Le Top d’Europe. Chapitre 6 : la France

[21/11/2014]

 

Le vendredi, c’est Top ! Un vendredi sur deux, Artprice vous propose un classement d’adjudications par thème. Cette semaine, nous vous livrons les 10 meilleures enchères jamais enregistrées en France… un hymne absolu à la modernité.

Le Top d’Europe. Chapitre 6 : la France
Rang Artiste Adjudication Oeuvre Vente
1 Pablo PICASSO 47 400 000$ Les noces de Pierrette (1905) 1989-11-30 Binoche-Godeau PARIS
2 Amedeo MODIGLIANI 46 650 450$ Tête (c.1910-1912) 2010-06-14 Christie’s PARIS
3 Henri MATISSE 41 046 400$ Les coucous, tapis bleu et rose (1911) 2009-02-23 Christie’s Paris & Pierre Bergé PARIS
4 Constantin BRANCUSI 33 350 200$ Madame L.R. (c.1914/17) 2009-02-23 Christie’s Paris & Pierre Bergé PARIS
5 Piet MONDRIAAN 24 627 840$ Composition avec bleu, rouge, jaune et noir (1922) 2009-02-23 Christie’s Paris & Pierre Bergé PARIS
6 Francis BACON 17 943 760$ Portrait of Muriel Belcher (1961) 2007-12-12 Sotheby’s PARIS
7 Piet MONDRIAAN 16 418 560$ Composition avec grille 2 (1918) 2009-02-23 Christie’s Paris & Pierre Bergé PARIS
8 Amedeo MODIGLIANI 16 336 800$ Portrait de Paul Alexandre (1911/12) 2014-06-04 Sotheby’s PARIS
9 Joan MIRO 13 427 540$ Blue Star (1927) 2007-12-21 Aguttes (S.V.V.) NEUILLY-SUR-SEINE
10 Fernand LÉGER 13 083 540$ La tasse de thé 2009-02-23 Christie’s Paris & Pierre Bergé PARIS
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Picasso, Modigliani, Matisse, Brancusi, Mondriaan, Miro, Léger.. les grands noms de l’art moderne font le prestige d’un marché français où le marché haut de gamme est dominé par des maisons de ventes étrangères, en l’occurrence Christie’s et Sotheby’s, bien sûr.
Les meilleures enchères françaises tiennent aux chef-d’oeuvres réalisées dans les trente premières années du XXème siècle. Seule une toile plus tardive se glisse entre les 13 m$ de La Tasse de thé de Léger et les 47 m$ des Noces de Pierrette de Picasso : il s’agit du Portrait of Muriel Belcher, achevé par Francis Bacon en 1961.

 

20 ans entre les deux meilleures enchères

La meilleure enchère française, qui remonte à 1989 avec la vente d’un chef-d’oeuvre de la période bleue de Picasso, nous replonge à l’époque où l’Hôtel des ventes Drouot rayonnait absolument sur le marché français sans que son prestige ni son omnipotence ne soit remis en cause par l’ouverture du marché aux maisons de ventes étrangères. Christie’s et Sotheby’s n’avaient alors pas encore le droit d’organiser leur vacations en France. La vente des Noces de Pierrette à 47,2 m$ par Binoche-Godeau nous replonge encore à cette époque frénétique d’un marché de l’art moderne parvenu au firmament des prix grâce à de gros investisseurs asiatiques. C’est d’ailleurs l’un d’entre eux, Tomonori Tsurumaki, qui emportait alors le joyau bleu de Picasso, devenant l’une des vingt peintures les plus chères du monde.
Le marché s’effondre ensuite aux débuts des années 90, Drouot ne perd pas son aura mais ne tient pas la mesure face à la libéralisation du marché en France (loi du 10 juillet 2000) et aux bouleversements du marché des années 2000. il faut attendre 20 ans pour qu’une œuvre atteigne un niveau de prix comparable au sommet de Picasso.
Christie’s choisit en effet Paris pour vendre une Tête sculptée de Modigliani, une rareté de 64 centimètres, sculptée vers 1910-1912. Modigliani achevait jusqu’alors ses records pour des peintures, tant les sculptures sont rares (il en a réalisé 27). L’élégance de la Tête fut draina les plus grands collectionneurs du monde pour un résultat équivalent à 46,65 m$, un record toutes catégories confondues pour une œuvre de Modigliani dans une vente aux enchères. Une autre Tête, plus grande de 10 centimètres, vient de détrôner ce record le 4 novembre 2014 à New York (adjugée 63 m$ chez Sotheby’s).

 

Retour sur la collection Pierre Bergé & Yves Saint Laurent

La « vente du siècle » – comme elle fut alors qualifiée, demeure en France celle de la collection Pierre Bergé et Yves Saint Laurent. Organisée par Christie’s du 23 au 25 février 2009 dans l’écrin parisien du Grand Palais de Paris, elle s’est emparée en deux jours la moitié du Top 10 de l’histoire des enchères en France. Le contexte économique n’était pourtant pas propice aux records, cette vente arrivant au moment où Wall Street enregistrait son niveau le plus bas depuis 12 ans (S&P 500 à 743,33 points). Néanmoins, cette collection exigeante d’une qualité extraordinaire, la provenance prestigieuse et la mise en scène de l’évènement ont permis à Christie’s de générer 480 m$ frais inclus, dont 265 m$ pour les seules oeuvres d’art soit près de 67 % du chiffre d’affaires parisien de 2008.

Des records mondiaux furent alors signés pour Matisse, Brancusi, Mondrian, De Chirico, Duchamp, Klee, Ensor et Géricault.

Plus de la moitié du chiffre d’affaires annuel de Fernand Léger fut dégagé le 23 février 2009, à Paris, en six coups de marteaux. Ce chantre de la modernité, qui se définissait comme « le plus cubiste d’entre tous » emportait 13 m$ pour son nu monumental assis de La tasse de thé (1921), une toile dans la lignée des imposants nus classiques peints par Pablo Picasso à la même époque. Henri Matisse signait la meilleure enchère mondiale de 2009 avec les 41 m$ frappés pour Les Coucous, tapis bleu et rose (1911). Piet Mondriaan était représenté avec un chef-d’oeuvre néo-plastique rarissime sur le marché, une Composition avec bleu, rouge, jaune et noir (1922) partie au double des estimations pour un sommet équivalent à 16,4 m$.

Picasso aurait pu entrer à nouveau dans ce top enchères grâce à la vente Pierre Bergé. Malheureusement, sa toile cubiste Instruments de musique sur un guéridon (1914/1915) n’a pas trouvé preneur dans sa fourchette d’estimation de 25 et 30 millions d’euros (environ 32-38 m$). L’oeuvre n’est pas reparu sur le marché des enchères depuis cet échec de vente.

Le choix du marché parisien pour de tels chefs-d’oeuvre peut s’avérer particulièrement stratégique. En effet, la qualité d’un Francis Bacon tel que le Portrait of Muriel Belcher (1961) aurait été une pièce muséale parmi d’autres sur une vente de prestige de Londres ou de New York. A Paris, le fait est si inaccoutumé que l’oeuvre sort du lot, bénéficiant à la fois d’un grand support médiatique et du réseau mondial de la société de ventes choisie… qui reste en général Christie’s ou Sotheby’s.