Le marché latino-américain

[30/11/2009]

 

En 2009, Sotheby’s fêtait ses 30 ans de vacations d’art latino-américain. La première cession dédiée au genre par l’auctioneer se tint en effet à New-York le 17 octobre 1979. Les dernières cessions des 18 et 19 novembre 2009 ont permis à Sotheby’s de totaliser 13,8M$ (68% de lots vendus), contre 7,5M$ enregistrés lors des précédentes vacations de mai (27 et 28 Mai 2009). Nous sommes cependant très loin des résultats de l’an dernier… Rappelons que les ventes Latin American Art de Sotheby’s généraient 22,9M$ en mai 2008 (29 et 30 mai) puis 16,8M$ en novembre.

Le duopole Sotheby’s et Christie’s a vu fondre le produit annuel des ventes d’art latino-américain de 40% passant d’un score de 71,5M$ sur l’année 2008 à 42,68M$ en 2009.
La cuvée 2008 était, rappelons-le, exceptionnelle. Jamais Christie’s et Sotheby’s n’avaient enregistré de telles performances dans ce secteur jusqu’à mai 2008. Christie’s signait par ailleurs un record historique avec la toile Trovador de Rufino TAMAYO frappée 6,4M$ (Christie’s, NY, 28 mai 2008), venant déclasser Frida KAHLO, habituée à la première place des plus belles enchères latino-américaines depuis l’adjudication de Roots à 5M$ (Racines, 24 mai 2006, Sotheby’s, NY).

A l’issue de la vacation de novembre 2009, Sotheby’s avait tout de même quelques raisons d’afficher son contentement. Le produit des ventes dépassait ses attentes et quelques belles enchères étaient au rendez-vous, notamment pour Endless Nudes du surréaliste Roberto MATTA, adjugé 2,15M$ à un collectionneur privé américain. Endless Nudes tient ainsi la seconde marche du podium des enchères de l’artiste. En mai 2003, cette toile était acquise en salle pour 650 000$ de moins chez Christie’s (28 mai 2003, NY). Sergio DE CAMARGO et Cristobal ROJAS font également partie des 10 records enregistrés en novembre par Sotheby’s. Sergio Camargo affiche désormais une enchère millionnaire grâce à sa sculpture Relief, partie pour 1,35M$ contre une estimation de 350 000 – 450 000$. Cristobal Rojas affrontait pour la première fois une salle des ventes new-yorkaise et décrochait à la surprise générale 975 000$ contre une estimation de 300 000 – 400 000$. Deux enchérisseurs discrets se sont battus pour obtenir l’une des rares toiles de cette qualité qui ne soit pas encore confinée dans un musée vénézuelien.

Christie’s n’enregistra pas d’enchère millionnaire pour sa cession du 17 novembre 2009 et ses meilleurs résultats appartiennent aux habituelles têtes d’affiche : Fernando BOTERO, l’artiste latino américain vivant le plus cher, décrochait 945 000$ avec le bronze monumental Mujer fumando et 510 000$ pour l’aquarelle Mother and Child. Suivent les chiliens Roberto Matta (Qui insuffle le printemps, 410 000 $) et Claudio BRAVO (White, Blue and Yellow Papers, 600 000 $), le mexicain Rufino TAMAYO (Mujeres, 580 000$) et le cubain Wifredo LAM (Sans titre, 550 000$).

Si le résultat de 1,8M$ de la vacation Latin America de Phillips de Pury & Company paraît mince en regard des deux mastodontes, elle mérite citation pour sa densité (248 lots) et son originalité. Pour la première fois, Phillips de Pury & Company proposait une cession dédiée aux créateurs latino-américains au sens large, mixant artistes plasticiens, photographes et designers. La plus belle enchère du 3 octobre 2009 fut emportée par la toile Naturaleza Muerta (Autorretrato) de José Clemente OROZCO. Avec une enchère de 240 000$, cette œuvre perd cependant 70 000$ par rapport à sa précédente acquisition en salle des ventes (Sotheby’s, New York, 24 mai 2005). L’une des belles surprises de cette cession revient à Adriana VAREJAO dont le « Monocromo Branco # »/ »#4 » triplait son estimation pour un résultat final de 90 000$. Ce type de vacation permet de défricher la nouvelle génération d’artistes issus d’Amérique latine dans une gamme de prix de 500 à 100 000$ en moyenne.