Le dessin paysagiste français du 19e siècle

[27/11/2004]

 

L’Ecole de Barbizon, quelque peu oubliée depuis une dizaine d’années, pourrait bien regagner peu à peu le devant de la scène

La dépréciation connue en 2003 fait du dessin le médium le moins rentable du marché.
Contrairement à la majorité des segments du dessin, sur 10 ans, les feuilles paysagistes du 19ème n’ont jamais fait l’objet de spéculation. A titre d’exemple, entre 1993 et 2003, le prix des dessins des paysagistes n’ont augmenté que de 12%, alors que ceux des impressionnistes ont doublé. Aujourd’hui, dans une perspective de spéculation, les dessins paysagistes de l’Ecole de Barbizon sont prometteurs car leurs prix n’ont jamais vraiment encore décollé. Pour espérer des gains à la revente, l’amateur est tenté de s’intéresser d’abord aux segments délaissés depuis de nombreuses années et dont les marges de progressions restent importantes.

L’appellation « Ecole de Barbizon » désigne une certaine conception du paysage, exécuté d’après nature. Les artistes n’élaborent pas une théorie particulière mais partagent des intérêts communs : fuite devant la nouvelle civilisation qui les effraie, devant la mécanisation et l’essor des grandes villes qui deviennent inhumaines. Alors que la révolution gronde à paris, les peintres viennent se réfugier à Barbizon où l’école prend véritablement son envol dans les années 1840. Ces artistes ont découvert qu’en juxtaposant leurs touches de couleurs pures en petites hachures, ils augmentaient l’intensité lumineuse de leur palette. Les paysagistes de l’école de Barbizon exécutent des esquisses directement d’après nature et les transcrivent sur des toiles de petit format à l’atelier. Comme le prouve les excellents résultats de la vente de la collection de paysagistes de Pierre Miquel (29 mars au 2 vrail 2004, chez Rossini), la cote des peintures paysagistes est au plus haut. Mais, à mesure que le segment des peintures s’épuise et que leur prix s’élève, les dessins préparatoires, longtemps ignorés, devraient trouver de plus en plus d’échos aux enchères.

La feuille la plus chère de ces 10 dernières années revient à Jean-François Millet (1814-1875) dont le pastel « Animals grazing at the edge of a pine forest, Vosges » a trouvé preneur à 480 000$ à New York. Juste après celles de Millet, les feuilles les plus cotés sont celles de Camille COROT, Antoine-Louis Barye et Théodore Rousseau. Par exemple, un paysage au fusain de COROT, « Arbres dans les Rochers avec Personnages Italiens » a été enlevé 1,35 millions de francs (205 806€) chez Piasa en 2000. Mais leurs records commence à dater. Celui de Rousseau a été atteint en 1994, celui de Millet en 1991. Globalement l’indice des prix des feuilles de l’Ecole de Barbizon est en juillet 2004 inférieur de 13% au niveau atteint en 1990. Les marges sont donc encore larges et la tendance est à la hausse depuis le début de l’année.
Pour ces artistes, si la demande est internationale, la France reste la première place de ce marché avec 60% des transactions. Hormis à Drouot, de très nombreuses pièces sont régulièrement mises en ventes à Fontainebleau et à Barbizon. On y trouve davantage de feuilles et d’artistes plus modestes tels que Rosa Bonheur, Jules Dupré, Constant Troyon, Felix Ziem, Charles François Daubigny. Les ventes françaises regorgent de croquis paysagistes réalisés par des artistes de moindre renom, de sorte qu’en 2003 encore 85% des feuilles de l’Ecole de Barbizon ont été adjugées moins de 5 000 euros. Nombreuses sont celles adjugées moins de 1 000€. Dans cette gamme, l’amateur trouve un large choix de dessins d’Auguste Allonge, Edouard François Bertin, Charles Emile Jacque ou Alexandre Gabriel Decamps.

Mais au delà de la signature et du genre, l’état de conservation de la feuille ne doit pas être négligé, surtout quand celle-ci est déjà plus que centenaire. Pour trouver preneur un croquis se doit d’être irréprochable. 36% des feuilles sont désormais ravalées contre 29% en 1999. Taches et pliures sont peut appréciées par les collectionneurs plus exigeants que jamais. Au delà d’un certain niveau de prix, ces défauts deviennent même rédhibitoires. Au delà de la forme, les sujets les plus appréciés sont liés à la forêt et font souvent références aux lieux mythiques tels que la Mare aux Fées. Compte tenu des prix déjà élevés atteints par ce segment dès le début du 20e siècle, les amateurs doivent redoubler de méfiance pour les œuvres attribuées aux stars du mouvement car des faux circulent.

Une très belle vente thématique aura lieu le 5 décembre chez Osenat (Fontainbleau)