La place de Londres est-elle fragilisée ?

[12/10/2021]

Face à la montée en puissance de Hong Kong, la capitale anglaise n’est plus aussi attractive qu’elle pouvait l’être il y a dix ans. Christie’s, Sotheby’s et Phillips choisissent aujourd’hui de mettre en vente certains chefs-d’oeuvre occidentaux en Asie plutôt qu’à Londres, alors qu’ils sont signés Basquiat, Still, Richter ou Ghenie. Cette situation reflète un pivotement du Marché de l’Art vers l’Est, qu’Artprice a étudié dans son tout denier rapport dédié à l’art contemporain.

Le Royaume-Uni (17 % du produit de ventes mondial aux enchères au S1 2021) n’a plus grand chose à craindre de la France (7%), mais voit Hong Kong (14%) attirer en revanche une part de plus en plus importante du Marché haut de gamme. Selon thierry Ehrmann, Président et Fondateur d’Artmarket.com et de son département Artprice, « Il s’agit de ne pas laisser filer vers l’Asie les plus belles pièces, en particulier en matière d’Art Contemporain et d’Après-Guerre, qui concentrent les plus grands enjeux culturels. »

Un marché qui pivote vers l’Est

La plus importante toile de Gerhard RICHTER (1932) proposée aux enchères au cours des trois dernières années, Abstraktes Bild (649-2) (1987), a été vendue par Sotheby’s à Hong Kong, à près de 28 m$. Elle avait été initialement mise sur le marché à la fin des années 1980 par la Galerie Löhrl de Düsseldorf, puis avait été remise en vente à New York par la galerie Barbara Mathes. Or, le 6 octobre 2020, c’est en Asie que la maison de ventes de Patrick Drahi a choisi de l’inclure dans une prestigieuse vente du soir. Estimée entre 15 m$ et 18 m$,Abstraktes Bild (649-2) (1987) y a dépassé de 10 m$ l’estimation haute.

Les pérégrinations de cette toile ne soulignent pas seulement le triomphe de Gerhard Richter à l’échelle internationale, mais aussi des jeux d’influences sur le Marché de l’Art. Hong Kong est en passe de devenir ce que New York était pour les artistes européens il y a 10 ans : un formidable accélérateur. Les grandes maisons de ventes y constate un marché friand de pièces iconiques et capable de faire grimper haut les enchères, tant pour les artistes consacrés que pour les jeunes stars.

Cette année, Christie’s et Sotheby’s ont, pour la première fois, mis en ventes à Hong Kong trois belles toiles de Jean-Michel BASQUIAT, où elles ont chacune atteint au minimum leurs estimations voire les ont complètement dépassées. Les trois toiles de Basquiat totalisent plus de 100 m$, soit un tiers du produit de ventes de l’artiste en 2021. Hong Kong devient ainsi la deuxième place de marché pour cette signature incontournable, après New York.

> Consultez « Asie, le marché pivote vers l’Est » dans le rapport sur le marché de l’art 2020-2021

 

Deux structures profondément différentes

Londres et Hong Kong vivent, toutes deux, un moment charnière de leur histoire. Mais la situation qui en résulte sur le Marché de l’Art est très différente pour chacune, si ce n’est divergente  : tandis que la première voit les ventes d’oeuvres se tasser depuis cinq ans, la deuxième connaît un essor exceptionnel dans ce domaine.

La structure de ces deux places de marché est, toutefois encore, sans commune mesure  : si le Royaume-Uni voit son ancienne colonie la rattraper en terme de chiffre d’affaires, elle conserve une offre beaucoup plus dynamique et mieux diversifiée, grâce à un marché profondément ancré dans son histoire. La capitale britannique se trouve en effet au centre des ventes internationales aux enchères d’oeuvres d’art depuis le 19ème siècle, alors que Hong Kong n’y brille que depuis le début de ce millénaire… soit depuis 20 ans essentiellement.

C’est dans ce contexte que la Frieze Art Fair s’ouvre cette semaine (du 13 au 17 octobre), avec l’ambition de faire à nouveau briller Londres sur le Marché de l’Art international. La Frieze 2021 doit réaffirmer la place fragilisée de Londres sur le Marché de l’Art Contemporain.