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Le Douanier Rousseau : l’innocence archaïque, au musée d’Orsay

[08/03/2016]

 

Le musée d’Orsay s’associe à nouveau à la Fondazione Musei Civici di Venezia pour présenter une exposition d’envergure, trois ans après celle de Manet. Il consacre cette fois le Douanier Rousseau, avec une exposition présentée une première fois au Palazzo Ducale de Venise en 2015, destinée aux salles du musée d’Orsay du 22 mars au 17 juillet 2016.

Les chefs-d’œuvre d’Henri Rousseau (LE DOUANIER ROUSSEAU) issus des collections des musées d’Orsay et de l’Orangerie (dont La Charmeuse de Serpents et La Noce) sont confrontés aux toiles prêtées par de prestigieuses institutions internationales. Ce n’est pas tout, l’exposition, conduite autour d’une réflexion sur la notion d’archaïsme, est étayée par des oeuvres de Seurat, Delaunay, Kandinsky, Picasso et d’artistes méconnus, afin de retracer la richesse des liens déployée par ce « père de la modernité ».

Naissance d’un Naïf moderne

Le Douanier Rousseau, ou plutôt Henri Julien Félix Rousseau est né en 1844 à Laval, dans la Loire. Rien ne le prédestine à une carrière d’artiste. Il étudie le droit et s’installe à Paris en 1868, où il travaille chez un huissier avant de devenir percepteur de la taxe d’octroi sur les marchandises, ce qui lui vaudra plus tard son surnom de « Douanier », attribué par son ami Alfred Jarry. Il commence à peindre sous sa casquette de percepteur, c’est à dire tardivement. De plus, il apprend seul, en commençant comme copiste, notamment au Louvre à partir de 1884. Il quitte son emploi pour aller travailler son art à temps plein à l’âge de 49 ans. Autodidacte de génie, Le Douanier Rousseau improvise les règles de perspectives dans un style « naïf » immédiatement reconnaissable qui lui vaut le rejet de la critique mais l’admiration des artistes d’avant-garde. Naïf, enfantin, maladroit, primitif pour les uns, il apparaît comme libre, audacieux et moderne à ses admirateurs, des admirateurs qui ne sont autres que Guillaume Apollinaire, Félix Valloton, Alfred Jarry, André Breton, Robert Delaunay, Pablo Picasso, Matisse ou Derain.
Coloriste de talents à l’imagination féconde, il offre une surenchère fantasque sur le réel, un exotisme imaginaire inventé, car l’homme n’a jamais quitté la France mais a fréquenté assidûment le muséum d’Histoire naturelle et le Jardin des Plantes à Paris. Ses fauves et ses jungles sont de pures inventions. Si Le Douanier Rousseau s’auto-proclamait peintre « réaliste », il confiait aussi : « Quand je suis dans les serres et vois les étranges plantes des pays exotiques, alors je pense que j’entre dans un rêve ». L’artiste Réaliste « naïf » annonce en fait le Surréalisme…

La pauvreté et la reconnaissance

Après une première apparition sur la scène artistique au Salon des refusés de 1885, l’artiste participe régulièrement au Salon des indépendants, où il est remarqué par Camille Pissaro et par Odilon Redon. Mais ses œuvres ne se vendent pas ou trop peu. Lorsqu’il décède en 1910, Rousseau est si pauvre qu’on l’inhume dans une fosse commune. Seules sept personnes assistent à son enterrement, dont Paul Signac, président de la Société des Indépendants. Il meurt trop tôt pour connaître le succès, disparaissant au moment où les commandes commencent à arriver de la part de collectionneurs et de marchands d’art… Peu après sa mort, en 1911, une exposition rétrospective lui est consacrée au Salon des Indépendants.
Aujourd’hui, sa célébrité est mondiale. L’une de ses plus belles toiles, Le Rêve (1910), fait d’ailleurs partie des collections permanentes du MoMA (don de Nelson Rockefeller) et son cœur de marché est plus fort à New York qu’à Paris. Près de la moitié de son volume d’affaires est réalisé aux Etats-Unis (46%), contre 28% en France, 11% en Italie, 8% en Allemagne et près de 3% en Suisse. Sa cote s’est envolée dans les années 1990, époque d’un record absolu aux enchères à hauteur de 4 m$. L’oeuvre la plus chère du Douanier est un portrait du marchand d’art et collectionneur Joseph Brummer (1909, 116 x 88,5 cm, Christie’s Londres, le 29 novembre 1993), conservé à la National Gallery de Londres. Si le marché n’est plus alimenté par des œuvres de telle importance, il n’est pas totalement morne pour autant. Quelques toiles et dessins affrontent chaque année les enchères. Les petites huiles d’une vingtaine de centimètres valent aujourd’hui entre 30 000 et 60 000 $ en moyenne (elles peuvent s’envoler bien au-delà selon leur qualité) et les œuvres de belles dimensions valent au moins 10 fois plus. Le 8 décembre 2015, la société de ventes française Tajan vendait cinq toiles dans une fourchette de prix comprise entre 40 000 et 450 000 $. Le tableau le plus disputé de cette vente représente un Lion dévorant un boa, un tableau digne d’un musée mesurant 65,5 x 81 cm. Nul doute que l’exposition rétrospective de Venise et d’Orsay eut un effet levier important sur la vente de cette œuvre, acquise pour 200 000 $ de moins en 2008 chez Koller en Suisse.
Neuf toiles et dessins du Douanier furent soumis à enchères au cours de l’année 2015 contre cinq en moyenne sur les cinq années précédentes. Le marché est ainsi très tenu, avec une force de proposition plus dense en Europe qu’aux Etats-Unis. New York ne se réservant que les rares pièces exceptionnelles. De nouvelles occasions d’acquisitions se dessinent en 2016, car deux petites huiles sont attendues chez Tajan à Paris le 8 mars 2016 : un Paysage à l’avion (38 x 55 cm) estimé 60 000 -100 000 € et un Cheval attaqué par deux tigres (54,3 x 65,3 cm) attendu entre 150 000-200 000 €.

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