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Le Top des autoportraits

[02/11/2018]

Le vendredi, c’est Top ! Un vendredi sur deux, Artprice vous propose un classement d’adjudications pour vous permettre de décrypter les grandes tendances du Marché de l’Art. Cette semaine, Artprice revient sur ce sujet essentiel dans toute l’histoire, l’autoportrait, où l’artiste lui-même se prend au jeu de la représentation.

Faire un autoportrait, c’est se représenter soi-même. C’est aussi une façon de s’inscrire dans les préoccupations de son époque ou de retranscrire ses préoccupations intérieures. Le genre a suivi diverses évolutions au cours des siècles. Il a témoigné de la condition de l’artiste : une condition aisée chez Raphaël ou Dürer, une condition misérable dans les œuvres de Picasso de la première heure. Se représenter soi-même, c’est aussi affirmer son savoir faire, car le « je suis cette œuvre » contient l’affirmation « c’est moi qui l’ai créée ». Narcisse est présent dans ces images, notamment chez les artistes de la Renaissance qui confirmaient à la fois leur talent et leur statut dans cet exercice. Un portrait de soi n’est-il, dans le cas de la peinture ancienne, pas une vitrine formidable de la virtuosité de l’artiste à se saisir dans la plus grande vraisemblance pour les clients de passage à l’atelier ?

Bon nombre d’autoportraits ont été réalisés pour cette raison pratique évidente que l’artiste a toujours sous la main son modèle et ne dépend de personne d’autres que de lui-même. Frida Kahlo confiait : « Je me peins parce que je passe beaucoup de temps seule et parce que je suis le sujet que je connais le mieux ». Un avantage autant économique que pratique puisqu’il n’implique pas de modèle à payer. De la Renaissance à la mode du selfie, la représentation de soi n’a jamais faibli. Elle s’est seulement transformée, devenant un outil d’introspection de plus en plus évident (citons Nan Goldin), un témoignage vivant (Opalka), une exploration du « Jeu » est un autre déformant l’affirmation rimbaldienne du « je est un autre » (Claude Cahun, Michel Journiac à Cindy Sherman), etc.

Tant d’artistes l’ont exploité au cours de l’histoire qu’il paraît étonnant de constater que seuls deux artistes se distinguent dans le classement des autoportraits les plus coûteux. L’absence de maîtres anciens dans le classement tient au fait que leurs autoportraits ne sont pas en circulation sur le marché, faisant partie de collections muséales depuis fort longtemps. Prenons le cas de Rembrandt, maître incontesté dans l’art de l’autoportrait (il en a réalisé une centaine au cours de sa vie) : la dernière apparition d’un autoportrait de l’artiste aux enchères remonte à 15 ans. L’oeuvre en question se vendait pour 11,4 m$ à Londres (Self-Portrait with shaded Eyes, 1634, 70,8 x 55,2 cm, Sotheby’s, 10/07/2003), c’est à dire deux à trois fois moins chers que les autoportraits de Francis Bacon et Andy Warhol récompensés dans ce Top 10.

Rang Artiste Adjudication ($) œuvre Vente
1 Andy WARHOL (1928-1987) 65 204 489$ Self-Portrait 11/05/2011 Christie’s New York
2 Francis BACON (1909-1992) 25 918 362$ Two Studies For A Self-Portrait 11/05/2016 Sotheby’s New York
3 Francis BACON (1909-1992) 21 533 175$ Three Studies for Self-Portrait 30/06/2008 Christie’s Londres
4 Francis BACON (1909-1992) 21 184 619$ Study for Self-Portrait 27/06/2012 Christie’s Londres
5 Francis BACON (1909-1992) 12 490 583$ Three Studies for Self-Portrait
13/05/2008 Christie’s New York
6 Andy WARHOL (1928-1987) 11 547 242$ Self-Portrait 11/05/2011 Christie’s New York
7 Francis BACON (1909-1992) 9 903 016$ Three Studies for Self-Portrait 11/05/2011 Christie’s New York
8 Andy WARHOL (1928-1987) 9 672 123$ Self-Portrait (Fright Wig) 17/11/2016 Sotheby’s New York
9 Francis BACON (1909-1992) 9 620 586$ Self-Portrait 01/07/2015 Sotheby’s Londres
10 Francis BACON (1909-1992) 9 366 687$ Three Studies for Self-Portrait 01/07/2015 Sotheby’s Londres
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Bacon et la déformation

