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Le bicentenaire de Gustave Courbet va-t-il réveiller son marché ?

[10/06/2019]

L’exposition « Yan Pei-Ming face à Courbet » s’ouvre ce lundi 10 juin 2019 à Ornans, petite ville de Franche-Comté dans laquelle naquit – il y a tout juste 200 ans – l’auteur de l’Origine du Monde. Le Musée Courbet, ouvert en 2013, fête le bicentenaire de cet artiste majeur (au regard de l’Histoire de l’Art plus que sur le Marché aujourd’hui), en le confrontant au peintre chinois Yan Pei-Ming, installé depuis 1980 à Dijon.

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thierry Erhmann, Oeuvre collective : La Demeure du Chaos / The Abode of Chaos
Yan Pei-Ming (à gauche) et Gustave Courbet (à droite)

Quelques-uns de ses autoportraits (Le désespéré, L’homme blessé) et de ses scènes de genre (Un enterrement à Ornans, Bonjour Monsieur Courbet) font partie des plus célèbres tableaux de toute l’histoire de la peinture. Mais l’œuvre de Gustave COURBET c’est aussi – et surtout – d’innombrables paysages et scènes de chasse. Tout au long de son existence, il n’aura eu de cesse de peindre selon son désir et selon son plaisir, sans jamais renier ses origines, ni son attrait pour les sous-bois, les falaises escarpées et les horizons marins. C’est ce corpus qui s’échange aujourd’hui essentiellement en salles de ventes.

thierry Ehrmann, PDG et Fondateur d’Artprice, explique : « tantôt sombre, tantôt radieuse, la peinture de Courbet a quelque chose d’éternellement contemporain. En 2014, la Fondation Beyeler l’expose en même temps que la superstar du Marché de l’Art, Peter Doig, qui en profite pour rappeler l’influence de Courbet sur sa propre peinture. On sait également que Jeff Koons compte parmi ses plus grands admirateurs, et ceux qui collectionnent ses tableaux ».

Les oeuvres de Gustave Courbet se sont depuis bien longtemps affranchies des frontières françaises. Ses treize plus belles adjudications ont même toutes été frappées en Angleterre et aux Etats-Unis. Son record personnel en salle de ventes a été enregistré en 2015 pour Femme nue couchée (1862), adjugée 15,3 m$ par Christie’s à New York. Un montant exceptionnel pour une toile exceptionnelle. Confisquée en 1943 par le régime nazi, elle est restituée 62 ans plus tard aux héritiers du Baron Ferenc Hatvany. Elle est alors intégrée à la grande rétrospective Gustave Courbet, présentée au Grand Palais de Paris, puis au MET de New York, en 2007 et 2008.

Ce résultat reste néanmoins tout à fait exceptionnel, car les grandes toiles de Courbet sont extrêmement rares en salles de ventes : moins de 2 % des lots vendus atteignent le million de dollars. Ce sont en vérité les adjudications entre 10 000 $ et 200 000 $ qui constituent le coeur de son marché. Il s’agit pour l’essentiel de petites huiles sur toile, des paysages de moins d’un mètre carré. Car l’œuvre de Courbet est presque toujours peinte : 20 dessins et 9 gravures seulement ont été vendus aux enchères depuis 2000, contre 352 peintures.

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Lac Léman (1877) – Huile sur toile, 33 x 40 cm
182 500$ (le 4 juin 2018, Germann Auktionshaus, Zurich)

Gustave Courbet, comme la plupart des artistes du XIXème siècle, échappe aujourd’hui aux emportements du Marché de l’Art. Mais ce ne fut pas toujours le cas. Sa cote s’est stabilisée sur les 30 dernières années après avoir connu une croissance extrêmement rapide, comme le montrent les prix d’adjudication successifs enregistrés pour le tableau Lisière de foret (1865), déjà vendu sept fois aux enchères depuis sa création :

• 20 avr. 1874 – 2 400 FRF – Paris
• 18 juin 1917 – 4 500 Dfl – F. Mueller, Amsterdam
• 3 avr. 1974 – 9 500 £ – Sotheby’s Londres
• 28 nov. 1988 – 110 000 £ – Christie’s Londres
• 31 oct. 2000 – 82 750 $ – Sotheby’s New York
• 24 oct. 2006 – 162 000 $ – Sotheby’s New York
• 8 nov. 2013 – 118 750 $ – Sotheby’s New York

Evolution du prix de Lisière de forêt (1865)  de Gustave Courbet

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L’historique de vente de cette œuvre illustre trois caractéristiques majeures du marché de Gustave Courbet :

1. Une évolution exponentielle des prix avant 1990, suivie par une période d’oscillations dégressives
2. Le déplacement géographique du marché en Europe d’abord, puis vers les Etats-Unis
3. L’accélération progressive des échanges : 43, 57, 12, 12, 6 et 7 années de détention successivement

La période de croissance la plus intense correspond à la bulle impressionniste des années 1980, que les économistes ont mise en relation avec le pouvoir d’achat grandissant des acheteurs japonais. Ceux-ci ont concentré leurs achats sur des oeuvres européennes de la seconde moitié du XIXème siècle et du début du XXème siècle. C’est à cette époque (le 29 octobre 1987) que le collectionneur japonais Michimasa Murauchi a justement acquis Le chêne de Flagey, appelé chêne de Vercingétorix (1864) pour 462 000 $, chez Sotheby’s à New York. Il y a cinq ans, le Musée Courbet d’Ornans a mis la main sur cette œuvre, mais le prix demandé (5,5 m$) était plus de 10 fois supérieur au prix d’acquisition en 1987.

Le Chêne de Flagey est une toile beaucoup plus importante que Lisière de forêt (1865). Pourtant la différence de prix à la fin des années 1980 (462 000 $ pour la première contre 198 000 $ pour la seconde) est bien inférieure à celle de 2013 (5,5 m$ contre 118 750 $). Il faut reconnaître la très belle opération réalisée par M. Murauchi en 1987, tandis que le prix de Lisière de forêt (192 000 $) l’année suivante était vraisemblablement gonflé par la bulle impressionniste. Au cours des 30 dernières années, le prix de cette toile a vacillé, pendant que celui du Chêne de Flagey, au contraire, a grimpé en flèche.

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Chêne de Flagey (1864) – Huile sur toile, 89 x 110 cm
462 000$ – 29 octobre 1987 – Sotheby’s New York

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