L’art contemporain défie le marché

[15/11/2011]

 

Les semaines passent mais ne se ressemblent pas sur le marché de l’art. Après le fiasco des ventes impressionnistes et modernes de New York, les ventes d’art contemporain et d’après-guerre s’annonçaient sous de mauvais auspices (Les maisons de ventes ont péché par excès d’optimisme) mais il n’en fut rien ! Avec un produit des ventes de 529 m$ c’est 20 m$ de moins qu’en novembre 2010, mais 200 m$ de plus que les mêmes vacations en 2008 et 2009 réunies.

Une fois n’est pas coutume, Phillips de Pury ouvrait le bal avec une vente moins optimiste que celle concoctée par le courtier Philippe Ségalot à la même époque l’année passée, mais forte d’une estimation totale de 66 à 92 m$. Raté ! Puisque la vente réalisa 57 m$.
Avec 19 coups de marteau millionnaires, c’est la première fois qu’il y eut autant d’enchères millionnaires chez Phillips.
Malgré le peu d’intérêt pour l’œuvre Untitled (2006) de Cy TWOMBLY, avec seulement un enchérisseur, l’œuvre est tout de partie pour 8 m$, signant la seconde plus belle enchère de l’artiste récemment décédé. A noter aussi le regain d’intérêt pour les Nurse de Richard PRINCE. L’œuvre Runaway Nurse (2006), vendue 6 m$, renoue avec les niveaux de prix de 2008 puisqu’aucune œuvre ne s’était vendue au-dessus de ce prix depuis 2008 !

Christie’s espérait entre 220 et 302 m$. Avec un produit des ventes de 193 m$, la maison de ventes rate de peu son objectif bas. Mais avec 85% des 66 lots vendus, elle est loin de la catastrophe Impressioniste et Moderne de la semaine précédente. Si les acheteurs boudèrent une œuvre de Bacon estimée entre 12 et 18 m$, tous les lots phares de la vente trouvèrent preneurs dont le fameux « I Can See the Whole Room!…and There’s Nobody in it! » de Roy LICHTENSTEIN parti à 38,5 m$, nouveau record pour l’artiste pop art américain. Si Phillips offrait la veille une œuvre phare d’un artiste récemment décédé, Christie’s avait aussi décidé de jouer dans la rubrique nécrologie puisque la maison de ventes frappa un nouveau record pour l’artiste française récemment disparue Louise BOURGEOIS. L’araignée géante Spider réalisa 9,5 m$, le double du précédent record de l’artiste.
Autre record, celui de l’artiste Andreas GURSKY qui, non content de signer sa plus belle enchère, signe la plus belle enchère pour une photographie avec Rhein II (1999) vendue 3,8 m$, dépassant Cindy SHERMAN qui ne détenait ce record que depuis 6 mois.

C’est le second soir chez Sotheby’s que la réussite de cette session fut assurée grâce à quatre coups de marteau. En effet, quatre œuvres de l’artiste américain Clyfford STILL, d’habitude introuvable en salle des ventes (16 toiles seulement furent présentées aux enchères ces 16 dernières années), étaient adjugées pour un total de 101,5 m$. L’œuvre la plus chère des quatre, 1949-A-No. 1, s’octroie même le nouveau record de l’artiste à 55 m$ !
Le reste de la soirée fut tout aussi excitant avec un nouveau record pour Gerhard RICHTER (Abstraktes Bild (1997) parti à 18,5 m$), décidément habitué aux records en ce moment, son précédent record datant d’octobre 2011 à Londres ! Quelques secondes plus tard, la toile Gudrun de l’artiste allemand partait pour 16 m$, soit le second plus beau résultat pour l’artiste. L’artiste canadienne Joan MITCHELL signe elle aussi un nouveau record et devient l’artiste femme d’après-guerre la plus chère du marché avec Untitled (c.1960), parti pour 8,25 m$, bien au-delà de son estimation de 4-6m$.
Les estimations très fortes n’ont pourtant pas rebuté la demande puisque 85% des 66 lots proposés furent vendus. Sotheby’s misait beaucoup sur certains lots, mais a déploré quelques invendus parmi lesquels la toile Untitled (Plum and Dark Brown) de Mark ROTHKO attendue entre 8 et 12 m$. Après tout, aucune œuvre de l’artiste de plus d’un mètre carré n’était partie pour moins de 8 m$ dans les 12 derniers mois.
La peur de la décote des œuvres de Francis BACON ne dura pas longtemps. Après l’échec la veille chez Christie’s, Sotheby’s, elle, vendit trois des quatre œuvres de l’artiste, toutes au-dessus de leur estimation basse et pour un total de 21,35 m$ en à peine trois coups de marteau.

Des records à la pelle, des résultats exceptionnels alors que les marchés financiers sont en crise et les Etats en décrépitude, le marché de l’art démontre une résistance quelque peu irrévérente face aux bouleversements économiques actuels.