Comme Rembrandt, Francis Bacon détestait son visage. Comme lui pourtant, il a réalisé son propre portrait à plusieurs reprises. Dans l’un de ses entretiens, Bacon confiait « Je déteste mon propre visage, mais je continue à me peindre du fait seulement que je n’ai pas d’autres gens à peindre. Il est vrai que chaque jour dans la glace je vois la mort au travail, c’est l’une des plus jolies choses qu’ait dites Cocteau. Il en est de même pour chacun ». L’artiste a violenté sa propre image. L’autoportrait est pour lui prétexte aux sensations du corps et aux instincts, à l’existence futile et au destin tragique. En déformant sa face, il gomme son identité et libère une esthétique de l’angoisse, il dit l’obsession et le malaise à travers le hurlement d’une peinture faite chair. Cette puissance incarnée emporte des enchères passionnées : pas moins de neuf autoportraits de l’artiste ont en effet changé de mains pour plus de 20 m$ chacun. Parmi ces neuf résultats forts, sept se hissent dans notre classement, faisant de Bacon l’artiste le plus prisé et le plus coté en matière d’autoportrait.

Warhol et l’accumulation

Une autre star du marché dispute les meilleures enchères mondiales à Bacon. Il s’agit d’Andy Warhol qui s’est rendu aussi célèbre que les sujets de ses sérigraphies (dont Marilyn Monroe et Liz Taylor) en multipliant de la même façon son image. Les codes de la publicité et de la mode n’avaient pas de secret pour l’artiste Pop qui a orchestré le culte de sa personnalité en réalisant quelques-uns des autoportraits les plus célèbres de l’histoire de l’art, dont une mosaïque de neuf autoportraits en 1966 et les fameux Self Portrait in Camouflage des années 80′. Pour ses autoportraits, Warhol utilise souvent un déclencheur automatique, puis reporte l’image en négatif sur un « tamis » qui sert ensuite de pochoir pour apposer les couleurs sur la toile. La sérigraphie lui permet de produire son portrait à la chaine, en variant les couleurs autant qu’il le souhaite. Par-delà la sérigraphie, Warhol a utilisé un autre outil en vogue de son époque, le Polaroid, notamment pour une série d’autoportraits travestis (Self-Portrait in Drag) réalisée entre 1980 et 1982. Image frontale, visage dépourvu d’expression, pose artificielle, perruque et maquillage… ces rares autoportraits peuvent être très coûteux. Certains sont estimés autour de 50 000 $, un prix à la hauteur du mythe pour un cliché de 10 centimètres sur huit.

Artistes à suivre

Loin de s’essouffler, l’autoportrait ne cesse de se renouveler. Il est notamment réactivé par des artistes contemporains africains tels que Samuel Fosso, Tracey Rose ou Zanele Muholi, qui cherchent à libérer un discours socio-politique à travers l’utilisation de leur image. Samuel Fosso et Zanele Muholi ne considèrent pas leurs autoportraits « travestis » comme des déguisements mais comme des actions visant à lutter contre les préjugés. Ces artistes engagés commencent à se faire un nom aux enchères, notamment Zanele Muholi qui a passé cette année le seuil des 10 000 $ pour la première fois, avec un autoportrait photographique de sa série « Somnyama ngonyama » (« louée soit la lionne noire » en zoulou), une série militante et humoristique défendant son identité de femme noire lesbienne… de puissants autoportraits pour faire bouger les consciences.

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