L’année César

[04/06/2021]

César aurait eu 100 ans cette année. Cet anniversaire symbolique est l’occasion de remettre son œuvre sous le feu des projecteurs. La fondation César et la galerie Almine Rech s’en occupent.

 

Le nouveau réaliste César – César Baldaccini de son nom de naissance – compte parmi les figures majeures de la création artistique de l’après Seconde-Guerre Mondiale. Né à Marseille le premier jour de janvier 1921, il se forme à la sculpture à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris dans les années 40. Paris, où il vécut, selon ses dires, une seconde naissance.

A défaut de retracer en détail toutes les étapes d’une production qui lui valut une renommée internationale de son vivant, ne faisons pas l’économie de son apport si singulier à la production sculpturale du 20ème siècle. Dans la lignée moderne d’un Picasso, CÉSAR commence par souder des déchets métalliques dans les années 50. Ce type de production, si éloignée d’une tradition de prestige faite de marbre ou de bronze (il n’en a pas les moyens), renouvelle d’emblée le regard sur ce que produit la société de son époque. L’une de ses créatures de ferraille – Le Poisson – obtient le prix des Trois Arts et entre au Musée national d’Art Moderne en 1955.

En 1956, César est très remarqué lors de sa présentation de cinq sculptures à l’occasion de la Biennale de Venise. Il obtient un contrat et une exposition personnelle avec la galerie Creuzevault, puis poursuit son parcours international avec des expositions aux biennales de Sao-Paulo et de Carrare. À la fin des années 50, sa stabilité économique est assurée par deux contrats : l’un avec la galerie Hanover à Londres, l’autre avec la galerie Claude Bernard à Paris.

1960 marque une étape décisive avec l’apparition des premières Compressions, dont un modèle deviendra le fameux trophée en bronze de la cérémonie des César du cinéma français. Cette année-là, une usine de ferraille près de Paris installe une nouvelle presse hydraulique américaine, suffisamment grande pour compresser des voitures entières. César est fasciné. La concentration volumétrique en cubes colorées de ces anciennes voitures constitue, pour lui, de véritables monuments de l’ère mécanique moderne. Tout le public de l’époque n’est pas de cet avis et un vent de scandale agite le 15ème Salon de Mai de 1960, à l’occasion duquel César présente trois automobiles compressées. Le critique d’art Pierre Restany repère cependant ces œuvres qui consistent en un “recyclage poétique du réel urbain, industriel et publicitaire”, et il embarque l’artiste dans l’équipe des Nouveaux Réalistes, mouvement fondamental de l’avant-garde de l’époque.

En 1967, il commence à expérimenter une mousse de polyuréthane dont le mélange liquide se dilate bien au-delà de son volume d’origine avant de se rigidifier. Le matériau ne se conforme à aucun moule, il gonfle et continue de se transformer une fois versé. Intitulées Expansions, les œuvres qui en résultent sont d’une grande liberté, fruits de la rencontre entre une réaction chimique et un geste d’artiste.

Nombre d’oeuvres de César vendues aux enchères depuis 2000. Les transactions sont dynamiques malgré la crise de la Covid. Copyright Artprice.com.

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Réveiller le marché

« En repensant radicalement le classicisme et en embrassant l’étonnante variété de matériaux du monde, César a contribué à faire passer la pratique sculpturale du « moderne » au « contemporain », remettant en question les notions acceptées de ce qu’un objet d’art peut faire et être. » Pour la galeriste Almine Rech auteure de ces lignes, César a considérablement ouvert le champ de la sculpture et il est temps de lui rendre un bel hommage. Certes, l’exposition que lui a consacré le Centre Pompidou en 2017 a permis de redécouvrir l’originalité profonde d’une création délaissée par la critique après le décès de l’artiste en 1998. Cette fois, les expositions célébrant l’anniversaire de sa naissance à Paris, en Normandie et à New York, pourraient bien réveiller un marché trop tranquille.

La galerie Almine Rech a programmé une exposition César en juin / juillet 2021 à Paris. Elle organise aussi, avec l’appui de la Fondation César, une exposition dans l’ancien atelier de Picasso au château de Boisgeloup, en Normandie. Au mois d’octobre, une troisième exposition ambitieuse sera présentée à New York, au Salon 94 dont la présidente Jeanne Greenberg Rohatyn, se dit « fière de présenter les réalisations extraordinaires de ce maître français historique au public de New York et au-delà. » L’œuvre de César n’est pas étrangère Outre-Atlantique, loin de là. L’artiste s’est inscrit dans le paysage américain d’avant-garde avec une première exposition new-yorkaise en 1960. Il a aussi séjourné à New York plusieurs fois tout au long de sa vie.

Evolution de l’indice des prix de César vs Arman depuis 2000. copyright artprice.com

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La galerie Almine Rech ayant justement une antenne à New York, en plus de Bruxelles, Londres et Shanghai, l’œuvre devrait conquérir de nouveaux collectionneurs à l’étranger, au bénéfice d’une cote qui végète depuis une quinzaine d’années. Car César, malgré son apport et sa notoriété, n’est pas très coté en regard du marché international. Son unique  adjudication millionnaire à ce jour remonte à 2007, pour une sculpture exceptionnelle, s’agissant d’un pouce en bronze de six mètres de haut (Pouce, 1,74 m$, Cornette de Saint-Cyr, Paris, 2007). Trois autres “pouces” (de dimensions bien plus modestes) ont certes dépassé les 500 000$ depuis en salles de ventes, mais rien de plus.

Le marché essentiellement français (environ 80% du produit de ventes) s’était emballé dans les années 1990 poussant, à l’époque, le prix des sculptures de César au niveau de ceux d’Auguste RODIN (1840-1917). C’est dire la considération que l’on avait pour lui. Dans les années 2000 cependant, les collectionneurs français lui ont préféré des créateurs moins ancrés dans les années 60-80, et le marché international ne s’est pas vraiment préoccupé de son cas…

Avec 80% des lots vendus (estampes comprises) dans une gamme de prix inférieure à 50 000$, il manque au marché de César l’apparition d’une œuvre exceptionnelle sous le feu des enchères, comme en 2007. Avec les expositions prévues en 2021, le moment ne saurait être plus propice à un réveil du marché.

 

Photo : César Baldaccini au Palace en 1981. Photographie Olivier VM Dumay