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L’ascension de George Condo

[03/04/2018]

Annoncé en couverture du catalogue de vente New Now de Phillips en février 2018, exposé en face à face avec Pablo Picasso chez Sotheby’s à Hong-Kong le mois dernier, l’artiste américain George Condo est plus que jamais porté par les grands acteurs du marché de l’art. Son influence sur la scène contemporaine est de plus en plus forte et ses prix s’envolent. Décodage d’une signature hors-normes.

L’artiste américain George CONDO se plait à disloquer jusqu’à l’absurde la peinture des maîtres anciens et des modernes. En revisitant le langage de l’histoire de l’art pour le transposer dans son langage contemporain, il opère un travail complexe avec notre propre imaginaire. Les traces de Goya, Velasquez, Manet ou Picasso traversent ses peintures et résonnent dans notre mémoire. Il nous semble reconnaître les personnages peints par Condo bien que ceux-ci ne soient que pure invention… Point de rencontre entre la pop culture, l’univers Cartoon et la grande peinture, les figures clownesques de George Condo démontent l’artifice de la représentation. Dans ce que l’artiste nomme un Réalisme artificiel, soit une « représentation réaliste de ce qui est artificiel », il offre une relecture décomplexée de l’histoire de l’art qui a déjà influencé de nombreux peintres de la génération de Glenn Brown et John Currin.

Repères

Condo a émergé sur la scène new-yorkaise au même moment que son ami Jean-Michel BASQUIAT (qui le persuade de s’installer à New York) et que Keith HARING. Nous sommes dans les années 80. L’artiste, qui vient de quitter le New Hampshire, fréquente la factory d’Andy Warhol et commence à exposer dans diverses galeries de l’East Village. En 1983, la galerie Ulrike Kantor à Los Angeles organise sa première exposition personnelle. Deux ans plus tard, l’actualité se densifie avec les soutiens d’importantes galeries : les œuvres de Condo sont exposées à Rotterdam, Cologne, Zurich (Galerie Bruno Bischofberger), Tokyo, New York (Galerie Barbara Gladstone) et Los Angeles (galerie Larry Gagosian). La même année, il part pour Paris où y vit 10 ans avant de retourner à New York. Au milieu de son chapitre parisien, la Galerie Daniel Templon lui ouvre ses portes (exposition Peintures récentes 1989-90, en 1990) et commence à faire connaître son travail dans l’hexagone. Au fil des ans, ses œuvres ont été exposées dans le monde entier et sont entrées dans les collections d’institutions aussi prestigieuses que celles du Museum of Modern Art, du Whitney Museum of American Art, du Metropolitan et du Solomon R. Guggenheim Museum à New York, de la Tate Modern à Londres, et de la National Gallery of Art à Washington.

A partir de 2009, année d’une exposition monographique au sein de la Fondation Dina Vierny-Musée Maillol à Paris (The Lost Civilization) et d’une autre à la Xavier Hufkens à Bruxelles, le marché des œuvres de Condo prend une autre dimension. Entre 2009 et 2011, le produit de vente de ses œuvres est multiplié par 5,6 (1,35m$ en 2009 puis 7,5m$ en 2011) et les prix explosent pour atteindre aujourd’hui des sommets millionnaires.

De l’exposition à l’explosion (et vice-versa)

La cote de George Condo n’a cessé de croître au cours des dernières années. L’ascension fulgurante de ses prix (+1 093 depuis 2000 selon l’indice des prix d’Artprice.com) a fait de lui l’un des artistes les plus choyés par les grandes maisons de ventes aux enchères, qui n’hésitent pas à lui rendre hommage à travers des expositions privées. Ainsi, l’année dernière, la société Phillips lui organisait une importante exposition réunissant plus de 200 dessins (George Condo : The Way I Think, 11 mars-25 juin 2017), exposition qui voyagea ensuite au Louisiana Museum of Modern Art au Danemark. L’enjeu est important pour Phillips, qui a vendu près de 200 œuvres de Condo ces quatre dernières années, dont trois œuvres millionnaires (Tumbling Heads, 1,05m$ le 15 mai 2008 ; Young Girl with Blue Dress, 1,5m$ le 26 novembre 2017 et Woman & Man, 1,8m$ le 8 mars 2018).

Christie’s et Sotheby’s ont emporté les mêmes succès grâce aux œuvres de Condo. Dans ce climat aussi prospère que concurrentiel, Sotheby’s plantait un résultat spectaculaire en novembre dernier à New York, un record absolu à plus de 4 millions de dollars, soit quatre fois l’estimation moyenne, pour la toile Compression IV (2011). La société de ventes vient de mettre l’artiste en lumière à Hong Kong, dans le cadre d’une exposition privée de ses portraits peints face à ceux de Pablo PICASSO (1881-1973).

L’exposition fut brève (16-31 mars 2018) mais elle a fait parler d’elle. Organisée en marge de la foire Art Basel Hong Kong, Sotheby’s a annoncé la « rencontre de deux génies » à travers une exposition-vente d’une quarantaine de portraits dont la valeur globale excèdait les 300 millions de dollars. L’exposition Face-Off: Picasso / Condo, s’est appuyée sur plusieurs prêts d’oeuvres (comme le ferait une exposition muséale), offrant la densité d’oeuvres nécessaire à l’examen des points de dialogues entre les deux peintres, à travers l’exercice du portrait. Ce genre traditionnel de l’histoire de l’art a été déconstruit et réinventé par Picasso qui a peint toute sa vie ses proches, muses, amantes, amis et enfants, explorant le sujet sous toutes ses facettes et injectant de fortes charges émotionnelles et psychiques à ses portraits. Condo procède tout à fait différemment. Il ne part pas d’un réel existant mais il conçoit des portraits purement imaginaires, déconstruisant les visages d’une manière « cubisante » influencée par Picasso.

Une telle exposition est un coup de maître : exposer des œuvres de Condo face à un Picasso dont certaines toiles se paient plus de 100 millions de dollars est un signal puissant adressé aux riches collectionneurs asiatiques. Cette stratégie ne peut qu’accroître la popularité de George Condo en Asie et stimuler un marché dont les adjudications millionnaires se multiplient, avec trois nouveaux résultats de cet ordre emportés en ce mois de mars 2018 (Londres et New York). Par ailleurs, le travail de Condo a déjà fait ses preuves à Hong Kong, où se vendait, en novembre dernier, la toile Young Girl with Blue Dress pour 1,5m$, plus du double de l’estimation haute. La demande est déjà active chez les collectionneurs asiatiques friands de peinture figurative et d’histoire de l’art occidental. George Condo les captivera d’autant plus que son travail est présenté comme une alternative à celui du grand Picasso, l’artiste le plus cher et le plus convoité du monde.

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