Le Top 10 des enchères dubaïotes

[01/04/2016]

 

Le vendredi c’est top! Un vendredi sur deux, Artprice vous propose un classement thématique afin de découvrir les plus belles pièces adjugées en salles de ventes. A l’heure où Christie’s fête ses 10 ans d’enchères à Dubaï, Artprice fait le point sur les meilleurs résultats sur cette zone franche, aux projets extravagants portés par l’afflux de liquidités.

Le Top 10 des enchères dubaïotes
Rang Artiste Adjudication Oeuvre Vente
1 Parviz TANAVOLI 2 841 000$ The wall (oh, persepolis) (1975) 2008-04-30 Christie’s Dubaï
2 Fahr-el-Nissa ZEID 2 741 000$ Break of the Atom and Vegetable Life (1962) 2013-10-29 Christie’s Dubaï
3 Mahmoud SAID 2 546 500$ The Whirling Dervishes (1929) 2010-10-26 Christie’s Dubaï
4 Mahmoud SAID 2 434 500$ Les Chadoufs (1934) 2010-04-27 Christie’s Dubaï
5 Charles Hossein ZENDEROUDI 1 609 000$ Tchaar-bagh (1981) 2008-04-30 Christie’s Dubaï
6 Mohammad EHSAI 1 161 000$ He is the merciful (2007) 2008-04-30 Christie’s Dubaï
7 Robert INDIANA 1 161 000$ Love (1966-1999) 2008-04-30 Christie’s Dubaï
8 Farhad MOSHIRI 1 089 900$ Eshgh (Love) (2007) 2008-03-03 Bonhams Dubaï
9 Parviz TANAVOLI 1 023 800$ Construction of the Suez Canal (1965) 2014-03-19 Christie’s Dubaï
10 Abdel Hadi EL-GAZZAR 1 022 500$ Poet And Cage (2008) 2010-04-27 Christie’s Dubaï
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A bien observer ce classement, il est évident que le marché dubaïote repose sur l’activité de la société de ventes Christie’s, à qui l’on doit neuf des 10 meilleurs coups de marteau sur place. Un seul résultat témoigne de la tentative d’implantation de Bonhams en 2008. Si Bonhams commençait fort avec la vente, pour 1 m$, de l’oeuvre Eshgh (Love en persan) de l’Iranien Farhad Moshiri, le marché ne fut pas suffisamment dynamique pour elle sur la longueur. C’est Farhad Farjam, entrepreneur dans le commerce des produits pharmaceutiques, qui acheta Eshgh, à une époque où les œuvres de Farhad Moshiri se vendaient entre 5 000 $ et 15 000 $ en galerie. Il monta scrupuleusement bien au-delà de l’estimation déjà importante fournie (200 000 $), car le marché avait besoin de forts signes de confiance. Un achat élevé en appelant généralement d’autres, la flambée des premiers artistes renforça la confiance et draina de nouveaux investisseurs. Mais l’énergie est rapidement retombée avec la grave crise financière de 2009 (à l’automne 2009, le gouvernement de Dubaï annonçait son incapacité à rembourser sa dette dans les délais prévus). Cette crise frappant de plein fouet un marché local en plein boom, la moitié des résultats de notre classement est antérieur à 2009, avec cinq records dubaïotes datés de 2008, dont celui du sculpteur iranien Parviz Tanavoli, absent du monde des enchères avant 2007, et récompensé à hauteur de 2,8 m$ en avril 2008 pour The Wall (Oh Persepolis), une stèle de bronze de près de deux mètres de haut, préalablement estimée 400 000 $ à 600 000 $.

Christie’s a mieux résisté que Bonhams à la crise, car son implantation est plus ancienne. La société ouvrait en effet son bureau à Dubaï en 2005. Ce bureau n’était pas, a priori, destiné à organiser des ventes aux enchères. Mais la société s’est décidée à organiser une première vacation d’art contemporain sur place en 2006, réunissant l’art arabe et l’art iranien, afin de satisfaire la demande des collectionneurs iraniens achetant des œuvres iraniennes, et celle des collectionneurs arabes achetant des œuvres arabes. A l’époque, l’arrivée de Christie’s fut rassurante pour les grands entrepreneurs qui s’éveillaient à l’art contemporain ; cette implantation les a incités à professionnaliser leur activité de collectionneurs. Ces quelques soutiens eurent une importance capitale dans le rayonnement médiatique de Dubaï à l’étranger en tant que nouvelle place de marché. Depuis les premières ventes tests des années 2006-2008, la place de marché de Dubaï a considérablement développé son attractivité auprès de clients locaux et internationaux, si bien qu’aujourd’hui, les clients de Christie’s Dubaï viennent de 25 pays différents. Cette internationalisation n’est pas du seul fait de Christie’s, elle doit aussi à l’ancrage d’Art Dubaï – qui fêtait ses 10 ans en mars 2016 – dans le calendrier des grandes foires.

Les meilleurs coups de marteau récents sont les nouveaux records de Fahr-el-Nissa Zeid (1901-1991), artiste et princesse turque, et du peintre Egyptien Abdel Hadi El-Gazzar (1925-1966). Tous deux ont récemment passé le seuil du million pour la première fois : Fahr-el-Nissa Zeid en octobre 2013, pour une immense toile de 1962 (210 cm x 540 cm) et Abdel Hadi El-Gazzar en mars 2014 avec une œuvre – Construction of the Suez Canal – préalablement estimée 100 000 $. Relayés sur le marché londonien, les artistes phares du marché dubaïote continuent de faire de beaux résultats…

Dubaï cherche constamment à séduire les investisseurs culturels, comme en témoigne le développement du quartier artistique d’Al Quoz. Avant de devenir un « nouveau district pour l’art visuel » en 2007, Al Quoz n’était que la zone industrielle de Dubaï. Ses hangars se transforment petit à petit en galeries d’art courues par les amateurs fortunés les soirs de vernissage. De plus en plus exigeant et dynamique, ce nouveau pôle se renforce avec de vrais projets architecturaux, des expositions d’artistes et de designers confirmés. Il commence aussi à attirer de grands marchands étrangers, dont le galeriste Stéphane Custot, directeur en vue de la galerie Waddington Custot de Londres. Monsieur Custot a inauguré une nouvelle galerie sur Al-Serkal mi-janvier, un espace de 700 m² avec neuf mètres de hauteur sous plafond. Attiré par le dynamisme du quartier, le multiculturalisme de Dubaï, les grands projets institutionnels qui s’y dessinent, sans oublier la générosité des espaces d’expositions dans le quartier, Stéphane Custot représente désormais à Dubaï des artistes occidentaux aussi importants que Calder, Miró, Picasso, Soulages ou Indiana.