La France prend (enfin) le virage des NFT

[22/03/2022]

Les grandes maisons de ventes internationales telles que Christie’s, Sotheby’s et Phillips se sont engouffrées dans le phénomène innovant des NFT l’année dernière. Immédiatement, les œuvres numériques ont bousculé tous les codes et suscité un incroyable engouement mondial. Aux enchères publiques, les ventes de NFT se sont néanmoins concentrées aux États-Unis, avec 93% de part de marché en 2021, et en Chine, Hong Kong pesant 6% du résultat mondial pour la vente d’œuvres numériques “NFTisées”.

Tandis que le marché flambait à l’étranger, la France, elle, faisait face à un flou juridique, la commercialisation de biens immatériels n’y étant pas réglementée, donc interdite de facto. Décidées à prendre part à ce marché innovant l’année dernière malgré les restrictions juridiques, certaines maisons de ventes françaises se sont résolues à céder leurs premiers NFT accompagnés d’œuvres physiques. Rattacher l’œuvre numérique à un bien tangible leur a permis de faire leurs tous premiers pas dans ce nouvel univers et de commencer à tester le marché. La société Aguttes a ainsi vendu sept œuvres du collectif New French Touch associées à leurs NFT pour plus de 550.000$ au total; succès témoignant d’une demande naissante mais déjà vive.

La France va pouvoir commencer à rattraper son retard, le Sénat ayant adopté en seconde lecture l’ajout des biens meubles incorporels aux dispositions applicables aux ventes aux enchères publiques. La vente aux enchères de biens incorporels est désormais inscrite dans la loi, publiée au Journal Officiel le 1er mars 2022.

The Burnt Auction

La maison de ventes FauveParis se battait depuis des mois pour soutenir une proposition “puriste” : organiser une vente uniquement constituée de NFT, sans les adosser à des oeuvres physiques, car « ce sont des œuvres conçues par et pour des écrans », explique Lucie-Eléonore Riveron, cofondatrice et dirigeante de la maison de ventes.

Le 10 mars, soit avant le décret d’application de la nouvelle loi, FauveParis a ainsi organisé une vente entièrement dédiée aux NFT – The Burnt Auction – une première sur le territoire français.

L’extrait des conditions de vente de FauveParis concernant cette vente précisait que : « Dans le respect d’une interprétation restrictive de l’article L. 320 1 du Code du commerce et dans l’attente des décrets d’application de la loi parue au Journal Officiel le 1er mars 2022 autorisant les ventes volontaires aux enchères publiques de biens incorporels, les biens vendus par FauveParis sont des œuvres sur papier, donc des biens physiques, auxquels sont joints des NFT émis sur une blockchain (Ethereum ou Tezos), d’œuvres numériques stockées sur des serveurs.”

Mais le 10 mars dernier, c’est bien une cinquantaine d’œuvres numériques (photos, animations 3D, vidéos) qui furent présentées sur des écrans ou des tablettes de différents formats. Plusieurs grands noms du crypto-art étaient présents, dont Pak, XCopy, Hackatao ou Beeple, qui a vendu l’an dernier un NFT pour 69,3 millions de dollars chez Christie’s (Everydays: The first 5000 Days). Malgré la réputation de leurs créateurs, les NFT les plus cotés n’ont pas trouvé preneurs, la meilleure vente culminant à 28 600 euros pour l’artiste britannique Brendan Dawes Here and Elsewhere). Des œuvres moins cotées, par des artistes émergents engagés dans l’art numérique, ont cependant trouvé leur public.

Ils ont dépassé les estimations hautes pendant “The Burnt Auction”:

Yacine AÏT-KACI (né en 1973)
Benjamin BARDOU (né en 1981)
Stephan BREUER (né en 1975)
Hermine BOURDIN (née en 1988)
Tom FABIA (né en 1992)
LOUIS16ART (né en 1982)

Régulation des crypto-actifs en Europe

Quelques jours après The Burnt Auction se tenait un débat essentiel au Parlement européen. Il y était notamment question d’un amendement visant à interdire le système de minage proof of work utilisé dans de nombreuses blockchains – dont bitcoin et ethereum -, dans le cadre de la Régulation des crypto-actifs (MiCA, « Market in Crypto Assets ») en Europe.

L’amendement a finalement été repoussé par les députés, au grand soulagement de l’écosystème français des crypto-actifs craignant d’accuser encore plus de retard dans un contexte international hyper concurrentiel.

Le texte voté le 14 mars fixe le tout premier cadre réglementaire sur la revente et la conservation des crypto-actifs en Europe, et ouvre la voie à une entrée en vigueur du texte d’ici 2024.