussi les résultats plus qu’honorables de trois artistes nés en 1982 : Lamya GARGASH, vendue uniquement à Dubaï où elle est née et où elle décroche aujourd’hui des adjudications comprises entre 1 600 et 7 500 $ ; Mourad GHARRACH, vendu entre 1 800 et 5 000 $ à Casablanca et à Paris où il vit ; Zineb LAYACHI, qui dépassait par deux fois les 4 000 $ le 26 novembre 2011 chez CMOOA.

Plus jeune encore, Gozde TURKKAN, né en Turquie en 1984, est entré dans les salles de ventes avec une épreuve de sa série Pay here (2010) chez Christie’s Paris (vendue 2 400 €, l’équivalent de 3 300 $). Engagé, il utilise la photographie comme un outil à la fois critique et subjectif sur la société qui l’entoure, remuant des questions politiques, d’identité et de domination. De cinq ans sa cadette, Meera HURAIZ (née en 1989) vit à à Dubaï. Elle sait combien la mode est une extension de l’identité culturelle et combien la façon de se vêtir induit un certain rapport aux autres et au monde. La jeune artiste détourne avec ironie les codes culturels, surtout ceux liés aux femmes (burqa) et à l’artisanat (projet Fatto a Mano, réalisé sur une commande de la marque Fendi). Elle puise généreusement dans sa culture traditionnelle et dans la culture populaire occidentale (Jean Paul Gaultier ou Ridley Scott) pour créer des rencontres improbables, comme le masque qu’elle revêt pour sa photo Madonna, un masque dont la forme reprend le corset à bonnets pointus créé par Jean-Paul Gaultier et exhibé par Madonna dans les années 80. Vendue chez Christie’s Dubaï, Madonna (tirage sur 3 exemplaires, 100 x 150 cm), partait pour 3 800 $ le 26 octobre 2011, un joli résultat pour un premier passage en salle.

Sami Al Turki et Marwa Adel sont les seuls à avoir décroché des enchères de plus de 10 000 $ face à d’autres artistes issus du Moyen-Orient. Ils sont les compétiteurs de deux artistes américains Dash et Maxwell Snow, du Français JR, du Russe Oleg DOU et du chinois ZHANG Peng.

Dynastie américaine : les Frères Snow
Arrière-petit-fils des grands collectionneurs américains John et Dominique de Menil, Dash SNOW a mené une vie brève et dissolue où le sexe et la drogue à outrance ont rythmé ses nuits. Ses excès nocturnes se traduisant par des trous de mémoire diurnes, il a commencé par prendre des photos au polaroid. Ses « uniques souvenirs de ses nuits » sont pour lui des souvenirs bon marché, et pour les amateurs de culture underground, des constats photographiques alternatifs, violents et crus des bas-fonds de la culture contemporaine. Il s’est en effet inscrit dans la lignée de Nan GOLDIN, Larry CLARK et Richard BILLINGHAM, et était considéré comme l’un des artistes les plus prometteurs de sa génération. A moins de 27 ans, il avait déjà exposé à la Royal Academy of Arts de Londres (exposition USA Today orchestrée par Charles Saatchi), à la Whitney Biennale ou au Palais de Tokyo de Paris. Il a été retrouvé mort dans sa chambre des suites d’une overdose quelques jours avant ses 28 ans. Cette trajectoire fulgurante est allée de pair avec un engouement pour ses photographies soumises aux enchères. En 2011, son tirage Untitled (Jade B&W Cemetary) battait largement les pronostics pour atteindre 17 000 $ contre une estimation haute de 12 000 $ (3 exemplaires, 23 septembre 2011, Phillips de Pury & Company, New York). Un an plus tôt à Londres, ce même tirage se vendait 11 000 $ de moins (environ 6 200 $ chez Christie’s Londres le 16 septembre 2010).

Cette enchère de 17 000 $ (qui n’est pas son record absolu, seulement son record de 2011) fait de lui l’un des jeunes artistes les plus cotés juste devant son jeune frère Maxwell SNOW (né en 1984). Ce dernier fut présenté dans une seule vente aux enchères, dédiée à la décoratrice Muriel Brandinoli. Portés par l’enthousiasme d’une provenance à renommée, les trois tirages argentiques mis à l’encan ont tous largement doublé leurs estimations hautes pour des adjudications comprises entre 10 000 et 15 000 $ (Phillips de Pury & Company, New York).

Deux compétiteurs français : JR et Benjamin Deroche
En France, où la tradition photographique est l’une des plus riches au monde (avec celle des États-Unis), deux artistes se distinguent parmi les 30 les plus cotés dans la catégorie des moins de 30 ans : le déjà célèbre JR et l’émergent Benjamin DEROCHE.

