L’Asie du Sud-Est surfe sur l’Art Contemporain et le mouvement Hi-Lite

[06/07/2021]

Le Marché de l’Art hongkongais est sur le point de réaliser le meilleur premier semestre de son histoire. La ville concentre déjà cette année 15 % du produit de ventes mondial de Fine Art aux enchères. Son essor est d’autant plus remarquable qu’il repose en grande partie sur les performances de l’Art Contemporain, voire ultra-contemporain. Désormais, le modèle hongkongais s’exporte dans d’autres pays de la région, dont la Corée du Sud et le Japon.

Produit des ventes aux enchères annuel en Asie du Sud-Est (2000- S1 2021)

 

Hi-Lite : Liu Ye (1964) – Little mermaid, 2004 – left, Takashi Murakami (1962) – Dazzling Circus, 2013 – center, Mr. (1969) – Don’t go anywhere, 2006 – right

« C’est un marché décomplexé qui s’affirme dans toute cette partie du monde », analyse thierry Ehrmann, Président et Fondateur d’Artmarket.com et de son département Artprice.

 

L’art populaire en puissance

Dans le sillage de Hong Kong, capable d’attirer les chefs-d’oeuvre à la fois de la peinture traditionnelle chinoise et des superstars américaines, Séoul et Tokyo s’affirment à leur tour comme des hotspots du Marché de l’Art. Autour de leurs grands artistes nationaux, ces deux marchés contribuent à faire émerger toute une nouvelle génération de jeunes stars, conduite par Nicolas Party, Ayako Rokkaku ou encore Mr Doodle.

Ces artistes peuvent être rattachés à un mouvement qui avait été appelé par Christie’s « Hi-Lite », en référence un art plus « léger » et ouvert à la culture populaire. Ce mouvement, qui a fait irruption sur la scène internationale en 2019, a tout de suite été freiné par la crise sanitaire. Il trouve néanmoins un écho dans le marché en pleine expansion des NFT, et sans doute celui aussi des cartes Pokémon. L’un comme l’autre questionnent la valeur d’un art populaire, libre, jubilatoire… parfois même un peu enfantin.

 

Avec ou sans les grandes maisons de ventes

Hong Kong a réussi à attirer, puis à retenir, les plus prestigieuses maisons de ventes de la planète : les Chinoises Poly et China Guardian, mais également les Anglo-saxonnes Sotheby’s, Christie’s et Phillips. Malheureusement, il est peu probable que celles-ci aient besoin de salles de ventes supplémentaires en Asie du Sud-Est, du moins pas dans un futur proche.

Avec 18 œuvres ayant déjà dépassé les 10m$ en 2021, Hong Kong règne sur le Marché très haut-de-gamme dans toute l’Asie du Sud-Est (en dehors de la Chine continentale). L’expérience de Singapour comme celle de Manille, où les ventes s’étaient envolées entre 2007 et 2014 avant de retomber durement, rappellent cependant qu’il n’est pas aisé de bâtir un Marché de l’Art pérenne dans cette région. A Taïwan, les ventes aux enchères ont également chuté en 2020 et Taipei se laisse maintenant distancer par ses voisines.

Basquiat #1 à Hong Kong

Les trois premiers résultats du S1 2021 à Hong Kong ont été accaparés par la superstar Jean-Michel BASQUIAT. Les ventes du prodige américain, mort prématurément d’une overdose, explosent littéralement en ce début d’année en Asie. Trois toiles, une estampe et un dessin ont tous été adjugés pour 120m$ : Hong Kong concentre ainsi 36% du produit des ventes mondial aux enchères pour Basquiat en ce début d’année, soit cinq fois plus que Londres.

L’abstraction lyrique reste toutefois primordiale sur le marché hongkongais. La toile Harmonie hivernale (1986) de CHU Teh-Chun a surpassé les oeuvres de ZAO Wou-Ki au S1 2021, qui plafonnent à 21m$. Un étrange paysage, quasi abstrait, de ZHANG Daqian intitulé Temple at the moutain peak (1967), a lui récolté 27m$.

A Séoul, un bouquet haut en couleur de Marc CHAGALL, Les Jardins de Saint Paul (1973), a été acheté 4,4m$ chez K-Auction. A Tokyo, la toile post-cubiste Bouteille et compotier (1922) de Pablo Picasso a dominé les ventes, avec une enchères à 1,5m$, mais elle est suivie par Lollipop (1998) de Yoshitomo NARA, adjugée 750.000$. La star japonaise de l’art contemporain est l’une des figures emblématiques du mouvement Hi-Lite.