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Le cas Wang Keping

[27/01/2015]

 

Depuis quelques années, les collectionneurs chinois s’intéressent de très près à leurs compatriotes partis faire carrière à Paris au XXème siècle, et dont les œuvres offrent des visions hybrides de la grande tradition asiatique et de la modernité occidentale. Les artistes chinois ayant vécu hors de Chine sont emblématiques d’une vision trans-culturelle de la création et bénéficient ainsi d’une demande solide tant à l’Est qu’à l’Ouest du planisphère. La scène artistique française est marquée par des artistes chinois de premier plan, collectionnés tant en Europe qu’en Chine : citons les abstractions de ZAO Wou-Ki et de CHU Teh-Chun, désormais multi-millionnaires. Plus doucement, sans faire de bruit, Wang Keping dessine son chemin. WANG Keping est un fondateur du fameux groupe ‘Les étoiles’, nom choisi pour ce premier groupe d’artistes chinois non-officiels parce que « nous étions alors les seules lueurs qui brillaient dans une nuit sans fin. De plus, les étoiles qui semblent si petites vues de loin peuvent se révéler de gigantesques planètes ».

Le chemin de Wang Keping
Wang Keping n’est pas peintre ni dessinateur mais sculpteur. Né en 1949 à Pékin, il travaille à Paris depuis plus de 20 ans et reste confidentiel en regard de sa position dans l’histoire de l’art du XXème siècle. En opposition aux canons du réalisme socialiste, il fonde le groupe “Les Étoiles” (Xing-Xing) en 1979 avec HUANG Rui, MA Desheng, Zhong Acheng, BO Yun, LI Shuang et QU Lei Lei. Il se lie aussi à l’époque à un jeune provocateur alors inconnu : AI Weiwei. En 1979 toujours, la Galerie Nationale d’Art de Pékin refuse leurs oeuvres dans une exposition. Les Etoiles n’en restent pas là et organisent leur propre exposition devant le musée. Ce coup d’audace fait le tour du monde, jusqu’à la une du New York Times. Un an plus tard, les Etoiles précédement refusés sont officiellement invitées à exposer au cœur de la même Galerie Nationale de Pékin.

Les membres du groupe commencent à s’éparpiller peu après cette exposition. Wang Keping est expulsé et choisit la France pour nouveau point d’ancrage. Après des œuvres explicitement politiques – les Idoles ou Silence – qui eurent un grand retentissement et furent exposées au Centre Georges Pompidou en 1989, son oeuvre s’attendrie au fil des années, prenant souvent pour sujet des femmes et des couples. L’artiste fait parler la matière vivante du bois, respectant la forme initiale de son matériaux et suivant ses courbes naturelles pour faire émerger des formes d’une grande sensualité. Ses sculptures, qui rappellent les totems modernes de Gauguin ou Matisse, sont ensuite patinées au feu : « Le bois est superficiellement brûlé, remarque Sylvain Lecombre, pour obtenir une teinte qui semble totalement pénétrer la masse du corps représenté. »

Wang Keping est aujourd’hui représenté à Paris et New York (galerie Zürcher) mais aussi à Hong Kong (10 Chancery Lane Gallery). Quant à l’histoire de la construction de sa cote en salles de ventes, celle-ci remonte à l’année 1998. A l’époque, Christie’s Londres propose une première sculpture. Ce baptême des enchères se scande par un échec de vente malgré une estimation attractive de 5 000 euros. La demande n’est pas au rendez-vous et aucune maison de ventes n’offre d’autres oeuvres durant les six années qui suivent… Il faut attendre 2004 pour que Christie’s fasse à nouveau le pas, mais cette fois à Hong Kong. Le couple sculpté alors proposé se vend l’équivalent de 5 400 euros. Une bonne affaire. Deux ans plus tard, le marché s’assoit définitivement avec un résultat hors norme pour l’époque : une sculpture de femme vendue près de 50 000 euros, au double des prévisions, cette fois-ci à New York. Un mois après cette vente : nouveau coup de marteau notable à Hong Kong, pour 63 000 euros (Companion, Sotheby’s, le 8 avril 2004). De fait, les affaires s’enclenchent aussi sur le marché français, qui opère son rattrapage de cote.

Aujourd’hui, les œuvres de Wang Keping échappent aux élans spéculatifs. La cote se consolide et grimpe sereinement depuis huit ans. L’artiste reste assez confidentiel en Occident, ce qu’il déplore, considérant que les critiques d’art, les journalistes et les musées négligent souvent son œuvre, parce qu’elle est en-dehors des courants à la mode. La Chine lui rend quant à elle des hommages de plus en plus stimulants, dont une exposition solo en 2013 au prestigieux Ullens Center for Contemporary Art. Wang Keping est patient et attend son heure de gloire en France.

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