Pour JR, né en 1984, la rue est la «plus grande galerie d’art au monde ». L’artiste s’est fait rapidement connaître en investissant les rues et les quartiers du monde entier (Afrique, États-Unis, Brésil, France, Chine, etc). Les photos que l’amateur croise en salles de ventes résultent d’installations in situ souvent illégales et l’engouement est tel qu’il dépassait les 30 000 $ à l’occasion d’une vente Sotheby’s en 2009 (Ladj Ly (Braquage)), vendue 21 000 £, Londres, le 6 février 2009). Il s’est hissé en seconde position de notre classement 2011 avec la vente de Milagros Valejo Herrero, Cartegena à Londres, atteignant près de 21 000 $ en février (13 000 £, 4,5 x 67 x 189,4 cm, tirage sur panneaux, Phillips de Pury & Company).

Outre JR, le seul français de ce classement est Benjamin Deroche (né en 1981), dont les visions décalées et grinçantes se disputent déjà entre 1 500 et 3 500 $ à Paris. Le jeune photographe breton est présent en salles de ventes depuis 2009, où ses œuvres partent systématiquement au-dessus des estimations basses dans un marché français où la photographie des moins de 30 ans génère une demande croissante (augmentation de 305% du produit des ventes depuis 2006).

Le talent digital : Oleg Dou et Peng Zhang
La manipulation digitale est devenue depuis les années 90 un champs particulièrement fertile pour les artistes. A ce jeu souvent théâtral, le russe Oleg Dou et le chinois Peng Zhang bénéficient déjà d’une belle cote. Vainqueur de cinq prix de l’International Photography Award et de l’International Color Award, Oleg Dou a été, par deux fois, lauréat du Prix Kandinsky.
Les premières enchères supérieures à 10 000 $ arrivent en 2008 : Oleg Dou en décroche trois la même année, entre Budapest et Londres, pour des tirages de format carré édités à 6 ou 8 exemplaires. Sa cote a parfois tendance à s’emballer… en témoigne l’adjudication d’une photo issue de la série Nun (Nonne) qui flirtait avec les 45 000 $ lors d’une vente de décembre 2007 à Budapest (Hongrie, Kieselbach Gallery), multipliant alors par 21 son estimation ! Une version de cette même Nonne tombait cependant à 18 000 $ en 2011 (11 000 £, 6 exemplaires, tirage C print de 2007, 100 x 100 cm, le 15 avril chez Phillips de Pury & Company).

Introduit aux enchères en 2006, Peng Zhang a 25 ans lorsque résonne son premier coup de marteau. Il commence fort avec une huile sur toile achevée la même année et vendue l’équivalent de 12 700 $ (hors frais) chez Poly International à Pékin (Water without Fragrance No.2, 150×150 cm). Les enchères suivantes ont récompensé exclusivement des photographies mettant en scène son égérie, une petite fille âgée de 4 ans lorsqu’il la rencontre en 2006. La mélancolie déstabilisante de cette enfant lui a permis de jouer des scènes torturées, alliant innocence et accents gore. Ses grands formats s’échangent déjà entre 5 000 et 15 000 $ aux enchères.

Recherche jeunes talents à moins de 5 000 $
Parmi ses artistes prometteurs, dont la cote est en construction, les opportunités d’acquisition pour des budgets inférieurs à 5 000 $ ne manquent pas : citons à ce propos le travail sur la psychologie de la peur de Genevieve CHUA (née en 1984 à Singapour, After the Flood #18, #19, #20, une série de 3 photos se vendait l’équivalent de 3 200 $ chez Sotheby’s Hong Kong le 4 avril 2011) ; le mystère dont l’architecte/réalisateur/photographe marocain Othman ZINE empreint ses oeuvres (né en 1983, il est vendu à Casablanca) ou la majesté des portraits de sa compatriote Leila ALAOUI (née en 1982 à Paris et élevée au Maroc, elle est vendue à Casablanca).
La benjamine des meilleurs jeunes photographes aux enchères en 2011 est la russe Alena ZHANDAROVA, née en 1988. Elle clôt notre série des 30 artistes de moins de 30 ans avec l’une de ses pitreries édulcorées les plus vues : My way (from the series Cornflower tea and concealing chocolate), un improbable grand écart aux patins à glaces, adjugé l’équivalent de 1 500 $ en Autriche (2/5 exemplaires, 60 x 89,5 cm, Westlicht Photographica Auktion, Vienne).

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