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LA PHOTOGRAPHIE ALLEMANDE – De la réalité à la fiction

[10/05/2006]

 

Bernd et Hilla Becher sont les maîtres de la photographie objective en Allemagne. Leur approche réfute l’anecdote et se concentre sur l’inventaire des « sculptures industrielles » anonymes qui peuplent notre environnement. La radicalité de leur travail documentaire eût un impact fort sur leurs élèves tels que Andreas Gursky, Thomas Ruff, Thomas STRUTH, ou Candida HÖFER. Cette nouvelle génération a digéré les leçons des Becher et s’émancipe parfois de la capture objective en truquant leurs images. Dans les ventes aux enchères et sur les cimaises des musées, elle est souvent davantage estimée.

Une formation auprès des Becher constitue, pour les photographes allemands, une valeur ajoutée indéniable à leur curriculum vitae ! En effet, si quelques artistes sortis de l’école des Beaux-arts de Düsseldorf ont d’abord emprunté la voie du témoignage objectif de la réalité, ils ont ensuite gagné leur maturité artistique en s’affranchissant en partie de leurs acquis premiers. Les maîtres de la photographie objective allemande sont donc Bernd & Hilla BECHER, dont la majorité des œuvres s’échange à moins de 10 000 EUR. Certains tirages vintage des années 1960 demeurent accessibles car la date de la prise de vue n’influe pas, pour le moment, sur les résultats. En avril 2006 une photographie sans titre, datée de 1967 et tirée à seulement 5 exemplaires, se vendait par exemple pour 4 500 GBP (6 436 EUR, Christie’s South Kensington, Londres).
L’œuvre des Becher a une vocation encyclopédique qui incite les amateurs a acquérir en priorité des séries de photos. Ces séries décrochent les plus belles enchères. Elles mettent en avant des typologies de « sculptures industrielles » telles que les châteaux d’eau ou les fourneaux. C’est d’ailleurs un ensemble de 9 clichés de cette dernière série qui emporta leur record d’adjudication en 2004 : Cooling Towers trouvait acquéreur pour 150 000 USD (115 665 EUR, chez Philips, De Pury et Compagny NY).

Parmi les anciens élèves des Becher, l’artiste le mieux coté est Andreas GURSKY, soutenu à 98% par le marché anglo-saxon. Contrairement à ses maîtres, 70% de ses œuvres affichent une cote au-delà de 10 000 EUR ! L’artiste aime les formats monumentaux ( jusqu’à plus de 5 mètres de longueur) ou les individus se perdent dans l’immensité d’espaces quotidiens : supermarché, bourse ou musée… Il livre des clichés objectifs de notre monde contemporain et produit de surcroît des images mentales vertigineuses. Son art du cadrage parvient à traduire ce vertige jusque dans les petits formats : ainsi, un cliché d’une salle du Centre Pompidou de Paris, mesurant 50 x 62 cm, boudé en 2002 pour une estimation basse à 5 000 USD (NY, Philips, De Pury et Compagny) dépassait son estimation haute en octobre 2005 pour partir à 13 000 USD (10 842 EUR, Christie’s NY). Son record a été atteint à Londres, en février 2002 avec Untitled V, 1997, une vue de présentoir de chaussure de plus de 4 mètres de long. L’artiste affiche une hausse des prix de +70% sur 6 ans.

La plus belle progression est celle de Thomas RUFF : +450% de hausse des prix entre 1997 et février 2006 ! Au fil des années, cet ancien élève des Becher s’est émancipé de la photographie objective et a multiplié les séries de clichés dont il n’est pas toujours l’auteur original. C’est le cas pour sa plus belle enchère, une photographie des archives de l’European Southern Observatory qu’il s’est approprié. En octobre 2001, l’œuvre, titrée Stern 02h56 65°, doubla son estimation basse pour culminer à 70 000 GBP (111 929 EUR, Christie’s Londres). Les collectionneurs suivent avec intérêt les diverses séries de l’artiste qui, en 20 ans, est passé d’une capture objective du réel à des abstractions multicolores sans référent reconnaissable (Substrat). Ainsi, des œuvres de séries très différentes ont également passé la barre des 100 000 USD : Substrat 4III, en nov. 2004 (Philips, De Pury et Compagny, NY) et Nudes gr21 en mai 2005 (Christie’s NY).

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