Le Pop Art a sa Pop Star

[19/08/2002]

 

A peine un demi-siècle après leur création, les figures réfléchies par Andy WARHOL, Roy LICHTENSTEIN, Jasper JOHNS et Robert RAUSCHENBERG sont déjà considérées comme des pièces majeures de collection. Leurs prix ont encore progressé de près de 8% entre janvier et juin 2002. Œuvres classiques de la seconde moitié du XXème siècle, elles peuvent atteindre plusieurs millions de dollars aux enchères. Pourtant, lors de leur création, celles-ci s’adressaient à un large public.

Mouvement très médiatique, les images véhiculées par les acteurs du pop art rendent emblématique leur production. Les uns récupèrent symboles et icônes de l’Amérique de leur temps. D’autres matérialisent l’œuvre d’art à partir de produits de consommation courante pour offrir des messages accessibles au plus grand nombre. Les images cultes circulent en masse grâce aux procédés sérigraphiques. Les prix des œuvres  » populaires  » ne sont pas toujours aussi démocratiques que les symboles auxquels elles renvoient le laissent présager. Même si ce mouvement brouilla la distinction entre l’œuvre d’art et les techniques artistiques à caractère commercial, les prix atteints peuvent décourager la plupart des amateurs.  Malgré les records atteints par certains artistes, le pop art se vend bien (moins de 13% d’invendus en 2001) et l’ascension des prix est ininterrompue depuis 1997. Mouvement américain, ses acheteurs le sont aussi. Ce qui est produit par les Etats-Unis trouve des voies à l’exportation. L’art ne déroge pas à la règle. Seul manque le pouvoir d’achat des collectionneurs européens pour faire face à la compétition américaine lors des enchères importantes.

Comme le prouve les prix atteints par les oeuvres d’Andy WARHOL, Pop Art rime avec dollar. Erigé au rang de star du pop art, le New Yorkais Andy WARHOL a atteint le firmament en 1998 lors d’une vente organisée par Sotheby’s New York: une  » Orange Marilyn  » adjugée plus de 17,3 millions de dollars solidifia la cote de l’artiste et catalysa à la hausse celles de ses confrères. Cette toile avait été fraîchement acquise sur le marché primaire chez Leo Castelli pour seulement 2 500 USD. 1998 marqua l’entrée d’Andy WARHOL dans la cour des plus grands. Sa cote progressa de 80% dans l’année, insufflant l’euphorie pour tous les artistes du pop art : + 43% de hausse des prix sur la même période pour tous les artistes. Le phénomène de hausse fut largement intensifié par l’élévation de l’offre et de la demande. Catapulté sur le devant de la scène spéculative, l’art qui se sert de la consommation devient objet de consommation. L’intensification des échanges sur ce marché est visible tant par la hausse du nombre de lots proposés que par la chute des invendus. Tous ces facteurs reflètent alors l’engouement des acheteurs américains pour leurs artistes nationaux. Les collectionneurs ont en moyenne triplé leur mise entre 1997 et 2002.

En exploitant les procédés de reproduction par multiple, la production d’Andy WARHOL prolifère sur le marché secondaire. L’artiste se dresse ainsi à la 4ème place dans le classement des artistes par nombre de transactions ; derrière Pablo PICASSO, Marc CHAGALL et Joan MIRO. Faut-il rappeler dans ce cas précis que la Factory de Warhol pouvait générer près de 2 000 oeuvres en un semestre. Autant dire que contrairement à l’adage, la rareté n’est pas toujours le facteur déterminant dans le prix d’une œuvre d’art. C’est l’adjonction d’une offre et d’une demande élevées qui stimule bien souvent la cote d’un artiste. Une production importante est bien souvent gage de notoriété pour l’artiste. Néanmoins, cette  » surproduction  » fut longtemps défavorable au marché d’Andy WARHOL. Il aura fallu attendre 1987, l’année de sa mort et le début de la bulle spéculative de l’époque, pour voir l’amorce des premiers bons résultats.

Aujourd’hui l’offre se raréfie et beaucoup d’œuvres de qualité sont dorénavant accrochées dans les musées américains. Pour s’offrir une collection pop art sans souffrir, autant dire que les voies se rétrécissent. Néanmoins, on trouve aisément aux enchères des estampes, lithographies et autres multiples de qualité à des prix abordables. Celles des artistes encore en activité, comme James ROSENQUIST et Tom WESSELMANN sont d’autant plus accessibles qu’ils n’ont pas encore fait l’objet de spéculation.